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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 17:38

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Ascension (Montagne de Bueren)

 

Le Soleil de juillet rougeoyait sur Liège

ainsi qu'un œil injecté de sang

la paupière du soir l'allait bientôt clore

et somnolaient les fontaines de pierre grise

dans la cité des pauvres gens

 

une lancinante ritournelle aux lèvres

une jeune fille aux tresses  mièvres

petite, en robe courte et incolore

gravissait devant moi

les 400 marches de la Montagne de Bueren

sans efforts sans soupir sans peine

quasi voletante cruelle gracile libellule

 

loin derrière essoufflé je gravissais la cinquantaine

cinquantaine lourde, déchevelue et sans pécule

mon cœur grimaçait chacune des marches était un poignard

qui de ma vieille chair perçait tout savamment le lard

 

et ces mêmes marches n'avaient aucune prise

sur la fille sautillante et presque grise

pleine de cette grâce qui sait les yeux coupables

c'était une nymphe, une nymphe infatigable

 

et les notes de son chant dansaient sur ma fatigue

comme dansent perverses les vagues devant une digue

 

nous poursuivions notre ascension je retenais mes râles

quand, au milieu de l'escalier à la raideur monumentale,

la jeune fille se tut, s’arrêta et se tourna vers moi;

 

sur ma figure lamentable elle darda des yeux d'étincelles

puis m’adressa un ineffable sourire

qui m'ôta tous les poignards de la moelle

 

j'étais au bord de m'évanouir de dégringoler

mais de l'obsédante ritournelle

elle lutinait mon esprit hagard, me cajolait

 

comme tout semblait difficilement réel

Alors, et je ne saurai jamais pourquoi,

la jeune fille descendit gaiement vers moi

et à mes oreilles sussurra ces mots :

 

"Viens, viens, monte ! Tu montes, dis; là haut ?

Efforce toi un minimum, monte, monte !

Et alors là haut, là haut, ah ça, là haut, tu devines, bien sûr !"

 

comme tout semblait péniblement réel

et l'obsédante ritournelle... 

 

Agitant ses tresses contre sa fraiche nuque

elle se remit à gravir sveltement devant moi

m'encourageant de cent sourires

et moi je crus à tout cela

je repartis dans l'ascension

hardi vaillant courageusement

en souffrant bien terriblement

 

je gravis, gravis, gravis,

marche après marche

poignard après poignard

et quand enfin, anéanti,

mon pauvre pied meurtri

se posa sur la plus haute dalle

de la montagne de Bueren

 

mon cœur éclata

la robe de la jeune fille

s'ouvrit en corolle

tout se déroba

dans la ténèbre folle

tout disparut

elle était la Mort

 

 

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Langda 26/03/2012 18:42

C'est marrant, j'ai l'impression de l'avoir déjà lu, mais différemment. C'est une réécriture d'un de tes textes ultérieurs, c'est ça ? En tout cas, c'est un bon thème poétique de maintenant, la
montée des marches derrière une jolie fille, en lorgnant ses "tresses"... Et la chut est toujours très belle.

poesie-et-racbouni.over-blog.com 28/03/2012 18:55



Tu l'as déjà lu , en effet , on le retrouve sur In Partibus ! Serviteur, mon grand !



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