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4 mars 2011 5 04 /03 /mars /2011 13:16

 

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- Qui est il ?  Ca, du diable si on le sait !

 

- D'où vient il ? En tout cas, une chose est sûre, il n'est pas tadjik. Encore que...

 

- Pourquoi est il venu en ce monde ? Certains disent qu'il est venu pour jouir de tout.

 

- A t-il joui de tout ?  Il n'a pas encore joui de moi !

 

 

*

 

La civilisation, peut être plus encore qu'une muselière pour l'homme,  pourrait se concevoir comme une espèce de scaphandre installé sur vous par vos éducateurs, et qui vous permettrait de garder  un oxygène et  un sang froid  culturel propre en toutes situations,  tel que ces chinois qui s'installant sur tous les continents, y implantant commerces et s'y reproduisant, n'en demeurent pas moins imperméablement chinois.

 

 

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                                                                                                                                            "Dans l'herbe noire les kobolds vont..."

 

Pourquoi Herlooem, le petit kobold du Puythouck, passe t-il depuis mardi gras sa journée à prier, prier, avec toute la ferveur de ses mains et de son âme, à prier agenouillé la bonne Marie au pied de la chappelle Sainte Appolline où se croisent les routes de Bourbourg et de Saint Georges ? Comment la profane créature, tout entière insulte à la  chrétienté et au saint esprit, se retrouve t-elle ainsi à se frapper la poitrine en chuchotant les plus humbles cantiques ?  Ah, c'est qu'il est allé taquiner  Mulreh le légendaire monstre d'argile et de sable à la chevelure d'oyats qui sommeillait sous la dune du clippon. Quelle erreur, quelle erreur irréparable d'être allé  heurter le front du colosse assoupi de sa petite pelle, d'avoir dansé sur son ventre de pleine lune, et d'avoir creusé le sable pour lui pincer les oreilles et le griffer partout de ses ongles.

 

Herlooem, pauvre petit gnome solitaire qui n'a jamais su se guérir de son espièglerie, avait perdu la confiance des âmes humaines depuis longue date et sévissait à sa vilaine façon dans la flandre maritime. Il  se plaisait  à se faufiler chaque nuit dans les maisons endormies des pêcheurs du Petit fort ou des fermes de Loon, pour y tout déranger, tout déplacer, cacher couverts et tissus en des lieux incongrus, badigeonner de suie les nourissons, verser le charbon dans les citernes, biberonner en douce le lait aux tétons des femmes enceintes, coudre les époux ensemble par les oreilles, jeter le pain et la soupe dans l'auge des cochons, ou scier sournoisement tables et chaises de manière à ce que tout s'écroule au lendemain. Ses méchantes besognes accomplies,  il s'enfuyait dans les bois en ricanant et se frottant les mains. Perché aux peupliers ou aux bouleaux, Il attendait alors au petit jour que s'élèvent des villages les cris, les pleurs et les grincements de dents et jubilait de tout son coeur. Le plus exquis dans ce rituel de pure cruauté était que toutes les prières conjointes et répétées du peuple flamand  aux messes du Dimanche n'y remédiaient en rien : Herlum restait intouchable et le crucifx au seuil des maisons ne le retenait pas le moins du monde dans ses déchaînements.

 

Des paysans du Brouck croyaient apercevoir parfois au fond de leur pâture le farouche Herlooem, fumant sa pipe à l'ombre des saules tétârds, s'ébrouant dans la mare, occupé sans doute à méditer de diaboliques nouveaux forfaits; puis la créature disparaissait dans les herbes folles, détalant comme un lièvre, sans que personne ne puisse jamais s'approcher ou deviner à quelle heure nocturne le fluet démon surgirait dans les chaumières, ni dans quelle chaumière et pourquoi en telle chaumière plutôt qu'une autre.

 

Mais cette fois, Herlooem a provoqué Mulreh, le monumental géant de glaise et de poussière qu'on croyait à jamais endormi sous la dune. Grisé par ses tours impunis, il a cru pouvoir infliger au titan quelques uns de ses supplices favoris, abuser de son bienveillant sommeil. Or à l'instant où il commençait à agacer le géant,  Mulreh s'est réveillé soudain, a ébranlé sa dune tombale, ouvrant la plage en deux,  s'est levé et s'est mit en marche,  résolu à broyer l'impertinent kobold, l'écraser jusqu'a ce qu'il n'en reste plus qu'une bouillie, une flaque de chitine sanguignolante.

 

Pauvre Herlooem ! Si mal t' a pris d'avoir poussé si loin ta méchanceté, de n'avoir pas su mettre un terme à tes facéties ! Cours, cours, Herlooem, fuis du plus loin que tes maigres petites jambes te le permettent, ne reste pas à portée des yeux de l'Ogre des dunes que tu n'aurais jamais du tirer de sa torpeur somnanbulique ! Ce ne sont certes pas les hommes qui te porteront secours maintenant !

 

Et en dépit de tout, Herlooem le kobold préfère encore rester à genoux, et prier, prier le dernier secours de la bonne Marie de pierre qu'il couvrait jadis de crachats, prier pour que Mulreh le monstre disparaisse de ce monde.  Hélas, le voici qui point déjà à l'horizon de Saint Georges, on aperçoit sous le soleil rasant de la campagne l'énorme tête ronde, obstinée et chevelée d'oyats du géant et l'ont sent la terre qui tremble dans un épouvantable fracas ; allons fuis, fuis Herlooem !

 

 

 

 

 

 

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