Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
17 avril 2012 2 17 /04 /avril /2012 12:13

 

 

 

Amérique du Nord, Centrale et Caraïbes

 

 

 

 

 

Et

Bel Isidore reprit :

«Le soir tombe sur la Louisiane. La Lune est un

assassin. Mares teintées de brumes de pétrole, à l’ondoiement glauque … Le vol du héron dura si longtemps dans les roseaux que le bayou se mit à lui faire la nique à ras… Goualante croa croa croa des crapauds dont les yeux perlaient à la surface… Libère, mue, des centaines de têtards !

Trois futiles

caïmans lézardaient à quai, becquetant et suçant les derniers morceaux de nègres noyés dans le Mississippi –cet égout à thème à la banane- car les os de ces damnés avaient un goût de canne à sucre qui agrémentait merveilleusement la sieste… Quant à leur sang grenat : du sirop !

Un puissant steamboat lourdement chargé de populace troubla soudain l’indolence des parages. Le ventru capitaine en sueur dans son

pyjama ichtyosé essayait de recracher une libellule qui lui titillait la gorge depuis des heures, et, grattant de son canif ses deux cents boutons de moustique, beugla :

« Saleté de bayou, on a dû accrocher quelque chose ! Bongo, sale petit nègre, j’ai l’impression que

la roue barlingue ! Va me vérifier la roue à aube ! »

Bongo le petit mousse noir unijambiste se traîna sur le pont de

guingois. Deux loupiotes aux mains, il alla tâter la machinerie et après examen cria :

« 

Anguille y a sous roche, capitaine ! C’est gâté la roue ! « 

Bongo qui craignait les remontrances estima bon de ne rien ajouter. Car non seulement la roue était fissurée, mais la moitié des containeurs de victuailles avait disparu.

« Sacré

larcin, Christ ! Off ! Et ni Eve ni Adam ne sauraient dire qui a fait ça ! »

Puis il grimpa faire mine de repeindre la

toiture qu’écaillait Ichabod, pélican goitreux et possession d’un passager anglais du genre pédant pété de fric.

« Premier

pas n’amasse pas mousse »

 

Convenaient sur ces entrefaites

Trinité et Tobagone,

Deux grosses

nanties gouailleuses et barbues, dadaises indiennes accoudées sur le ponton. La première était une squaw à la mamelle si laiteuse qu’elle avait fait tatouer sur son épaule : « mon sein vainc cent famines ».

L’autre passait le plus clair du temps à caresser son pied gauche qu’elle

récura, ah, ça, au moins trois mois dans l’étang, à la suite de quoi elle incuba un palud de tous les diables.

Au

bar, badinaient autour d’un poker Pierre et Blickdo, deux truands moustachus qui avaient fait fortune dans la pistache. Pierre avait épousé Nicaine, mulâtresse taiseuse, et Blickdo Nicole, une pianiste maigrelette à qui Marthe, inique duchesse en route vers la Nouvelle Orléans faisait de l’œil sans relâche depuis le zinc. La partie de cartes allait bon train.

Rapidement à court de dollars,

Blickdo mit Nicole en jeu, et Pierre se l’appropria sans sourciller, ce qui révolta Blickdo.

« L’enfoi

ré pue ! » Blickdo mit Nicaine en joue de son colt 45, et se permit de mettre enceinte Lucie, petite sœur de Pierre, à la vue de tout les passagers, y compris deux gentilles néerlandaises venues de Bâton Rouge que lutinaient avec des gants de satin quatre graciles vierges britanniques au style plutôt entreprenant.

« Ôtes tes

bas ! Amassons le fric ! » Intima Pierre à Nicaise, qui s’exécuta. Et ils foutirent le camp en douce par un canoë…

C’est en ces marais fétides

qu’amerrit Kévin Mac Nab et son hydravion rouge grenadine, mec si querelleur et buveur qu’il avait laissé derrière lui sa natale Ecosse tarie, quasiment exsangue (de whisky). Trapu, brutal, Kévin traversa tous les marécages de Louisiane et marcha dans le désert jusqu’à la gare de Silly Death, devant laquelle un garde barrière métèque enfoui sous un poncho qui se berçait sur une rocking chair lui lança :

« 

Aïe, itinérant ! Ici de tracas, nada ! Bienvenue !»

« Et cette

salve, adorable merde, c’est un tracas ? »

 

Kévin avait dessoudé le métèque façon Aberdeen, c'est à dire d’une balle dans la narine et l’autre dans le nombril. Il enterra grossièrement le cadavre basané, s’installa dans le rocking chair et commença à pignocher un burrito en se berçant devant le crépuscule.

 

Derrière un énorme cactus cierge, deux mexicains avaient tout vu, qui fixaient le meurtrier intensément :

 

« 

Porc ! Tôt, Rico et Montserrat se chargeront de toi ! ».

  



Partager cet article

Repost 0
poesie-et-racbouni.over-blog.com - dans MON CRU
commenter cet article

commentaires

Nounedeb 18/04/2012 14:37

Un peu dommage que tu nous prives de la recherche des pays cachés - même si des distribils internes et externes à mon ordinateur m'ont empêché de lire....

Langda 18/04/2012 08:03

Comme je te l'ai dit, j'aime beaucoup ces hilarants hymnes à la fantaisie et à la diversité des pays ! Chapeau bas

Racbouni

  • : Le blog de poesie-et-racbouni.over-blog.com
  • Le blog de poesie-et-racbouni.over-blog.com
  • : Plus qu'un simple réceptacle du cru de l'auteur E. Dupas, le blog de Poésie et Racbouni est la fenêtre francophone la plus grande ouverte sur la poésie mondiale du web : Europe, Amériques, Chine, Afrique, Océanie, rien n'est exclu. De Borges à Bukowski, en passant par Kwesi Brew, Hone Tuwhare, Juhan Liiv, Richard Brautigan ou Bai Juyi, découvrez (ou redécouvrez) les plus grands poètes des quatre coins du monde adaptés en français par l'auteur.
  • Contact

Recherche

Archives