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17 février 2012 5 17 /02 /février /2012 15:43

julia-de-burgos

 

 

Julia de Burgos (1914-1953)

 

 

Río Grande de Loíza

 

 



Río Grande de Loíza ! Allonges toi sur mon esprit
et laisse mon âme se perdre en tes ruisseaux
pour chercher la source qui t'a volé enfant,
et t'a rendu ton chemin follement impétueux.

Enroules toi sur mes lèvres et laisse moi te boire,
pour te sentir mien un bref instant,
et te cacher du monde,  te cacher en toi même,
et entendre des cris d'émerveillement dans la bouche du vent.

Défais toi un instant du dos de la terre,
et cherche le secret intime de mes désirs;
confonds moi dans le vol de mon oiseau fantaisie
et déposes dans mes rêves une rose d'eau.

Río Grande de Loíza ! Ma source, ma rivière,
depuis que le pétale maternel m'a amené à ce monde;
avec toi sont descendus des collines escarpées
mes pâles désirs, pour chercher de nouveaux sillons.
et mon enfance entière fut un poème dans le fleuve,
et un fleuve dans le poème de mes premiers rêves.

Vint l'adolescence. La vie m'a surprise,
emporté au plus large de ton voyage éternel;
et je fus tienne mille fois, et en une belle romance
tu m'as réveillé l'âme en embrassant mon corps.

Où as-tu emporté les eaux qui baignèrent
mes formes, épi de soleil fraîchement ouvert ?
Qui sait dans quel lointain pays méditerranéen
un faune me possédera sur la plage  ?

Qui sait dans quelle précipitation de quelle terre lointaine
je serai renversée pour ouvrir des sillons nouveaux ?
ou si peut être, fatiguée de mordre des coeurs,
je me serai congelé en cristaux de glace !

Río Grande de Loíza ! Bleu, brun, rouge.
Bleu miroir, bleu lambeau déchu du ciel;
chair blanche nue qui vire au noir
chaque fois que la nuit te remet dans le lit;
rouge frange de sang, quand sous la pluie
les collines te vomissent en torrents de boue.

Fleuve homme, mais homme avec la pureté du fleuve,
parce que tu donnes ton âme bleue en donnant  ton baiser bleu.
Mon Grand Seigneur Fleuve. Fleuve homme. Unique homme
qui baisa mon âme en embrassant mon corps.

Río Grande de Loíza ! ... Fleuve immense. Pleur immense.
La plus grande de toutes nos larmes insulaires
si n'était pas plus grande encore celle qui jaillit
des yeux de mon âme pour mon peuple asservi.

 

 

Traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

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