Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
21 avril 2011 4 21 /04 /avril /2011 11:16

 

le Délice de s'écrouler

 

 

Pour ne plus subir la flagellation de vivre,

Pour ne plus ployer sous les carcans de l'humaine société,

pour abréger le carnaval lamentablement prévisible du quotidien,

parce que tous n'ont pas la force d'aller jusqu'au bout de la décomposition parmi leurs semblables,

d'aucuns se pendent, se jettent par les fenêtres en hurlant, s'offrent en pâture aux dents des trains,

se plongent dans les fonds gluants des fleuves, s'aboutissent d'une balle, ou

s'enivrent de cigüe,

bref se faufilent dans les ultimes interstices

de leur prison pour disparaître

comme de lâches petites souris

avec le butin de leur vie.

 

Moi, je m'écroule. Je m'écroule à toute heure, et ce me semble tellement plus délicieux que le mourir !

L'on m'intime de m'avancer, de supporter tel bât, de transbahuter tel fardeau, de m'ouvriériser de telle ou telle sorte,

eh bien non, je m'écroule, je m'émiette, je m'effrite,

je m'affaisse au sol et l'on ne me relève plus,

à l'instar d'une flaque,

ou de ces chiens qui demeurent obstinément couchés

et font le déséspoir des maîtres qui croyaient si fort en la laisse.

 

Je m'écroule donc,

et avec mon effondrement, avec cette infime voilure de la Noria,

c'est la société dans son entièreté qui se met à trébucher, qui hoquette,

qui ralentit sa marche forcenée, et qui se met à vaciller, tant dépendante  elle est

de ses moindre rouages, tant chaque être constitue en vérité une

des innombrables petites vertèbres qui en dessinent le fragile squelette.

 

Et ainsi s'écroulent de concert en moi l'ambition morbide de se hisser jusqu'aux plus hauts

étages de la pyramide de pouvoir, et de rogner une plus grande part du gâteau de la richesse des Nations.

Je m'écroule, je m'écroule avec délice, et j'emporte dans mon écroulement

tous mes semblabes,

et ainsi  les rappelle à leur  fondement

iliaque, leur fondement d'os unique qu'ils avaient par mégarde oublié,

ensevelis qu'ils étaient sous le ciment rose et mortifère de la chair.

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Edouard Dupas - dans MON CRU
commenter cet article

commentaires

Langda 03/05/2011 08:33


C'est très bon ! On dirait que la nage à contre courant est une devise ici ...


poesie-et-racbouni.over-blog.com 03/05/2011 10:58



salutations langda,


Il ne s'agit pas de nager à contre courant, il s'agit de mesurer sa souveraineté individuelle eheh


bien à toi, j'ai vu tes dernières mignardises j'y reviens sous peu !



Racbouni

  • : Le blog de poesie-et-racbouni.over-blog.com
  • Le blog de poesie-et-racbouni.over-blog.com
  • : Plus qu'un simple réceptacle du cru de l'auteur E. Dupas, le blog de Poésie et Racbouni est la fenêtre francophone la plus grande ouverte sur la poésie mondiale du web : Europe, Amériques, Chine, Afrique, Océanie, rien n'est exclu. De Borges à Bukowski, en passant par Kwesi Brew, Hone Tuwhare, Juhan Liiv, Richard Brautigan ou Bai Juyi, découvrez (ou redécouvrez) les plus grands poètes des quatre coins du monde adaptés en français par l'auteur.
  • Contact

Recherche

Archives