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22 septembre 2011 4 22 /09 /septembre /2011 15:07

 

 

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Le Garçon qui avait inhalé un fruit de houx rouge

 

 

 

Si pauvrement parcellaires sont mes souvenirs de petite enfance !

grains de sable d’un rivage lointain et mort que j’eusse conservés

sans le savoir dans mes poches, feuilles arrachées d’une romance

Dont je ne pourrais malheureux ! Plus reconstituer la trame passée

 

Il y avait ce me semble au beau milieu de mes épiques bagarres

De récréation, ce garçon triste aux yeux chassieux là bas solitaire,

méditatif sur le banc, dont la gravité me pétrifia sans crier gare

et ces papillons sinuant dans les houx que je broyais dans ma main fière

 

Il y avait cette souris que j’enterrais avec toute la piété de mes 5 ans

Dans la terre sableuse du jardin de la vieille ferme de Loon Plage

Et ces élans de générosité ignare pour les mendiants clinquants

Sur le chemin de l’école, à qui je donnais radieux tous mes sous d’enfant sage

 

Il y avait ces musiques que dévidaient les radios et les transistors

Dont j’acceptais toujours béatement les rythmes, tous ces morts

Qui ne me faisaient pas pleurer, la vieille folle du quartier qui me poursuivait

Un soir et je courus comme si un fléau atroce aller me dévorer

 

 Il y eut un beau jour  cette oreille  en sang qui me tomba de la tête

 parce que solipsiste, j’avais eu l’heur d’en éprouver la réalité bête

 contre les dents d’un mur du préau je ne sais même s’il me coûta un pleur

Ce lobe qu’on me recousit, premier rendez vous avec la douleur

 

Il y avait ces frères trop tard venus, qui n’empêchèrent pas ma solitude

Tout ce confort dont j’étais indifférent, ces odeurs diverses dont l’étude

traumatisa mon nez, antichambre toujours ouvert de ma mémoire,

ce trop peu de mot pour désigner le monde dans ses détails infinis

Et puis la peau, la peau de certaines filles dont le frôlement inouï

Laissait supputer qu’un jour elle serait le centre de la volupté et de la gloire

 

Il y eut surtout cette aventure saugrenue qui fut la source

De ma singularité : ce houx  mystérieusement planté

Dans le désert d’un samedi d’école, ce houx dont j’enfonçais

Par quel inexprimable désespoir le fruit rouge dans mon nez,

et qui jamais n’en ressortit

 

Je devins alors le garçon qui avait inhalé un fruit de houx rouge

Et le poison qu’il sécrète me change lentement en ce que je suis


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if6 26/09/2011 09:23


superbe texte et ce houx rouge qui reste encré/ancré en vous!


poesie-et-racbouni.over-blog.com 26/09/2011 10:01



serviteur, monsieur.



Langda 24/09/2011 08:30


J'aime bien cette "anamnèse étiologique" ! Aaaah ! Tout s'explique maintenant !


poesie-et-racbouni.over-blog.com 24/09/2011 08:48



mais y a t-il une médication, et quelle posologie ?



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