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21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 00:09

 

 under

 

 Marie Under (1882-1980), poétesse estonienne

 

 

Voeux de Nöel 1941

 

Je marche le long du silencieux et enneigé chemin de Noël,

qui traverse  de part en part le pays en souffrance.

Sur chaque seuil de maison, je voudrais poser mes genoux :

il n'est pas un foyer qui n'ait été piqué par le dard du chagrin.

 

L'étincelle de colère rougeoie sur les cendres de la tristesse,

l'esprit est tanné de colère, abruti de douleur :

impossible d'être pur comme Nöel

sur cette route blanche et pure comme Nöel.

 

Hélas, devoir vivre dans sa chair ces instants de pierre,

porter sur le coeur un tel couvercle de cercueil !

Même les larmes ne viendront plus maintenant :

ce don de miséricorde est mort lui aussi, et s'est évanoui.

 

Je suis comme une qui ramerait péniblement en arrière :

les yeux constamment rivés sur le passé -

en arrière, oui, - et cependant atteignant enfin la maison...

Mes parents, pourtant, n'ont plus où loger...

 

Je pense toujours à ceux qui ont été arrachés à ici...

Aux cieux résonnent les échos du cri de leur détresse.

Je crois que nous sommes tous coupables

de ce qui leur manque - car nous autres avons pain et lit !

 

Timidement, comme en un langage figuratif,

je demande sans y croire si  tout cela pourra passer:

Pourrons-nous, je le demande, jamais utiliser nos esprits

de nouveau pour la joie et le bonheur ?

 

A présent, lumière et ténèbres se rejoignent,

vers les étoiles le jour de la séparation monte.

Le couchant retient le premier signe de l'aube -

comme si, brusquement, la nuit s'étendait.

 

Toutes choses sont ardentes, sérieuses et sacrées,

les feuilles d'argent de la neige fondent sur mes cils en feu,

je sens que je m'élève toujours plus haut :

cette étoile, là bas, ne m'appelle-t-elle pas par mon nom ?

 

Et puis je sense qu'en ce jour, eux aussi

lèvent leurs yeux vers les étoiles, d'où j'entends

les salutations de mes parents, soeurs, frères,

en douleur et gémissant dans la prison de leur peur.

 

Ceci est notre parole, notre dialogue, ceci seulement

un signal brillant - oh, lis, et lis encore !

avec des milliers de bouches - comme si dans leur scintillement

les étoiles gardaient toujours la chaleur d'un souffle en elles.

 

Le champ de neige qui nous divise se rétrécit :

d'étoiles notre langage commun est composé...

C'est tout comme si nous étions partis les uns pour les autres,

comme si nous marchions et devions bientôt nous rencontrer sur la route.


Pour un instant,il mourra, ce "Quand ? Quand ?"

à jamais palpitant en toi  ta pitoyable situation,

et nous nous rencontrerons sur ce pont céleste,

face à face nous nous retrouverons, en cette Nuit de Noel.

 

traduit d'après l'adaptation anglaise par E. Dupas

 

 

 

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