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26 février 2012 7 26 /02 /février /2012 16:57

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Maxamed Xaashi Dhamac Gaarriye (1949-), poète somalien

 

 

Kudu (Conte)

 

 

kudu.jpg

 


Quand j'étais enfant,
mon père m'a raconté une histoire, une après midi.
Nous nous étions installés
à l'ombre d'un arbre
et il commença son récit :

"Il y a bien des saisons humides,
vivait ici un roi
sur le crâne duquel poussèrent des cornes.
Ce n'était au début que des bourgeons,
, mais il les examinait chaque jour et prit peur.
Il décida que personne ne devait le savoir.
Il se mit donc à porter un large turban pour cacher
cette souillure, pour cacher cette marque honteuse.

Mais un roi, bien sûr, ne se lave pas les cheveux lui même
Un des serviteurs découvrit le secret du roi,
et jour après jour cette connaissance grandit
en lui et le rongea ; une parole devait être dite,
un terrible secret devait être divulgué.

Le serviteur voulut révéler l'affaire mais tous lui dirent :
tu te trompes.
Il répondit : non.

Ils dirent : les morts gardent bien les secrets. Il se pourrait qu'on t'égorge,
si tu insistes...

Ainsi le danger se tourna vers lui, car il lui fut interdit de parler.

Il y avait des gens, il le savait, qui se repaîtreraient d'une telle nouvelle,
mais son pain quotidien restait coincé dans sa gorge.
Il y avait des gens, il le savait, qui rêvaient d'une telle nouvelle,
et il dormait sur des charbons ardents.

Alors, une nuit, n'en pouvant plus,
Il quitta sa demeure, s'enfuit du village, et marcha
kilomètre après kilomètre dans un torrent de ténèbres.
Il erra jusqu aux buissons, jusqu'aux mares; dans la pénombre,
l'aigle prit son envol, et la douce gazelle s'enfuit.
Il s'assit auprès de l'eau
et pensa : " Il fut un temps où de telles choses
pouvaient être dites ouvertement. Oui, il fut un temps
où même au plus pauvre on pouvait dire la vérité."

Quand la lumière du jour vint illuminer les arbres, il creusa
un trou sous un arbre, avec ses mains, profondément,
comme une bête creuse un terrier
et plaça sa bouche dans le trou qu'il avait creusé
il murmura son terrible secret à la terre :
"Le Roi Gooja, le Roi Gooja a des cornes.
Des cornes comme celles du Kudu. Le roi a des cornes !"

Ne m'interrompt pas, dit mon père.
Ne me demande pas s'il te plait ce que veulent dire ces choses là.
Ce n'est qu'une histoire que j'ai hérité de mon père,
et qu'il a hérité du sien.
Veux tu savoir comment l'histoire se termina ?
Alors écoute : Quand l'homme eut raconté son histoire à la terre,
le fardeau lui tomba des épaules, et il se sentit léger.
il dépoussièra ses loques, se remit en marche s'éloigna.

Et voici le point le plus étrange de l'histoire :

Aujourd'hui encore, quand la douce pluie tombe sur cet endroit près des buissons,
l'endroit exact où le serviteur avait enterré son secret,
des cornes de Kudu émergent du sol.

 

 

Traduit de l'anglais par E. Dupas

 


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commentaires

Langda 28/02/2012 18:50

Ah oui mais ce n'était pas une critique, au contraire, j'aime quand les textes résonnent avec le "tronc commun de l'humanité" !

poesie-et-racbouni.over-blog.com 29/02/2012 17:05



Mais ne te défends pas !! Je ne t'accuse de rien du tout ! Enjoy, that's all !



Langda 27/02/2012 17:06

Cornes de cocu ?
C'est étrange comme cette histoire ressemble à l'histoire grecque du roi Midas, ou à l'histoire saxonne du roi Marc (celui de Tristan et Iseut, le nain Frocin est au courant de l'adultère et va
enterrer le secret dans la terre, ou qqch comme ça)... Les mêmes motifs, dans un ordre différent, avec une morale différente...

poesie-et-racbouni.over-blog.com 28/02/2012 16:14



 


Les civilisations sont les branches d'un même tronc originel, non ?


Moi j'ai bien aimé ce conte, aussi ai-je voulu le partager.


 



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