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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 16:55

 

 

Paris-Dusk.jpg

 

Prose Parisienne

 

Sous un pont de Paris

à l'heure d'un coucher de soleil monstrueusement romantique

barbouillant la ville de Beauté saignante

avec l'énorme pinceau rouge et fou de ses rayons

et qu'admirent sans relâche trois primesautières jeunes touristes coréennes

à fortes lunettes noires

enchâssées dans trois robes bouffantes et pourpres à vertugadins, 

(sous lesquelles de petits vervets précaires et soumis

s'acharnent de linguois à un interminable travail de lubrification propitiatoire)

accoudées à l'unisson aux garde-fous de marbre sculpté du Pont des Arts

et qui soupirent et se pâment à n'en plus finir (qu'il est beau ce pays d'esclaves transis !)

cependant que leurs bouches de losanges obscènes exhalent la fétide haleine

de celles qui ont vraiment trop abusé de chou fermenté aux piments

et passent Passent PASSENT

les passants sur le Pont

qui n'ont vraiment que cela à faire de leur vie

passer Passer PASSER

sans vous dire où ils vont (ni s'ils vont mieux que vous ou pas)

trois ravissantes étrangères trois belles enclumes spongieuses

sur lesquelles frappe en vain le marteau de l'imagination du lecteur

trois mousmées dont la joliesse n'est certes pas sans rappeller

la décadence subtile de la civilisation Tokharienne

ou les Pyramides tapies sous les lacs de la Chine de l'Ouest

ou PLUTÔT les 3 doigts qu'il restait sur la main droite de ce menuisier africain

et chauve que j'avais heurté un soir dans le RER

et qui m'avait fendu le coeur de part en part avec 

ses deux globes oculaires contenant chacun à grand peine

leurs hectolitres de tristesse et qui rentrait vers les taudis de Créteil

s'écrouler dans une citadelle de cafards

 

Ce coucher de soleil qu'interdisaient fort à propos

de contempler aux chauffeurs de taxi taciturnes

aux vertueuses assistantes de direction

aux programmeurs informatique verruqueux

aux chômeurs incurables 

et aux mafflus chefs de projet marketing

les nécéssaires nécéssités économiques

au nom du sacro saint du mille fois saint

du primordial Homme Abstrait

 

Sous un pont de Paris

par ce coucher de soleil

que ne reluque pas sans relâche le lecteur

qui a maintes et maintes choses à faire 

comme vivre par exemple

le lecteur voit sous ce pont

dans des pénates de carton mal fagotées

et tout à fait provisoires

(quoiqu'elles soient installées céans depuis des années)

une jeune fille

une belle petite beauté slave déjà souillée tant et plus

de ces beautés protractiles et louves qui ont des canines aux doigts

blonde crue et lourde au bord du ravin de la laideur

parce que l'insatisfaction la tarabuste

yeux méchamment pers, faciès vultueux en diable,

une vraie folle une princesse de poubelle rococo

en pleine crise de vésanie

et cette jeune épave qui n'a pas encore sombré

Corps et bien 

harangue à grandes envolées

une loque molle

qui traîne sur le trottoir

c'est son homme

"c'est MON homme" dit-elle

c'est celui qui a un mandat légitime pour ses hanches

à cause de l'amour qui fut voté sans conviction

un soir d'hiver à Minsk

alors qu'ils se tinrent la main pour la première fois

déambulant sous la plus radioactivement superbe averse

fluorescente entre les parfaits rectanges staliniens

aux sourires de béton crispé

et l'assentiment rêveur de policiers payés en radis et en choux

alors donc

elle fouette de son châle flétri cette loque

cette loque qui est un homme qu'elle aime

un homme défait et de gueuler encore et encore :

"Mais à la fin amour, pour l'amour de mes vertèbres,

quand m'aimeras tu enfin tangiblement ? Quand verrai-je la couleur

de ma villa en lapis lazuli sur pilotis alanguie sur la baie de la côte d'Opale

quand serai-je donc la rentière de mon château de frangipane à RUZEMBEROK

quand prendra fin cette interminable misère ?"


l'homme avachi dans ses frusques qui est à proprement parler

maigre comme un cure-dent

et qui a su se résigner à ne plus manger qu'un sachet de nouilles par jour

ne sait plus ouvrir la bouche que pour déverser le vomito negro

de sa complète inanité

 ne sait dire en somme plus que :

"De toutes façons, frangipane ou pas, tu serais la même malheureuse"

et puis c'est la Nuit,

le peintre est parti

un autre est déjà à la besogne dessus Paris

avec son rouleau à peinture noire

noire comme les hommes

eh oui

 

 

 


 






C


 

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Langda 26/03/2012 18:38

Belle divagation, j'aime bien me paumer dans ce genre de texte ! Notamment l'averse radioactive (souvent que j'y pense à celle-là : à Grenoble pour le moindre crachin il faut 1L de liquide
essuie-glace pour y voir à nouveau clair), et puis les coréennes, le kim-chi, miam...

poesie-et-racbouni.over-blog.com 28/03/2012 18:53



 


C'est assez lyrico-onirique, maintenant j'avoue que c'est un fond de tiroir !



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