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9 mai 2012 3 09 /05 /mai /2012 11:06

 

tablada.jpg

 

José Juan Tablada (1871 -1945), poète mexicain

 

 

HAIKUS

 

 

L'araignée

 

Parcourant sa toile

cette lune très claire

tient l'araignée en éveil.

 

 

Le saule

 

Tendre saule,

presque d'or, presque d'ambre

presque lumière...

 

 

Les oies

 

Pour rien les oies

sonnent  l'alarme

dans leurs trompettes de boue

 

 

Le paon

 

Paon, long éblouissement,

sur le perchoir démocratique

raisins secs et procession

 

 

La tortue

 

Sans se mouvoir jamais,

cahotante, comme un chariot,

la tortue va son chemin.

 

 

Feuilles sèches

 

Le jardin est couvert de feuilles sèches;

je n'ai jamais vu autant de feuilles dans les arbres

verts, au printemps.

 

 

Les crapauds

 

Morceaux de boue,

dans la pénombre du chemin,

les crapauds sautent.

 

 

La chauve-souris

 

Les vols de l'hirondelle

testé dans l'ombre par la chauve-souris

pour enfin voler de jour ?

 

 

Papillon nocturne

 

Rapporte à la branche nue

les feuilles sèches de tes ailes,

papillon nocturne.

 

 

Lucioles

 

Lucioles dans un arbre...

Noël

au printemps ?

 

 

Rossignol

 

Sous la céleste frayeur

délire pour l'unique étoile

le cantique du rossignol

 

 

Lune

 

La lune est araignée d'argent

qui tisse sa toile

dans la rivière qui la révèle

 

 

Lune 

 

Mer, la nuit noire

le nuage est une coquille;

la lune une perle...

 

 

Champignon

 

Il semble le parapluie

d'un crapaud japonais

ce champignon polychrome

 

 

Ortalide

 

Est ce qu'on est en train de scier un bambou  ?

L'Ortalide est-elle en train de chanter ?

Rac... Rac... Rac...

 

 

Libellule

 

Entêtée, la libellule

immisce sa croix transparente

dans la branche nue et tremblante

 

 

A Liliput

 

Des fourmis défilent sur

un grillon inerte. Souvenir

de Gulliver à Liliput.

 

 

Vols

 

Ensemble, dans le soir tranquille

volent comme des notes  d'Angélus

chauves souris et colombes.

 

 

L'âne

 

Cependant qu'on charge son bât

l'âne harassé de mouches

rêve à des paradis d'émeraudes...

 

 

Un singe

 

Le petit singe me regarde...

Il voudrait me dire 

quelque chose qu'il a oublié !

 

 

Panorama


Sous ma fenètre, la lune sur les toits

et les ombres chinoises

et la musique chinoise des chats.

 

 

Marsouins

 

Entre les vagues blanches et bleues

roule la nage des marsouins

arabesques de vagues et d'ancres.

 

 

Poissons volants

 

Sous le coup de l'or solaire

éclate en morceaux 

le verre de la mer

 

 

Minuit

 

Elle semble ronger l'horloge

le minuit et en être l'écho

l'aiguille de la souris...

 

 

Palma Real

 

Il a érigé une colonne

la paume architectonique et ses feuilles

projettent déjà la coupole.

 

 

Pastèque

 

Rouge et froid

eclat de rire en été,

une tranche de pastèque !

 

 

Lettre

 

En vain je cherche dans ta lettre

d'adieu irrémédiable

la trace d'une larme...

 

 

Identité

 

Les larmes qu'elle versait,

la putain nègre,

blanches... Comme les miennes !

 

 

traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

 

 


 

 


 


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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 15:17

grajeda.jpg

 

Leo Zelada ( 1970 - ), poète péruvien

 

 

Haïkus de la Nuit

 

 

I

Cerf bleu.

La danse de la nuit

a effleuré le ciel.

 

 

II

Chevaux blancs.

Tu prends congé de l'hiver

la lune danse.

 

 

II

Tombe le dragon

Tu annonces l'automne

Fleur du pêcher

 

 

IV

Rugissent les dieux

La lyre du poète

fait taire la glace.

 

 

traduit de l'espagnol par E.Dupas

 

 

 


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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 18:35

toundra-copie-1

 

 

Haikus de Ty Hadman : Auto Stop en Hiver

 

 

 

dans mes vêtements rapiécés
sans-abri et  chômeur
prêt pour l'hiver !


L'hiver qui s'approche;
des clochards blottis
autour du feu


 Errance dans l'hiver ;
tasse après tasse de café chaud
aller


sans abri
auto-stop
ici et là


sans abri et affamé
la froide, froide pluie
toute la nuit


derrière des buissons dénudés :
mes doigts gelés incapables
de tirer ma braguette


se réveiller
avec l'hiver
 en moi


première neige :
mes poches
sont vides


 pauvreté d'hiver;
Je me suis fait un nouvel ami
à la banque de sang


la vente de notre sang
pour quelques dollars par pinte
 l'hiver s'approfondit


avec l'argent de notre sang 
nous partageons un cinquième
de bon  vin rouge  


perdu dans un labyrinthe de rues
tard dans la nuit
un chien errant qui me suit. . .


l'hiver fini, mais encore froid
debout  à attendre tout seul
sur une route solitaire


à l'aube
sur et sous le pont
rapides hirondelles


le vieux sac à dos
patché et prêt à partir

voyage de printemps

 

 

 

Traduit de l'anglais par E. Dupas

 

 

 


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18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 14:24

 

Haikus

 

 

 

*

Quand j'avais mes jambes

quand je ne les avais plus

le silence n'était pas le même.

 

 

*

 

Au jardin de la fac un moineau

se pose à la plus haute branche

4 années d'études encore...

 

 

 

*

 

j'aimerais résider dans une cité

de culs de jatte manchots

pour jouer au dandy malheureux.

 

 

 

*

 

Pédalant si vite

avec le vent dans le dos

la mort pourrait-elle me rattraper ?

 

 

 

*

 

Tout ce jour d'automne

j'ai potassé les concours

sans voir les feuilles tomber.

 

 

 

*

 

Je sais que je ne pourrais trouver

meilleure épouse mais

tu es mons attrayante que le malheur.

 

 

 

*

 

 

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18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 14:15

 

 

Haikus

 

 

 

 

Récolte de juillet.

Dans un abricot, l'étudiante

trouve un scorpion.

 

 

*

 

Pluie diluvienne

sur Lille - Mon Dieu

celui qui n'a pas de toit !

 

 

*

 

Hospice -Honteux de ma santé

je me fraie un chemin

entre les fauteuils roulants.

 

 

*

 

Il deale "mais

je n'espère pas trop

longtemps encore"

 

 

*

 

On voit son téton

poindre sous le voile

la nonne en prière

 

 

*

 

Un jour, bien sûr,

on exterminera les chômeurs.

Je vis, je vis.

 

 

*

 

Potassant les concours

je n'ai pas vu tomber

les feuilles d'automne.

 

 

*

 

Je déambule solitaire

dans la Fac -Pouah

toutes ces filles aux fesses plates !

 

 

*

 

Fumer boire baiser

vite vite bâcler

cette vie de merde

 

 

*

 

A l'orée de la mort

mon grand père pleurait

comme un bébé

 

 

 

 

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18 septembre 2011 7 18 /09 /septembre /2011 22:41

 

*

 

Interminable hiver

nous hibernons dos à dos

nos dédains réciproques dans la couche

 

 

*

 

N'ayant percé nulle part

il s'en remit tout entier à

ce seul verbe : nuire.

 

 

*

 

Pesanteur de ce monde

je rêve aux temps où, délivré,

l'homme fera des brasses dans l'espace

 

 

*

 

3 heures de queue administrative

derrière tant de vieux. Serai-je

moi aussi si lent, si lent, mon temps venu ?

 

 

*

 

L'ignoble que je suis

grâce au ciel je ne suis pas empereur

mais sous secrétaire de chancellerie

 

 

*

 

La taille frêle de toutes ces

passantes ô comme j'eusse

aimé n'être qu'une obi !

 

 

*

 

Avec tes mots ne t'en va pas

mordre dans mon coeur n'importe

comment : je suis un fugu

 

 

*

 

Mon cousin boxeur

pourquoi dessinait il des christs

sur son vieux punching ball ?

 

 

*

 

Croquet au jardin.

Il dit rieur "ce coup symbolisera ma vie"

la balle heurte l'arceau, sans passer.

 

 

*

 

Immense simplicité du monde

comme je voudrais m'y fondre

déja tellement,hélas, tellement civilisé

 

 

*

 

Toute ma vie j'ai cherché

à m'extraire du réel

par d'autres voies que le suicide

 

 

*

 

Elles disparaissent aussitôt

que je les mords, puis à la rue

si fraîches, immaculées- tes fesses

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30 août 2011 2 30 /08 /août /2011 18:41

 

*

Je suis ce pont bêtement heureux

qu'on l'emprunte sans un merci

la rivière ce sont mes pleurs

 

 

 

*

Viens t'empaler sur l'Idéal

avant que le fauteuil de ta médiocrité

ne t'engloutisse pour de bon

 

 

 

*

Août accable de chaleur  la ville

morte je crois que je pourrai coucher

avec n'importe quelle femme.

 

 

 

*

Nuit d'orage tonitruant

je me masturbe muet devant

les éclairs à la fenêtre

 

 

 

*

Satan te garde

toi qui sans scrupules suce

de pauvres hommes mariés

 

 

*

La vie n'est qu'un trajet d'un point

à l'autre entre les deux

l'interminable complexité de l'être.

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30 août 2011 2 30 /08 /août /2011 18:35

 

*

 Nuit de Cyclone

il faudra bien des chants d'oiseaux

pour me remettre d'applomb

 

 

 

*

Toi que le lingchi terrifie

n'est il pas vrai que le Temps

ne s'y prend pas autrement avec toi ?

 

 

 

*

Ton sourire toujours un peu navré

une des choses que j'emporterai

reconnaissant dans ma mort

 

 

 

 

*

Théâtre que ce monde

quel rôle y joué-je sans doute

un énième bouffon dérisoire

 

 

 

*

A quel heureux poto poto

rêve t-il ce mendiant noir qui sourit

en dormant sur le banc ?

 

 

 

*

Longtemps j'ai cru l'échec comme

un gateau écoeurant qui contiendrait

quelque part la fève de ma fortune

 

 

 

*

J'ai déserté mon avenir

car il me semblait que l'on voyait

mieux les étoiles depuis le fossé

 

 

 

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30 août 2011 2 30 /08 /août /2011 17:46

 

*

 

Il y a l'aubaine de tes lèvres

tes mains qui guérissent mes écrouelles

et ce touffu bénitier entre tes cuisses...

 

 

*

Les nuages ce matin

 baleines immobiles

dans les eaux de l'Azur

 

 

*

Le café amer  ce matin

épouse lasse je sais

que tu y as laissé des larmes

 

 

*

Baignade nu dans la Garonne

pour me rincer

de ces sales mois de Deuil

 

 

*

Quand les filets de Dieu

s'abattront sur le monde

je serai un poisson si bouffi de Péché !

 

 

*

 

Encore changé d'avis

le suis-je vraiment

ce protée indiscernable ?

 

 

 

 

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14 août 2011 7 14 /08 /août /2011 17:42

 

Haikus

 

 

 

L'été. Une vieille autiste au bras,

il sifflote sur les bords du fleuve

le jeune et bel arabe

 

 

*

 

Si large et si discret

quand bien même nous nous y noyerions tous

il ne dirait rien ce fleuve

 

 

*

 

Monde tranquillement barbare

il passe des péniches croulantes de cadavres

nous haussons les épaules

 

 

*

 

allongé au coteau ensoleillé

je contemple muet

l'épopée silencieuse des nuages

 

 

*

 

Quand je rêve je baise une

et quand je baise une

je rêve que je baise d'autres

 

 

*

 

le poète est celui qui doigte

la langue de son pays jusqu'a

la faire crier de la Beauté

 

 

*

 

Cependant que je jouis

combien sont ils

ceux qui souffrent ?

 

Cependant que je souffre

combien sont ils

ceux qui jouissent ?

 

 

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