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16 avril 2011 6 16 /04 /avril /2011 01:08

nouvelle-caldonie2.jpg

 

 

Mon doux Nord

 


Vierge azur de l'été. Sans relâche le Soleil
punit de rayons l'archipel alangui.
L'océan translucide, soumis tout entier à la lumière,
ondoie dessus le royaume délirant des coraux.

Sur la plage, de rares et craintifs pagures
s'aventurent puis se tapissent dans le sable cuisant.
Lumineuse tyrannie des tropiques.

Si ce n'est le despote solaire, ce seront les tornades
ivres, les alizées féroces dont les baisers emportent
les cases dans l'étreinte folle du Vent, la souveraine vague...

Point de praos à l'horizon.

Sous la morne paillotte obombrée de cocotiers,
le bétail pensant et adipeux (dont je suis) des touristes,
qui ne sait ni le cagou ni la popinée, ni lapita ni l'igname,
s'agglutine et bâffre sa pitance de taro sans passion;

Il y a parmi notre disgracieux troupeau grisonnant
une jeune mélanésienne
et c'est comme un bel Ibis altier au milieu 
de vieux gros reptiles vaincus sur les rives du Nil...

Je hais ma panse qu'elle méprise, ma lourde panse,

que trente années d'indiscipline ont fait enfler jusqu'à faire reine
(intraitable pour mon prochain, pusillanime pour moi même)
et je songe à Mon Nord, mon doux Nord et ses longues pluies mélancoliques...

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12 avril 2011 2 12 /04 /avril /2011 15:10

tigre.jpg

 

 

La Femme tigre

 

 

"-Pour lacérer les êtres, elle n'a pas son pareil !

canines au cou, langue qui glisse dans l' oreille...

-Elle a fait ses griffes sur chacun de nos coeurs !

On dit que sa cruauté elle même l'écoeure..."

 

  "Elle a le sadisme las des impératrices

de Chine, qui, ayant épuisé les caprices,

faisaient peler des eunuques aux jardins de cour

les soirs d'été, attendant qu'un frisson les parcoure.."

 

"Il y a beaucoup de noyés dans sa chevelure

de jais, beaucoup de mendiants réduits en sarclures

 dans son sillage, de riches devenus gueux...

sa beauté a mis la ville à sang et à feu..."

 

 

"Son oeil était tantôt dément, tantôt tranquille,

ses baisers, ses caresses étaient protractiles.

Son pelage une lave ondoyante-, et quels reins...

l'homme en ce pays a subi son joug d'airain !"

 

"Mais fallait- il qu'elle aime la chair ! Elle passa

au croc les infantes, les vieillards, terrassa

les soldats, et dévorée par sa prédation,

s'est enfuie si loin, si loin de notre nation..."

 

"Et où réside t-elle désormais ?" m'enquis-je.

Le public de la taverne fut pris de vertige;

"Dans une taïga, par delà les hauts sommets."

Aux vêpres, on entend parfois un cerf bramer

 

ou l'ours hurler. C'est que le monstre les a occis

et que sa fureur n'est pas encore adoucie ;

"Qui est elle donc ?" - "Elle est la femme tigre".

"Soit. Je l'aime. Demain, vers cette taïga j'émigre..."

 

 

 

 

 

 

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12 avril 2011 2 12 /04 /avril /2011 15:09

 

Un amoureux

 

 

L'autre jour, un de ces amoureux transis (que l'on voit hélas défiler toujours plus nombreux dans nos cités) était en promenade dans la rue, traîné en laisse par son propre coeur, lequel battait et pompait avec une arrogance indescriptible. Le pauvre hère rampait sur le goudron avec entrain, collier à la nuque, et aboyait fièrement son vaste amour à tous les passants. Le plus désolant dans ce spectacle était que l'amoureux semblait enchanté de son servage.

Nous autres sages, aux barbes souveraines, méprisantes des glabres imbéciles qui régissent ce monde, observions ce spectacle avec affliction depuis le trottoir opposé, occupés que nous étions à faire circuler la sagesse autour de cafés turcs, à l'ombre des tilleuls, sur la terrasse baignée de soleil du troquet des raisonnables.

 

Nous autres sages, qui sommes gens d'une richesse intérieure inmesurable, nous autres sages, en qui les jungles de la passion ont été arasées par l'impitoyable machette de la philosophie, nous autres sages en qui les émotions sont autant de frêles vagues venant se briser sur le roc majestueux et stoïque de notre raison, nous autres sages, en qui le phare de la lucidité domine à jamais les mers de l'intranquillité, nous sentions à cet instant si haut si haut et si distants de ce être en naufrage que nous avions perdu tout courage, toute envie d'aller nous enquérir de lui. Il n'était plus question que de le laisser disparaître corps et bien dans les flots, comme tant d'autres avant lui, en haussant les épaules du haut  du pont de notre invulnérable paquebot,  "encore un d'englouti"...

Mais enhardi par les petits grains de cardamome que le serveur avait ajouté dans mon breuvage autant que désireux de me montrer à mon avantage devant mes confrères, (car pour moi  spécialement la stimulation philosophique a bel et bien trait avec l'esprit de compétition savante) je décidai de me lever et défiai les attablés à l'emporte pièce;

"C'en est assez de ce naufrage toujours répété ! De quoi nous sert donc tant de méditation ,à la fin?  Je vais ramener sous vos yeux cet imbécile au clos de la raison, messieurs, et je vous prouverai que la philosophie est plus qu'un prétexte à pose hautaine sur les terrasses de bistrot !"


Déclarai je tout de go, sous leurs regards incrédules. Je sentais bien en m'éloignant leur moues dubitatives et considérais que ma victoire n'en serait que plus triomphale.

Je traversai donc le trottoir avec lenteur en méditant de bonnes phrases qui suffiraient à bousculer cet heureux enlaissé agenouillé et qui sait, peut être le convaincre  de rogner sa laisse et de regagner sa condition d'homme sans que nous ayions à passer par un long et laborieux dialogue. Après tout, ne me targuais-je point d'être le maïeuticien le plus subtil, le plus excellent de notre confrérie ? Enfin j'arrivai devant mon patient accroupi.

"Alors, mon ami, mon semblable, ainsi vous avez décidé de retourner au matin de votre existence et de nous le faire bien savoir ?"


lançai je d'emblée pour ouvrir les portes de notre conversation, sans assurance que ce troglodyte rampant serait capable de percevoir dans mon propos l'habile référence filigranée à l'énigme du sphinx posée à l'antique Oedipe, ni même qu'il entende quoi que ce soit à mes alambiqués vocables.

 "Que me chantez vous, là, odieux barbu ! OUah OUAH ! De quel matin parlez vous ? Elle est belle, mon dieu qu'elle est belle, j'en tremble, j'en tremble ! Songez que j'ai passé hier la nuit la plus bouleversante de mon existence  !J e l'aime à en pouvoir trahir les miens, à égorger mes amis, je donnerai ma chair, mon os pour elle ! Ouah !"


m'aboya l'asservi, alignant presque mot pour mot la réponse que j'anticipais, moi le rhétoricien pour qui les discussions ne sont que des parties d'échec où la vigueur de mon esprit me permet de connaître les décisions adverses à des lieues d'avance et calculer les possibles jusqu'aux plus extrêmes vertiges. Je continuais sur un ton ironique :

 

 "En somme, mon cher, vous avez rencontré Circée, et dans quelques jours nous vous recroiserons sous l'auguste apparence d'un cochon ! A moins que vous ne vous ayiez vous même administré quelque opium dans la cervelle et que votre nouvelle déesse s'efforce de retarder son départ, ou que, plus profond encore que je vous imaginais, n'êtes vous dans une période sombrement lumineuse de mithridisation à l'amour, de purge romantique ?"

Le rampant aboya de plus belle et de plus fort, mais sans mots cette fois.  J'utilisais alors d'autres formules plus quotidiennes, plus  prosaïques pour tenter de lui faire entendre qu'il faisait fausse route, qu'il se dirigeait vers un précipice émotionnel dont il ne pourrait sans doute jamais plus ressurgir; mais plus je parlais, et plus il aboyait, et bientôt il y eut un attroupement grandissant autour de notre discussion stérile. La circulation de la ville se coagulait par notre faute. Des badauds firent cercle et la police ne tarda pas à se rapprocher de la scène à grands trots sur ses chevaux. Mes confrères philosophes se mirent à glousser et se gargarisaient ostensiblement de mon échec. L'un d'eux s'exclama à haute voix pour que je puisse entendre:


"Finira t-il en geôle, notre ami, pour le salut de la philosophie et de l'âme d'un manant ? Héroïque, il est héroïque croyez m'en ! Buvons au martyr de la raison !"

 

Très vite j'abandonnai mon patient aboyeur, je me frayai honteusement un chemin à travers la foule et je regagnai ma place et mon café sur la terrasse. Je convins avec mes frères sages qu'il n'est de meilleure sagesse que la lâcheté  conjuguée à la discrétion, et la circulation reprit.

 

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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 20:10

lavabo

 

 

Parfois un lavabo

 

 

Comme l'arbre est arbre

 l'oiseau oiseau

et la mer, mer

l'homme voudrait être Homme

 

  qu'est ce qu'un Homme

 

parfois un lavabo vous le dit

 

(mais quel lavabo mystique laverait l'homme de son péché)

 

Un homme c'est cet être 

 

qui se rince les mains

et la figure

quand il est las de ce monde

 

et qui dans le miroir se surprend d'être

  tant que cela

  si peu que cela

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4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 21:27

oeuf.jpg

 

 

Une vie

 

                  "Ah, l'intolérable condition humaine..."

 

 

"Pas déjà l'existence !"
s'écrie la boulette
que Dieu a tiré de la boue du néant
puis placé dans le ventre d'une femme
"je m'étais à peine habitué au néant !"

"Pas déjà croître!"
s'écrie le foetus, pur téteur de confort,
qui ne se rend pas compte
qu'il mange son pain blanc
qui n'est déjà plus que miettes
"je m'étais à peine habitué d'être boulette !"

"Pas déjà la vie !"
s'écrie le nouveau né
dont les poumons sont violés par l'air
et qui s'accroche à la mamelle
comme l'escaladeur à une corniche
"je m'étais à peine habitué d'être foetus !"

"Pas déjà l'enfance !"
s'écrie l'enfant  sans conséquence
qui ne sait pas encore
les mille bâts qui l'attendent
alors que son dos grandit
"je m'étais à peine habitué d'être nouveau né !"

"Pas déjà garçon !"
s'écrie le garçon
dont le visage et le pénis se précisent
qui voit plus clair dans le jeu des hommes
qui pressent qu'il voudra enfanter
et qu'il y aura un terme à l'aventure
"je m'étais à peine habitué d'être un enfant !"

"Pas déjà homme !"
s'écrie l'homme
menotté à l'étude, menotté au labeur
au foyer ou à la solitude
ou au foyer et à la solitude
"je m'étais à peine habitué d'être garçon" !

"Pas déjà père !"
s'écrie le père qui tient

dans ses larges paumes

le petit d'être qui sera amené

à le pousser dans la tombe
"je m'étais à peine habitué d'être homme" !

"Pas déjà vieux !"
s'écrie le vieux dont la tempe
fleurit

et à qui la mort sourit doucement

dans le miroir, quand il cherche du sens

"je m'étais à peine habitué d'être père !"

 

"pas déjà sénile !"
oublie le vieillard sénile
claquemuré dans la cellule

de la prison des vieux parias

à qui une nourrice lasse donne le biberon

"je m'étais à peine habitué.. d'être quoi déjà ?"


"pas déjà os !"
s'écrie le cadavre

cependant que des mottes de terre

rebondissent contre son cercueil

et que la meute des asticots s'apprête à la besogne

tout cela est passé en un souffle

c'était merveilleux, c'était dégueulasse

"je m'étais à peine habitué de vivre...."

 


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4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 20:47

plante-rachitique.jpg

 

Je vois une plante

 

 

Je vois une plante rachitique, droite comme une lance, dans le coin du salon.
Je sais que sa propriétaire est avare d'eau, et cruelle et sotte.
Je remarque les stries régulières tout le long de son tronc.
Je souligne que chaque strie correspond à une journée d'éclipse
J'ignore si c'est un jour d'éclipse que la propriétaire a perdu la vue
Je me demande si elle sait que j'ai pris la place de son époux depuis 8 ans
je parie qu'elle n'a pas saisi la nuance qui sépare nos voix, pauvre fille
Je pense que j'arroserai cette plante rachitique d'eau bénite un jour
Je vois une plante rachitique droite comme une lance
laquée du sang d'une vierge au printemps.

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4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 20:40

 

satan

 

 

Satan, ne me dites pas...

 

  
Si vous avez des vues sur mon âme
Si vous voulez dilacérer mon être
admirer ma décomposition lente et savoureuse
sur la toile en reproduire une nature morte
et vendre la toile à bon profit

si vous voulez avec le cimeterre du doute
me transpercer jusqu'en mes convictions les plus profondes
et si voulez ouvrir larges les gouffres du péché devant moi

Satan ne me dites pas que vous songez à tout cela

Nous ferons croisière sur le Styx
tout cela me rend déjà épileptique
déjà j'envie les errants du Purgatoire
Je hais les bonnes âmes aux contours arrêtés
presque autant que ceux qui n'ont jamais tâté de la torture
et puis je m'éloigne sur le fleuve dans la barque du Nocher

Je sais que ce monde est gouverné depuis les tombes
de m'ossifier j'ai pris l'usage
trinquer dans des verres ébréchés pleins d'une lave funeste
il se pourrait que l'on s'enflamme le gosier
on va pouvoir s'habituer à cet enfer chantant
Heureusement que Satan est un grand chef d'orchestre

On va faire de beaux autodafés avec les feuilles de la Beauté
à Quelle heure hurlera t-elle comme un relaps sur le bûcher ?
J'ai des envies de galop sur la Jument folle de la Peur
cela me flanque une joie large comme la plaie d'un balafré
Qu'on ne vienne pas me raconter qu'il n'y a plus d'abîme assez profonde :
Que l'on se lance à pic, l'on verra bien sur quoi l'on s'écrase !

Je sens croître en moi comme une civilisation morbide
on va passer à de plus complexes mécanismes
on vendra la Grâce sous cellophane au marché
déjà on ne sait plus distinguer l'indulgence de la lâcheté
on va déporter tout ce beau monde vers de plus obscures galaxies
me casser l'espoir sur la pierre d'une idée fixe
il y a des anges qui commencent à changer de camp
et un ciel qui s'empourpre à plaisir

En route pour de splendides carnages
plus question de se retenir
on va me trouver égorgeant de la veuve et de l'orphelin
à la lueur des rosaces de cathédrales
en rêvant à des holocaustes fleuries
J'ai maintenant mon cimeterre
On va pouvoir enfin tous croiser le fer

Satan ne me dites pas que vous songiez à tout cela

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4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 19:11

mort.jpg

 

 

Cékouhaussa ?

 

 

                                    "le croche pied rigolard de la mort imbécile"..

 

 

EUH ! Kouhau ?

Quoi qui vient comme ça si vite vers moi ?

Cékouhaussa

là bas

c'te forme

qui cour' dans les champs

ah merde la vlà déjà

putain la Mort !

j'avais à peine commencé de vivre

 

on peut même plus se promener

Si j'pouvais savoir à quoi elle ressemble au moins

une espèce de macab' salope en frous frous

encarfounée dans une grand' cape noir'
couverte de squames, couverte de croûtes
comme une vieille tortue mata mata dégueulasse

 elle engloutit les hommes d'un trait
dans son vagin-toboggan
pour qu'on prenne directement le colimaçon
jusqu'aux tréfonds de l'enfer

 pasque sur terre, y avait jamais eu rien d'autre que des salauds
et des enfants de salauds
et des enfants d'enfants de salauds
qui ne méritent que l'enfer

J'devine que j'ai pas fait beaucoup mieux que les autres

Si j'pouvais savoir à quoi elle ressemble

 un squelette vicieux et dynamique
qui court partout avec une faux
le vieux crevant du village disait : "ça désaltère de crever"

Cékouhaussa la mort ?

Elle me laisse la voir venir
par c' matin de printemps

 elle sait que je sais qu'elle sait que c'est aujourd'hui

elle va me faucher sous mes yeux

tain mais comment on peut être salope comme ça ?
mais pourquoi pas un autre, j' vivais pas assez discrètement ?



Putain mourir,

 

euh euh euh

 

 Non ! Pas maintenant !

Pas alors que le Soleil n'est même pas au midi !

Salaud de soleil tu ne m'avais rien dit !

et vous autres nuages vous saviez hein !

 

ah, si tu t'approches Mort

j't 'y ferai une clé de bras
je te matraquerai
 te carabinerai
te concasserai de ma canne
Ne m'approches pas bon sang

 j'ai qu'72 printemps
J'ai encore quelques dents
J'ai encore quelques champs
chien, chapoules, et puis la bonne vieille
qui fut toujours si bonne pour moi

 tu as l'expérience
des milliards de fauchés, ça vous donne le métier

J'espère que tu me diras au moins
si ça valait le coup
d'avoir retourné tant de terre
d'avoir labouré
semé

 récolté
d'avoir tant peiné
pour finir dans le fossé
comme un rat musqué

 

salope

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28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 20:17

homard-glace.jpg

 

 

L'inévitable parade nuptiale du homard glacé

 

 

Le homard aux pinces cerclées d'élastiques,

encore gourd du givre subi, l'oeil brûlé de néons,

et qui semble un homme aux dents et membres brisés

sans ménagement est jeté dans l'aquarium

 

C'est un fameux spectacle pour le troupeau de chinois

venu bâfrer sa fondue et ses boulettes de riz glutineux

à l'Auberge du Tofou Puant

en ce nouveau printemps.

 

qu'il est drôle, plaisant,

ce naïf homard recroquevillé dans le coin de sa geôle d'eau

Combien il se languit des doux fonds obscurs des mers froides

sa patrie benthique où ses majestueuses pinces

qui broient et qui déchirent le faisaient roi du plancher océan

 

à présent qu'on l'a arraché à son royaume

il n'a plus qu'à consentir

consentir à n'être plus qu'un plat amusant

et sa lente cuisson dans la marmite

lui fera guise d'interminable lingchi...

 

Mais avant  le suprême supplice

dans son propre élément

l'on exige de lui une ultime représentation

 

et voici qu'est plongée à son tour dans l'aquarium

l'inéluctable femelle homard

qu'on voudrait qu'il saille vigoureusement

son dernier plaisir

une farce réjouissante pour le troupeau de chinois

venu bâfrer sa fondue et ses boulettes de riz glutineux

à l'Auberge du Tofou Puant

en ce nouveau printemps

 

Et notre héros châtré, noyé dans une mer de rire,

s'avance ridicule,

pour procéder

à l'inévitable parade nuptiale du homard glacé.

 

 

 

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28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 20:16

L'Ennui

 

 

L'Ennui, c'est que tu es bien muché dans les taillis de mon être....

 

Tu sais distiller ton poison dans les sources de ma joie

 

et pas une d'elle tu n'épargnes.

 

Ces eaux claires et riantes, ce cours doux et potable,

 

qu'alimentent sans fin la mer de l'amitié, la mer du ravissement,

 

qui se répandent et coulent en moi en d'infinis deltas

 

tu les troubles, tu les rends amers,

 

tu en travestis le goût savamment

 

et tu me donnerais presque le dégoût de vivre

 

si tu étais plus que cette chose 

 

muchée dans les taillis de mon être.

 

Ennui,

 

Tu corrodes mon bonheur dans la longueur

 

comme la rouille conquiert le fer

 

et tu es le genre de tique qui ne relâche son rostre

 

qu'une fois l'hote vidée de son sang de vivre...

 

 

 

 

 

 

 

 

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