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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 18:13

 

Liege-palais-st-lambert.jpg

 

 

Le Prince évêque

 

Ne croyez pas un mot de ce que vous intime le visible. La Cathédrale Notre Dame et Saint

Lambert n’a jamais été mise à sac par les révolutionnaires liégeois de la fin du 18ème siècle, la Cathédrale Saint

Lambert n’a jamais été détruite, elle n’est pas ce ramassis de fondations mortes, elle n’est pas

cette grande absente de l'actuelle Place Saint Lambert où, pour imbiber vos yeux de mensonge, sont

plantés ces ridicules ersatz de colonnes en fer censées en figurer abstraitement la nef antique.

 

La Cathédrale Saint Lambert est demeurée intacte, elle est toujours présente. Pour être à son aise, elle a

simplement choisi de demeurer invisible aux moyennes gens qui ont par trop péché, voilà tout. Seule une poignée

élitaire de doctes ou de mystiques sait qu’elle est toujours dressée là sur la place, démesurément

vaste, majestueuse dans sa roideur gothique et que pointe toujours vers le ciel son orgueilleux double clocher. 

 

Quant au Prince évêque de Liège, qui réside toujours en son Palais, c’est un fils de putain cent fois avéré.

Sa génitrice, dame Ignardie, était  déjà si garce et si putassière que les pires arrivistes eux mêmes ne se

risquèrent jamais tenter la duper ou la pénétrer (et quel homme sensé serait allé risquer son appendice dans ses

lèvres ointes de curare et son vagin semblable à une insondable bouche de lamproie). 

 

Le gueux d’Outre-Meuse ordinaire vous dirait qu’elle maniait (en sa prime jeunesse) son cul à la façon d'une épée

lubrique, et qu’elle y fit passer bien des hommes par le fil dans la région, mais le sujet essentiel demeure ici le

prince...

 

Fils de putain dans les faits, Le Prince l'est encore plus véritablement dans le comportement. Batifolant dans le luxe

le plus obscène pendant que le petit peuple liégeois crevote dans des labyrinthes de bouges foisonnants

d'immondices, il ne prend jamais si grand plaisir qu'à se faire promener dans son carrosse pailleté d’or fin par

ces ruelles sombres où les enfants malades, les femelles hâves, les travailleurs cholériques, les ribotes et les

ivrognes errent et vomissent comme des damnés; toujours ceint d'une invincible garde de chevaliers teutoniques,

le prince évèque jubile de ces spectaculaires misères à la fenêtre du carrosse et s'empiffre ostensiblement de tartes

au riz, de rôtis de sangliers, de boulettes de boeuf et de gauffres chocolatées sous les yeux des miséreux, ne leur

en concédant pas une seule miette....

 

Et le peuple Liégeois, bien au fait que ce Prince Promeneur provocateur n’est

autre que le Diable, le peuple liégeois encaisse, tolère et supporte sans mot dire, année après année, comme le

Christ supporta exemplairement les épreuves dans sa traversée du désert. Car tous savent qu’un jour ils seront

délivrés du Prince Evêque, et qu'alors la Cathédrale daignera ré-apparaître à tous.

 

 

 

 

 

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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 17:38

Janv12-258.jpg

 

 

Ascension (Montagne de Bueren)

 

Le Soleil de juillet rougeoyait sur Liège

ainsi qu'un œil injecté de sang

la paupière du soir l'allait bientôt clore

et somnolaient les fontaines de pierre grise

dans la cité des pauvres gens

 

une lancinante ritournelle aux lèvres

une jeune fille aux tresses  mièvres

petite, en robe courte et incolore

gravissait devant moi

les 400 marches de la Montagne de Bueren

sans efforts sans soupir sans peine

quasi voletante cruelle gracile libellule

 

loin derrière essoufflé je gravissais la cinquantaine

cinquantaine lourde, déchevelue et sans pécule

mon cœur grimaçait chacune des marches était un poignard

qui de ma vieille chair perçait tout savamment le lard

 

et ces mêmes marches n'avaient aucune prise

sur la fille sautillante et presque grise

pleine de cette grâce qui sait les yeux coupables

c'était une nymphe, une nymphe infatigable

 

et les notes de son chant dansaient sur ma fatigue

comme dansent perverses les vagues devant une digue

 

nous poursuivions notre ascension je retenais mes râles

quand, au milieu de l'escalier à la raideur monumentale,

la jeune fille se tut, s’arrêta et se tourna vers moi;

 

sur ma figure lamentable elle darda des yeux d'étincelles

puis m’adressa un ineffable sourire

qui m'ôta tous les poignards de la moelle

 

j'étais au bord de m'évanouir de dégringoler

mais de l'obsédante ritournelle

elle lutinait mon esprit hagard, me cajolait

 

comme tout semblait difficilement réel

Alors, et je ne saurai jamais pourquoi,

la jeune fille descendit gaiement vers moi

et à mes oreilles sussurra ces mots :

 

"Viens, viens, monte ! Tu montes, dis; là haut ?

Efforce toi un minimum, monte, monte !

Et alors là haut, là haut, ah ça, là haut, tu devines, bien sûr !"

 

comme tout semblait péniblement réel

et l'obsédante ritournelle... 

 

Agitant ses tresses contre sa fraiche nuque

elle se remit à gravir sveltement devant moi

m'encourageant de cent sourires

et moi je crus à tout cela

je repartis dans l'ascension

hardi vaillant courageusement

en souffrant bien terriblement

 

je gravis, gravis, gravis,

marche après marche

poignard après poignard

et quand enfin, anéanti,

mon pauvre pied meurtri

se posa sur la plus haute dalle

de la montagne de Bueren

 

mon cœur éclata

la robe de la jeune fille

s'ouvrit en corolle

tout se déroba

dans la ténèbre folle

tout disparut

elle était la Mort

 

 

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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 16:55

 

 

Paris-Dusk.jpg

 

Prose Parisienne

 

Sous un pont de Paris

à l'heure d'un coucher de soleil monstrueusement romantique

barbouillant la ville de Beauté saignante

avec l'énorme pinceau rouge et fou de ses rayons

et qu'admirent sans relâche trois primesautières jeunes touristes coréennes

à fortes lunettes noires

enchâssées dans trois robes bouffantes et pourpres à vertugadins, 

(sous lesquelles de petits vervets précaires et soumis

s'acharnent de linguois à un interminable travail de lubrification propitiatoire)

accoudées à l'unisson aux garde-fous de marbre sculpté du Pont des Arts

et qui soupirent et se pâment à n'en plus finir (qu'il est beau ce pays d'esclaves transis !)

cependant que leurs bouches de losanges obscènes exhalent la fétide haleine

de celles qui ont vraiment trop abusé de chou fermenté aux piments

et passent Passent PASSENT

les passants sur le Pont

qui n'ont vraiment que cela à faire de leur vie

passer Passer PASSER

sans vous dire où ils vont (ni s'ils vont mieux que vous ou pas)

trois ravissantes étrangères trois belles enclumes spongieuses

sur lesquelles frappe en vain le marteau de l'imagination du lecteur

trois mousmées dont la joliesse n'est certes pas sans rappeller

la décadence subtile de la civilisation Tokharienne

ou les Pyramides tapies sous les lacs de la Chine de l'Ouest

ou PLUTÔT les 3 doigts qu'il restait sur la main droite de ce menuisier africain

et chauve que j'avais heurté un soir dans le RER

et qui m'avait fendu le coeur de part en part avec 

ses deux globes oculaires contenant chacun à grand peine

leurs hectolitres de tristesse et qui rentrait vers les taudis de Créteil

s'écrouler dans une citadelle de cafards

 

Ce coucher de soleil qu'interdisaient fort à propos

de contempler aux chauffeurs de taxi taciturnes

aux vertueuses assistantes de direction

aux programmeurs informatique verruqueux

aux chômeurs incurables 

et aux mafflus chefs de projet marketing

les nécéssaires nécéssités économiques

au nom du sacro saint du mille fois saint

du primordial Homme Abstrait

 

Sous un pont de Paris

par ce coucher de soleil

que ne reluque pas sans relâche le lecteur

qui a maintes et maintes choses à faire 

comme vivre par exemple

le lecteur voit sous ce pont

dans des pénates de carton mal fagotées

et tout à fait provisoires

(quoiqu'elles soient installées céans depuis des années)

une jeune fille

une belle petite beauté slave déjà souillée tant et plus

de ces beautés protractiles et louves qui ont des canines aux doigts

blonde crue et lourde au bord du ravin de la laideur

parce que l'insatisfaction la tarabuste

yeux méchamment pers, faciès vultueux en diable,

une vraie folle une princesse de poubelle rococo

en pleine crise de vésanie

et cette jeune épave qui n'a pas encore sombré

Corps et bien 

harangue à grandes envolées

une loque molle

qui traîne sur le trottoir

c'est son homme

"c'est MON homme" dit-elle

c'est celui qui a un mandat légitime pour ses hanches

à cause de l'amour qui fut voté sans conviction

un soir d'hiver à Minsk

alors qu'ils se tinrent la main pour la première fois

déambulant sous la plus radioactivement superbe averse

fluorescente entre les parfaits rectanges staliniens

aux sourires de béton crispé

et l'assentiment rêveur de policiers payés en radis et en choux

alors donc

elle fouette de son châle flétri cette loque

cette loque qui est un homme qu'elle aime

un homme défait et de gueuler encore et encore :

"Mais à la fin amour, pour l'amour de mes vertèbres,

quand m'aimeras tu enfin tangiblement ? Quand verrai-je la couleur

de ma villa en lapis lazuli sur pilotis alanguie sur la baie de la côte d'Opale

quand serai-je donc la rentière de mon château de frangipane à RUZEMBEROK

quand prendra fin cette interminable misère ?"


l'homme avachi dans ses frusques qui est à proprement parler

maigre comme un cure-dent

et qui a su se résigner à ne plus manger qu'un sachet de nouilles par jour

ne sait plus ouvrir la bouche que pour déverser le vomito negro

de sa complète inanité

 ne sait dire en somme plus que :

"De toutes façons, frangipane ou pas, tu serais la même malheureuse"

et puis c'est la Nuit,

le peintre est parti

un autre est déjà à la besogne dessus Paris

avec son rouleau à peinture noire

noire comme les hommes

eh oui

 

 

 


 






C


 

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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 16:34

7540341-hippo-in-mara-river--maasai-mara-national-park-in-k.jpg

 

Le Quango

 

Une tribu nègre ayant conclu un pacte avec les hippopotames, ces sénateurs à grande

gueule, planta son village sur la barge du Quango, dans un limon jaunâtre et onctueux qui

ne lassera jamais la marmaille. Le Quango est resté silencieux devant cet arrangement, mais

on pressent qu’il s’échappe. Le Quango s’échappe, quand bien même vous vous y pâmeriez

toute une journée, vous ne sauriez dire de quelle trempe est ce fleuve. En se révélant tout

entier dans sa translucide clarté, il ne dit rien de lui et de ce qu’il vous aimerait noyé en ses

fonds boueux ou plus éloigné dans les terres. Mille ans de tamtam, d’invocations et de

chamanisme n’ont rien percé, et le malaise a persisté. Mais les cent milles autres tribus se

sont arrogées toutes les terres de manioc. Où fuir ?

 

 

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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 01:03

tom creule

 

Le contremaître

 

Pour beaucoup l'aube est un contremaître

à la cravache bien affûtée

il faut y aller

 

Pour d'autres elle ne diffère pas de la nuit

 

et pour moi c'est toujours

ce seau de honte glacée

jeté à ma figure

et toujours me rendormir

de ce sommeil d'injuste

de ce sommeil d'incurable injuste

 

 


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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 00:57

champ de bataille

 

 

Ma confiance en l'homme

 

Comme dehors paradaient

les tranquilles fanfares de la haine

je suis rentré seul

il faut fermer sa sottise à clef

l'allégresse ouvre bien assez de portes

entre le je suis heureux

et le je suis las

des goules se glissent

des goules se glissent

dans l'interstice

pour aller bâffrer un banquet

un banquet de chair humaine

et sur ce banquet il y a 

ma confiance

ma confiance en l'homme

qui est un fruit

un fruit sans écorce

un fruit sans défense

 

 

 

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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 14:16

 

artois.jpg

 

 

Gouy en Gohelle (Deux vagabonds mauvais)



                             « Parce que c’était lui, parce que c’était moi… »


Tels que saint Roch et son chien,
nous allions, ami rare,
dans la campagne avare,
par les chemins d'Artois
à la quête d'un toit
et d’une simple table.
Deux doux hommes sans loi,
astucieux et capables,
Toi l’ardent musicien,
Moi le mendiant de choc ;
Mais qui était saint Roch
et qui était le chien ?

Ton luth était le moyen
d'abreuver ma sébile,
je flattais les débiles
en louant tes airs creux !
ah ces troupeaux heureux :
le culot des fous dupe
des plus lourds culs terreux
jusqu'aux plus chastes jupes !
deux complices bons à rien
qui d'eux deux firent troc;
mais qui était Saint Roch
et qui était le chien ?
 
Nous marchâmes, rudes chrétiens,
La sandale dans la boue,
Des aubes fraîches et floues
Jusqu’aux soirs confortables,
Où, en la pauvre étable,
Nous partagions nos puces
Dans la paille vénérable,
prépuce contre prépuce !
Tu chantais l’air païen,
J’avais l’orgueil d’un coq,
Mais qui était saint Roch
 et qui était le chien ?

Dépouillait-on un doyen
palpait-on une vierge
rossait-on à la verge
tel marchand égaré
les vilains s'effaraient :
"les deux affreux compères
ont à tout coup frappé"
Foin des langues vipères !
aux chapelles, St Bastien
absolvait toutes nos cloques
mais qui était Saint Roch
et qui était le chien ?

Pavés des bourgs anciens,
Si hauts clochers mystiques !
à l'ouïe des cantiques,
nous revînmes des malices
en pénitence lisse !
Dans le don généreux,
nous nous fimes un délice
de soigner les lépreux ;
Toi, tu ne disais rien,
d'eau j'emplissais nos brocs,
Mais qui était Saint Roch
Et qui était le chien ?

Cahin-cahant, pélerins
Du Christ, nous tournâmes en rond,
l'été champs de Royon
O Cardères et coquelicots,
Pour deux bizarres cléricaux ;
Nos âmes main dans la main
Avaient les mêmes mots
Et songeant au même pain,
Nous échangions nos riens
dans l'amitié de roc !
Mais qui était Saint Roch
Et qui était le chien ?

Par le grand Saint Félicien,
à Gouy en Gohelle
vit on frères plus fidèles ?
deux tondus inquilins
pour leur prochain calins
Foi de granit sincère
dédaigneuse du malin
et cilices en hiver !
sans miracle qui vient,
la terre regimbe au soc
Mais qui était st roch
et qui était le chien ?

Comment se brisa le lien ?
Il arriva  tel soir
Que tu voulus savoir
après d'horribles joutes
qui déciderait la route ?
Tel un Népomucène
je me tus. Il y eut doute.
Dans un fracas obscène
je mourus sous ton poing
tu pleuras sous le choc
Je n’étais pas saint Roch
tu nétais pas son chien

 

 

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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 13:53

 

 

steenwerck_nature.jpg



Steenwerck


Adieu cités amphigouriques !
Je veux cette vie strictement simple
La cervelle pleine comme une brique
Des gros flamands terreux et humbles

Adieu Bouquins, Adieu fantasmes
Je vous renie : Ici Steenwerck !
Déjà des chiens m’hurlent des bercks
Je partagerai leur enthousiasme.

Une aube d’automne patine d’or
les lacs de blé ; le lin frissonne et les patates
poussent bons soldats en ligne droite
La vie vit sans pourquoi et sans remords

Civilité ô camisole c’en est fini
J’aurai le luxe d’avoir ma ferme
d’être enfin frustre à l’infini
heureux car seul avec ma ferme

J’aurai pour roi, j’aurai pour reine
le tracteur rude, la terre ingrate
Quelques hectares pour tout domaine
 travail à m’en crever la rate.

Trônant sur ma table rustaude
Le pain le lait des labeurs cuisants
Et chaque été en la nuit chaude
Le sommeil des Sisyphes paysans

 

Août rutilant sur les andains

il fera bon avec l'exquise bouteille

hameçonner quelque anguille au soleil

la botte plongée aux wateringues

 

Ô croustade des dimanches silencieux

ce régal quand à ma fenètre

se découpera la silhouette

d'un lièvre filant dans la pâture- Adieu !

 

Il n’y aura personne entre mon
Ouvrage et moi que le divin
Les productives méditations
Lion régnant sur son fief de purin

Détail majeur : pas de femelle !  Quand bien
Même forte, de croupe superbe ou souveraine
Cuisinière : pitié pour mon harem bovin
Mes poules, mon blé, ma paix de peine !

 

Et tout croîtra sans répit ni regret,

et houblon, et noyers,  cynorrhodon,

le bousier en sa bouse sous l'oeil du dindon

 infatigable opulence des prés !

 

J’attendrai que rien ne se passe
Qu’un lent pourrissement somnambule
Mort je partirai là bas dans l’espace
l’âme calleuse, fourbue comme une vieille mule

Adieu cités amphigouriques !
Je veux cette vie strictement simple
La cervelle pleine comme une brique
Des gros flamands terreux et humble

 

 

 

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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 13:45

 

guillotine.jpg

 

 

L'Assassin de Douai



Mehdi Mehdi Mehdi Mehdi
maudit maudit maudit maudit
maudit Mehdi

C'eut été si beau si agréable
qu'une fringante guillotine te baise la nuque
place Sainte Âmé un dimanche bleu impeccable
ton corps de ta tête crépue soudain eunuque
s'agitant en mille spasmes clownesques
Oh c'eût été churrigueresque!

mais Vrai quelle joie éléphantesque
la foule de Douai entière ou presque
serait venue admirer ça 
soulagée comme un gangrené à
qui l'on aurait retiré le membre pourri

soulagés oui tous se seraient esclaffés
Mehdi victorieux violeur démon fieffé
ta dépouille décapitée portée triomphamment
jetée dans la Scarpe sous les applaudissements
tâche de goudron sale héron hâlé mouton galeux


il suffisait que l'on t'ôte comme il faut du paysage
tout redevient fleuve tout redevient heureux

Douai t'aurait salué crois nous en
d'endosser tout le Mal si courageusement
sur ton petit dos d'arabe

voleur de pain étrangleur de fillettes
assassin malfrat sorti de quelles oubliettes
pour nous resignifier à quel point nous sommes beaux

et incapables de meurtre
consolidant tous les remparts

de nos bonnes consciences

mais tu n'auras même pas cette récompense
avec le temps avec la tempérance
les hommes ont édulcoré leur cruauté
ton sort Mehdi la cour a statué
ce sera 20-30 années à tuer
c'est à dire
que tu peux tirer un trait sur ton aventure d'homme
entassé avec 9 fous cogneurs dans un clapier de béton et d'urine
inutile de te faire un dessin tu peux déjà vomir pleurer

 

Il te restera de savourer l'éternel même gluant plateau repas

d'admirer le ballet fou des mouches autour de l’aguicheuse ampoule
les  nocturnes séances de boxe contre le désespoir (ce poids lourd invaincu)
te capitonner la cervelle de rêves
prier un dieu qui avait pourtant guidé chacun de tes gestes
ET QUAND

tu sortiras
le cœur démembré le corps ne battant plus
tu te jetteras sagement dans la Scarpe

mais surtout rassures toi

il y aura bien d'autres mehdi mehdi mehdi mehdi
qui seront comme toi maudits maudits maudits maudits

 

 

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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 17:55

 

nouvelle-caldonie2

 

 

Les Huns du Pacifique

 

 

Du côté de nos petits atolls oubliés
loin des cargos des continents
loin des empires et des fourmillements économiques
là où règne notre torpeur bien aimée

il vient souvent à la morte saison
quatre dieux ithyphalliques et jouasses
quatre seigneurs de guerre en armures d'algues et de cauris
parés de colliers de fleurs
montés sur d'invraisemblables raz de marée

et ces huns du Pacifique
surfant sur la dévastation ambulante
immanquablement cinglent
vers nos lagunes
déferlant écrasant balayant tout
infernal tamouré
de la plage aux volcans (qu'ils ramonent de crachats)


ils cendrent nos cieux jusqu'à l'asphyxie
puis passé cet orgasme cataclysmal
essoufflés de massacre


toujours ils repartent vers le large
au galop  sur leurs grands tsunamis
escortés de tous leur clique d’ alizés flatteurs

ah Ils sont forts, très forts
du requin à l'anémone
tout le monde en convient

mais ce n'est pas pour si peu
que nous renoncerons à nos hamacs languides
et nos pratiques anthropophages

et il ne sont pas nés encore ceux
qui nous empêcherons de ne rien faire
d'autre que nous bercer à l’aise en
regardant l'océan hésiter

ô Longanimité des coquillages !




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