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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 17:23

P1130202

 

 

 

Aimer est un piège grossier !

Tu m’as vu belle
Comme l’Harfang a vu le rat perdu dans la taïga
Tu me souris belle
Comme au rat sourit la souricière
Tu te dévêts belle
Comme se dévêt de sa peau la pomme défendue
Tu me tends la langue belle
Comme à l’insecte tend sa feuille la drosera
Tu m’invites à ta couche belle
Comme le mielleux convie le roi à la cigüe
Tu me possèdes belle
Comme la nuit possède les étoiles
Tu m’enchaînes belle
Comme l’empire enchaîne les esclaves
Mais pourtant belle
En tes yeux  je me sens éperdument libre

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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 17:20

toundra

 

 

Conte

 

 

"D'où viens-tu petit épicurien au sourire creux ?
Quel malheur t'as donc chassé nu jusqu'à nos landes de sucre ?
Pourquoi n'as tu pas d'échasses pour danser avec nous ?
Pourquoi es tu  rachitique ?
Pourquoi ces mains ? Pourquoi ces ecchymoses sur ton âme ?"

Les pieds dans la mare, entre deux souffrances, il répondit :


-"Ce sont les catoblépas qui m'ont débuché de l'heureux sommeil,
ce sont les chiens matois qui m'ont volé l'escarcelle de ma sagesse,               

c'est le feu de la chair qui a brûlé ma maison et mes serviteurs
ce sont les puits qui n'étaient plus que trous de tripes,
c'est le pays des hommes-ronces qui m'a banni
ce sont les vivats des pays convaincus qui m'ont soulevé le cœur,
j'ai confié femme et enfants aux nomades des oueds

Je suis parti

j'ai erré dans les pieux bidonvilles dans les contrées infectes
j'ai franchi la mégalopole noire de tessons à pieds nus
j'ai bu toute la honte des déserts
j'ai tué un homme sur mon chemin
et comme j'avais faim
j'ai mangé sa vidure
et j'ai fui ainsi
jusqu'à vos landes
je suis éreinté
fourbu
grâce !"


-"Mais si tu comptes rester ici, petit épicurien
tu feras vœu de bêtise
et tu nous donneras tes mains
pour notre Dieu qui est une tête de porc
dans une écuelle d'or
sois le bienvenue"

Ils les donna ils les coupèrent

et il vous attend ce petit épicurien
il patrouille il scrute l'horizon
juché sur ses échasses
il vous attend impatient
dans les landes de sucre
les si vastes et terribles landes de sucre





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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 15:17

kiosque

 

 

 

AU PARC


Il faut croire que Cupidon a rompu son arc,
ou qu'il trempe ses flèches dans un fameux poison
car les couples qu'on voit déambuler au parc
les dimanches sont loin, bien loin des pamoisons !

Singeant l'absurde union de Vulcain et Vénus
qu'imaginaient les grecs aux mythes farfelus,
ils circulent par deux, à l'image tenus,
chacun pensant in petto : "vrai, je n'en peux plus"

Eux, la cervelle pleine de cirque et de troquets,
lorgnent résignés toutes les croupes qu'il n'ont pas.
Elles, beautés mauvaises et jalouses aux aguets,
mènent la marche, tenant en respect les appas.

Et ces antipodiques dont la jeunesse fond
croisent aux allés civiles les landaus braillards
des familles cadenées, qui rappellent où con-
-voler mène -fuyez mousmées, fuyez gaillards !-

Mais cependant qu'un faune affreux sur le pont vert
essuie l'énième refus d'une nymphette peule
(qui d'un oeil convoite tel bellâtre pris aux fers
d'une silhouette sévère là bas sous les tilleuls)

que bavottent les lions aux fontaines quadrilobées,
les médiocrités endimanchées se promènent,
les veuves sèches aux bancs publics viennent gober
le soleil, sans un mot, comme des cyclamens,

dix braves jeunes roucouleurs djemb-djembent pour une
à s'en saigner les doigts sur le boueux gazon,
les époux du fritkot s'arrachent une par une
les tignasses, mille oiseaux trillent la saison,

et moi, évadé enfin du bureau blafard,
avec trois bambins produits par ces dégoutés
encore vivant, je cours, shoote et gueule sans fard
surexaltant ma solitude illimitée  !

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15 décembre 2011 4 15 /12 /décembre /2011 16:04

 

northen light

 

 

 

Toundra

 

 

toundra que tes mots
toundra que ta peau
toundra que tes doigts
toundra que ton regard de fer froid
toundra que ce pays où tu m'as laissé
en t'enfuyant sur ta luge folle et soudaine
vers les si lointaines régions du mieux

toundra toundra

mais cette toundra 

 

toundra toundra


où l'hiver me prend dans ses rets de neige
où l'Angoisse fait luire
les yeux de ses meutes dans la ténèbre des sapinaies
où le tigre blanc me suit à la trace

cette toundra

où je mastique sans fin

le lichen amer de la solitude

cette toundra ne demeurera pas

toundra toundra

déjà l'herbe s'accroit
le froid déchante

mon règne commence

toundra toundra
la glace s'accable sous

le poids de la chaleur

 des astres chauds

que je peins chaque jour au ciel

 

toundra toundra


j'aurais tôt fait de changer
cet erg pâle et désolant
dans le pur anonymat de l'effort

toundra toundra


mon pôle triomphe
la végétale luxuriance s'instaure
la température monte
les plus somptueux baobabs
  entament leur érection
ô cette jungle qui se prépare


     et toi efffarée

                         penaude

                                     en haillons


t'en revenant repentie de je ne sais quelles
 contrées qui t'auront bafoué craché dessus

 

crois moi cette toundra

toundra  toundra
tu viendras m'en mendier m'en

lécher aux orteils la fragrance

tous les fruits

toutes les feuilles

 

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15 décembre 2011 4 15 /12 /décembre /2011 15:56

astre mort

 

 

Dans l'extrême et silencieuse plénitude

 

 

 

  Dans l'extrême et silencieuse plénitude

    qui surviendra au moment

           où la guerre prendra fin

    quand votre déroute et celle de vos frères

    ne pourra être plus définitivement, plus concrètement attestée

              par le sang versé  qu'il n'y en aura plus une goutte

     quand votre cause aura  mordu la poussière

        dans l'atroce plaine calcinée

    quand les armes auront été déposées
       après l'âpre et vain combat

  quand sur la plaine fumante et noire
    encore assourdie du fracas des canons
  les cris de joie qu'on entendra

        ne seront pas
         ceux des votres

  quand vous verrez vos derniers camarades gisants
  passés par la langue des couteaux vainqueurs

       prendre des balles dans la nuque

   quand l'ennemi aura commencé de compter
    les morts les esclaves de violer les femmes

        et de sabrer le triomphe
 (comme il fut, est, et sera toujours de juste pour tous les vainqueurs
 de tous les temps)

   dans cette extrême plénitude 

     quand vous aurez été blessé comme il se doit

       une balle dans l'épaule

       ou une parcelle de grenade dans l'estomac

       le fabuleux martyr

                                             de la chair

            commencera à vous inonder

       et vos yeux commenceront de voir des visions

       des visions d'un Christ

        d'un Christ au loin dans la plaine

       D'un Christ qui marchera au milieu des cadavres gémissants

          Un doux Christ éperdu d'amour, à moitié nu et si serein

        qui embrassera les vainqueurs éreintés fourbus

          qui essuiera le front des agonisants

           avec un voile immaculé

          puis ce Christ s'avancera vers vous

          vous sentirez qu'il avance bientôt ses doigts

               vers votre front   qu'il voudra baiser

                transpercer d'amour

           votre front de porc qui aura tiré des balles sur des hommes

           et qui en aura reçu

         et ce Christ que les vainqueurs crucifieront

           parce qu'il aura lavé le front de vaincus

            qui devaient rendre gorge

          parce qu'il ne devait pas intervenir dans cette affaire strictement

             humaine qu'était cette guerre

           ce Christ vous sentirez qu'il sera votre seul frère

               qu'il sera tous les frères subsumés

            et auprès de ce Christ crucifié avec une lenteur ignoble

           vous sera échu l'insigne honneur

             d'être le troisième larron
             
               crucifié à ses côtés

              et lors, cloué à votre pauvre croix indigne

          vous crierez vous crierez au Ciel

              " Seigneur, Seigneur, comme je l'ai mérité

                  comme je l'ai mérité,

                et comme ton agneau ne le méritait pas !"

                  et dans l'extinction de toutes choses

                    votre coeur aura cessé de battre

                     vous serez mort crucifié

                      et vous retrouverez seul

                      dans un espace noir immense, maculé d'étoiles

                         en apesanteur nageant dans le Vide absolu

                           nageant à la recherche du Pourquoi

                            du Pourquoi toujours dérobé

                            au plus profond de l'Univers

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18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 13:37

 

aral noir blanc

 

 

Pour un soufi

 

 

J'ai vécu 28 ans; c'est peu et déjà beaucoup trop;

tout ce temps  j'ai vu Ariel sous le pied de Caliban,

Pour une pure causerie, cent gueules m'imposèrent leurs rots,

et pour un seul soufi, il me fallut essuyer 1000 talibans.

 

Dans la forêt du monde, avec les jambes de ma lâcheté

et le couteau de ma défense je me suis frayé un chemin

envers et contre tous les suppôts zélés de la cruauté,

de la massive stupidité, des jalousies et vices inhumains.

 

Il n'y avait pas assez de la gravité pour clouer l'Homme

ici bas; il fallait le clouer plus encore avec la lourdeur

d'âme, et l'Univers, cet artisan d'étoiles qui jamais ne chôme,

fignola son sort en le laissant choir dans le nombre et l'odeur,

 

sur un étroit caillou d'eau que s'acharne à faire vivre

l'astre solaire de toute l'ironie de ses rayons. Comment,

ne serai-je pas las d'entendre deux mille hommes ivres

torturer le silence de la grâce de tous leurs aboiements  !

 

 

 

 

 

 

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18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 13:32

astre mort

 

 

Toxines Nocturnes

 

                                "ayant peur de mourir"

                                      Mallarmé

 

 

 

Qu'est cette voûte noire mal étoilée
que découpe ma fenêtre  ?
un grimoire bien trop grand ouvert
se perdent mes yeux
dans l'inconcevable
hallucination de la nuit
les derniers passants
dénoncés par les réverbères
passent fantômes lévitant sur le trottoir
mon âme mendieuse de soleil
s'agite s'affole
l'animale crainte que demain
ne reparaîsse jamais
que cette nuit soit la dernière nuit définitive
alors que je n'ai même pas encore racheté
la moitié de mes fautes
mais aurai-je jamais le temps

ou plutôt la discipline

avec la seringue des distractions
je pique ma cervelle une fois de plus
pour oublier que je ne suis qu'un petit
peu de poussière qui s'agite là
quelque part dans cette ville trop complexe

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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 15:17

 

Rue des Foulons


"Le Soleil que nos premiers ancêtres
virent briller

incrédules

sur les contrées  chauves

de la Pangée
et que depuis nous voyons  briller
avec cette habitude

indifférente
le Soleil
n'est à proprement

parler
que le trou du cul
d'une vache cosmique qui paît
dans le vaste troupeau
de la vaste pâture
du si vaste l'univers
 

 

Nul ne peut dire si cette pâture a un enclos (ou non)
et nul ne sait quel paysan pourrait être responsable (ou non)
de cet incommensurable bétail

 
le peu que l'on peut dire
c'est que ce trou du cul
ordinaire orifice parmi des trilliards de milliards
de trous du cul de vaches
sécrète sans fin
de la bouse solaire
dont la vie ici
est entièrement redevable
les bousiers
que nous sommes
si heureux de profiter
de cette sapide chiasse
qui garantie et perpétue
le fertile petit caillou nôtre
nous autres bousiers
sommes fiers
parce que nous avons conscience
d'être des bousiers
qui pouvaient tout aussi bien n' être pas
nous savons que nous sommes des bousiers
et nous savons surtout
nous savons
que nous ne savons absolument rien
rien de rien
et encore moins que rien
et que même si nous changions de bouse
nous ne saurions toujours rien de plus
nous voilà bien rendus"


voilà ce qu'avait écrit un jour un fou long
sur le mur de la rue des Foulons

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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 14:47

calme-cameleon-257044.jpg

 

 

 

Nomade caméléon

 

 

                           "Ma patrie est où je la plante"

                                           Corbière

 

 

 

Nomade caméléon, ce que suis et resterai

 jusqu'aux abysses de ma moelle

qui ne rechigne à aucune couleur

m'accomoder de toute forêt

si sombre si lumineuse soit elle

c'est là mon tragique bonheur

 

Je suis mon environnement

et ma variable condition

je suis créature sans autres racines

que son imagination et sa force

à la plier aux circonstances

 à composer avec les lieux

et partir quand il se doit

 

mon pays

c'est de n'en avoir aucun

ou plutôt de les avoir tous

indifférement

 

je ne défends pas :  je m'adapte, pars

et me réadapte

 

là où mes poumons peuvent

s'abreuver d'air

là où l'eau est

là où mes griffes peuvent s'aggriper

aux branches d'une ville

là où ma langue protractile

peut  inviter à la glu de ses appétits

des proies femelles

je puis dire ce sont là mes pénates

provisoires

 

ah mes bons animaux définis

pour toujours

ah patriotes amoureux de la guerre

pour l'honneur de vos futiles identités

savants distingueurs du bon grain et de l'ivraie

qui refusez de comprendre

l'ondoiement des talents versatiles

paysans esclaves de vos  terres

qui ne bougeront jamais

je n'ai jamais eu l'heur

d'avoir vos globules nationales dans le sang

 

vous pensez l'homme immobile

comme une forte montagne

vous voulez fixer une girouette

gouverneé de vents invincibles

clouer la mésange à son nid

mettre vos petites digues

pour endiguer la fureur d'Océans

qui vous dépassent de si loin

 

 ce que vous jalousez

ce sont les rapports sains

des porcins égaux

unis dans l'auge morne et prévisible

du quotidien rituel préparatoire

à la mort au néant

l'immuable stabilité des tombes

 

Je suis mon environnement

et ma variable condition

et vos grossières identités

ne me retrouveront pas

en ces jungles que j'épouse

en permanence

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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 14:34

E.A.---Les-condamnes---1-.jpg

 

 

Les Condamnés

 

 

 

Le taciturne et machinal nautonier,
ayant compté les pièces et rempli sa besace,
d'un aviron grave convoie dix prisonniers
vers les rives infernales des bannis de la grâce.

Hâves, incrédules, ils découvrent l'Enfer
au fur et à mesure des mornes galeries
où visqueusement glisse l'onde de mâchefer,
et la barque fend des lotus de chairs pourries.
 

Grelottant sous la torche, serrés dans la peur,
 ils distinguent dans le clapotis -effarant vertige-
l'écho de supplices... Soudain, leur faces se figent,

comme Charon accoste au bon port des pécheurs :
Des montagnes de moignons se dressent en contrefort

 Et des démons hilares jonglent avec leurs remords.

 

 

(illustration : G. Gironi.)

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