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23 octobre 2011 7 23 /10 /octobre /2011 16:42

 

centre-pekin--2-.jpg

 

 

mes Mains

 

 

Mes mains

mes mains 

mes dérisoires petites mains

que baise l'Hiver

aux lèvres glaciales

dans le soir immense de Pékin

 

Balade d'étranger solitaire aux joues écartelées par le froid

le pied sur des avenues qui n'ont rien à faire de moi

inoffensif  désoeuvrement d'un ventre mou

imperméable aux affairements décisifs

de ceux pour qui quelque chose se joue  ici à Haidian

je marche  hermétique avec le scaphandre

de ma langue d'étranger

 

avec pour seul lien nu avec le monde

mes mains

mes mains terrées lâchement

dans le confort de deux bons gants

achetées à la sauvette 

à des petits pauvres chinois grelottant

qui n'en portent pas

et dont l'humour ne réchauffera certes pas

les pelisses

 

car la frénésie du travail 

les Gaolou  l'électricité perpétuelle

n'accalment en rien ce soir  les colères du dieu Pangu

qui souffle des bourrasques sibériennes monumentales

pour ébouriffer les boulevards

et éprouver les os du petit peuple

 

mes mains qui soupirent d'aise

et tâchent de se faire comprendre

 

  dans la trop vaste Pékin

 

et

 

partout  autour de moi

 

mains mains mains 

 

marée de mains

 

acharnées dévouées obligées

 

de toutes sortes et servitudes

 

mains gâchées brûlées surexploitées

des chauffeurs  que la nécessité

menotte aux volants des taxis

 

mains crispées en masse des serfs de tous âges

aux rembardes des bus surpeuplés

sacs de riz humain transbahutés depuis Wudaokou 

vers on ne sait  où

disparaissant corps et bien dans le smog

à l'angle des avenues

 

sisyphiennes juvéniles mains de mignonnes 

en jeans délavés servage cucul en pull rose grotesque

qui passeront la nuit sur 645 jiaozis, 77 fondues

et 2000 nouilles en y mélangeant leurs cheveux

dans l'étuve insoutenable d'une cantine de fandian

 

mains héleuses des agents immobiliers toujours à l'affût

et contraints à toutes les saloperies entourloupeuses

pour pouvoir payer et manger ces  645 jiaozis

 

mains fouilleuses de poubelles

  et subreptices des xiaotou

qui butinent de sacs en sacs

comme la baguette va piochant les légumes d'un bol à l'autre

dans les restaurants hui et coréens

 

mains du mendiant flûtiste hirsute

qui soufflote un air conchié du froid  avenue Xueqing

et qui ferait  mieux d'aller s'exiler dans les montagnes

pour jouer ses airs aux sapins frissonants dans le vent du Nord

 

mains de femmes domestiques accablées de cabats

dont les poignées enfoncent dans les paumes

le douloureux sceau de l'opulence des supermarchés

 

mains perdues pour l'amour des vendeuses de tofu puant

sur les trottoirs glacés

 

mains calleuses endurcies des manoeuvres des maçons

qui dans leur labeur machinal attendent (sans le vouloir vraiment)

qu'un Jing Ke qu'un Zhu Yuanzhang fasse enfin  quelque chose

s'éleve et récuse ce sinistre réel  cette atroce mer de béton qui avance

implacable sur le monde

 

mains jaunies des fumeurs accroupis en silence

mains minuscules des bambins qui ont encore la voix

parfaitement placée et la souple force du roseau

 

mains  fièrement gelées des pilotes de sanlunche

 

mains virtuoses des employées de banque impavides

qui triturent et comptent les yuans qu'elles n'auront jamais

 

mains de patrons cochons qui en ce même soir

plongeront dans le pot de miel luxueux

de la jeune chair des xiaosan

et  gifleront l'épouse

qui restera pour l'argent

 

mains jointes des amants qui doutent

et se quitteront peut être

mains jointes et câlines des étudiantes amies

que l'occidental passant rêve lesbiennes minaudant

dans sa couche

 

et mes mains

 

         solitaires

         malhabiles

         inexpertes

         vagabondes

 

mes mains gourdes dans mes poches

pauvre trésor un peu  trop proche

un peu trop familier splendeurs négligées

que conquièrent lentement des verrues 

mains toujours souillées de boue de morve d'huile

de papiers gras de saluts torves

trempées dans les fontaines mauvaises de tous les pays

d'ignobles latrines  de vieux cahiers poussièreux

 

mains qui se sont tant acharnées à tenter de faire du Beau

et de matérialiser des vers

sur un clavier dont les lettres s'effacent peu à peu

 

mains si médiocres à mentir  à mendier

qui ne savent pas échapper à la besogne

 

mains qui essuyèrent chaque jour

 sueur et larmes et

les dits merdeux quotidiens du

bavard anus

 

mains pleines d'encre enfantine

mains où a perlé  l'urine

et  la semence chaude

de toutes les branlettes furtives

et désespérées

 

main gauche clouée d'une alliance

main droite qui cherchera toujours

une nouvelle femme

 

mains que désarmèrent pour rien

cette poupine petite étudiante du Jiangsu

qui me tint la main le temps d'une promenade au Palais d'été

et me dit avec la plus cruelle innocence :

" est ce une tradition en Europe

que frères et soeurs se tiennent la main" ?

 

 mains que rien n'émeut tant en fin de compte

 que la soie de la peau

 de celles qui la voulurent bien déployer pour nous

qui jamais ne la méritions

 

mains qui oublient

et s'émeuvent à nouveau

 

mes mains

 

mes mains bâtisseuses

qui ont si peu bâti et

mains destructrices

qui ont si peu démoli

 

mes mains fermées ouvertes

fermées comme celles du nourisson

qui empoigne le premier doigt adulte

ouvertes comme celles de ceux

qui n'ont rien

 

mes chères chères mains

 

enferrées par la pudeur

libérées par l'effronterie

puis tendues par la rage

puis baissées par la peur

 

mes mains qui toujours manquèrent de poigne

de griffes, d'audace d'étranglement et d'à propos

 

mes mains qui ne gifleront jamais assez

les outrecuidants les folles et les impies

 

mes mains trop bonnes qui ont encore leurs dix doigts

mes mains qui font la jalousie

de ce vétaran manchot et borgne

qui fume une dernière cigarette

à l'arrêt de bus et n'ose pas le suicide

 

mes mains dans l'Hiver de Pékin

 

mes mains

 

que j'aurai moi aussi plongé un peu

  dans la glaise de ce Monde

          toujours  à pétrir

le temps d'arriver au bout du chemin

et disparaître dans le smog des temps

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20 octobre 2011 4 20 /10 /octobre /2011 15:08

heureux aveugles

 

 

 

La Taverne des Bons Cloportes

 


 

Connaissez-vous  concitoyens soucieux

Qu’il est, en notre morne ville à l’air délicieux

D’usines mortes, un très singulier boui boui

Satanique et secret qui n’ouvre que la nuit ?

Il a nom  la Taverne des Bons Cloportes.

 

C’est en cette plaie urbaine suppurante, ce quartier

Sordide où, trop bien né, vous n’aviez jamais posé pieds

Vieux corons laqués de suie,  carcasses de baleines

Industrielles, couperose de tôle rouillée,  parpaings obscènes…

Ce jour, aventurez vous en cette vivante nature morte.

 

Le pavé  est humilié d’urines âcres, de glaviots perpétuels.

que des fantômes malingres vous mendient cigarettes est rituel

Et femmes comme chats portent beau le bec de lièvre ; ici  tout est lie,

lie saoulée d’ennui, tous ont la bouche pleine de coprolalie :

ô ce qu’il advient de l’homme quand le progrès avorte !

 

Par tous les pores des briques une peur sans nom suinte

quand patibulent aux rues les gueules mauvaises de coloquintes;

 il vous semblera même que des yeux torves, épiant des fenêtres,

vous transpercent d’envie jusqu’au trognon de l’être

Bonne âme timorée,  feignez la misère, je vous exhorte !

 

En ces gouges faméliques, l’opulence est sacrilège

Et suscite l’opinel : aussi masquez bien vos privilèges.

Céans L’homme survit interlopement d’haschich, d’alcool, de maladie

On se divertit en se démolissant, et chaque jour est une tragédie.

(La mort a tant et tant à faire qu’elle en est ivre morte !)

 

Le soir tombe. En cette venelle glauque, sans un réverbère,

Où la rumeur rauque de rageurs revolvers

Le dispute aux cris de chiards vociférants, des vieillards crevotants

de femmes rossées, engagez votre pas réticent :

c’est l’heure subreptice où vont  coucher les lamentables cohortes.

 

A la lueur de phares mafieux, vous apercevrez un gros chien

Tirant de sa laisse un landau où gît un dénommé Lucien.

Lucien Traviole, tétine aux lèvres, barbe hirsute, heureux légume

Est un esclave doux des poudres planant sans fin sur le bitume.

Suivez sans bruit ce couple de la plus étrange sorte.

 

Le molosse conduira son compagnon dans les environs de Minuit

S’engouffrer par cette devanture de gazes noires où une rougeur  luit.

Vous approchant, vous verrez campé un troupeau de putains délicates

Et le frontispice de néon magenta qui dit : « Abyssus Abyssum Invocat ».

C’est ici. Entrez à la Taverne des Bons Cloportes.

 

Fendant les épais rideaux pourpres de velours humide

Vous pénétrez enfin le mystérieux aquarium morbide

Où évoluent poissons comme vous n’en aviez jamais vu semblables

Rien n’est ici éclairé que par de byzantins candélabres

Et l’opium s’immisce dans vos narines, pour déniaiser votre aorte.

 

Les  fumeuses félines sont rentrées, et vous ont diffusé leur humées

capiteuses au visage. Ne dites rien.  Dans la poix des cigares vous peinez

A distinguer les pléiades de tablées où l’on bâfre sans relâche, à froid,

des bintjes noirâtres en déchiquetant de fines brochettes de rats.

Dix nez épatés vous meuglent de laisser ouverte la porte.

 

En ce chaos  plafonné de galaxies d’ampoules  phosphorescentes ;

Vos précieux tympans fondent : un piano pavoise des gammes graves et lentes,

pour les aigus d’une obèse rousse en robe rouge dont les dunkerquoises

Sérénades évoquent des marins perdus en mer, et des veuves grivoises…

Dans ces ténèbres fourmillantes, un chagrin exquis vous transporte…

 

Au comptoir éburnéen, entre  trois cynocéphales sous prolétaires

Biberonnant l’absinthe, prenez chaise et commandez une «délétère»,

Liqueur de cédrat sidérale. « Vous sucerez un peu les doigts du bon Bouddha »

Narquoise du torchon un barman laotien, visqueux, dodu comme un poussah;

Et l’amère lave de couler dans votre gosier. Faites qu’elle n’en ressorte !

 

Mais voici que les tablées sournoises s’ébranlent  pour des jeux de cartes.

Sous les hures de bouc crochées aux poutres; naturellement pas de charte,

Chacun truande. Vous vous étonnez surtout qu’une jeunette, sublime rouge gorge,

Aie le beau rôle et mate virilement tous les mâles de ce coupe-gorge !

Cette catin borgne sait combien de bagues la main de Satan comporte !

 

D'ailleurs, est ce encore vous, cet homme déshabillé de toute pudeur,

qui vous nargue au miroir,  yeux rouges, coeur débraillé et plein d'ardeur ?

N'est ce pas  vous  l'audacieux grossier  qui effleure les corsages

et se vautre dans les conversations de mafieux d'un certain âge ?

Pour faire amende vous reprenez des verres de vin à robe forte !

 

Imbibé de l’étuve luciférienne, il vous prend de chanter, dépassant toute borne,

Avec les fraternels ivrognes et de confier enfin que vous êtes du capricorne

A ce ventru diagonalement balafré d’une sanglante tâche de vin

Qui vous postillonne l’exploit de sa déchéance, et tous dans le ravin

De la nuit  chahutent et dansent, et vous dansez avec la plus accorte !

 

Or, depuis votre entrée naïve, sans même vous en apercevoir, des yeux

Vous avaient suivis, qu’avaient captivés vos airs  de novice radieux,

Insolite en cet infernal microcosme.  Et si les édentés rient dans la pénombre,

C’est que votre sort est déjà clos. On vous prépare une mort aussi lente que sombre

car il y a là  des bandits féroces qui ne savent que trop ce que le corps supporte.

 

Le gérant, homme capricant en complet noir orné d’un myosotis,

vous toisera d’un œil impérial, puis vous intimera devant tous « viens, fils… »

Sa  moite main sur votre épaule, il vous indiquera du doigt l’horloge de bronze insane

Où vous lirez en lettres d’or italiques la lapidaire sentence : « Ultima, forsan ».

Et tandis que vous rêvez, ivre, béat, à la taverne des bons cloportes,

Une dague dans votre dos doucement vers la mort vous déporte.

Mais poursuivez votre chemin dans la nuit ; priant, muet, pleurant, n’importe !

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14 octobre 2011 5 14 /10 /octobre /2011 16:19

 

gupta.jpg

 

 

 

Gupta (conte)

 


La jungle.
Verdoyant  luxuriant dédale
que cingle
à doux grains une averse tropicale.

La lune
oint de blancheur hibiscus et lycastes,
chacune
des clairières animales et chastes.

Une frêle
silhouette sombre a tout à l'heure passé.
Il ou elle?
les empreintes seront tantôt effacées.

Un cobra
noué au tamarinier sait ce drôle.
C'est Gupta,
le fol hindou,malheureux paria des Bâuls,

qui s'enfuit
De son village, seul, éperdu, sans espoir,
et la nuit
le cache aux yeux des fauves dans sa moire;

Car Mahbka,
l'inique maharadjah a décrété que
ce Gupta,
qui profana ses exquis jardins aqueux

ce paria
qui cherchait un fruit, affamé, sans entraves,
et vola
en impie quelques unes des royales goyaves

à l'aurore
(si on le capture) aurait la tête broyée,
mis à mort
sous la patte d'un éléphant; et choyé

celui là
qui raménerait au palais le vil profane
pieds et bras
liés :  Il faut châtier les sujets crânes.

Il gémit
et pleure dans son dhoti blanc en loques
et la pluie
se confond avec les larmes équivoques..

Des fusils
des cris tonnent, se fraient dans les épiphytes,
frénésie
des traqueurs  aux torches qui crépitent !

Oui bientôt
Gupta sera pris car les villageois obstinés
et brutaux
sont avides d'or et le veulent condamné !

Mais voici
que des passiflores jaillit l'insidieux Cobra
et qui si-
fflant, ondule autour des jambes et des bras

de Gupta.
Le Cobra parle avec le doux timbre d'un ami :
"Pauvre, toi !
tu as commis une faute et te voilà promis

à la mort.
Je suis un Dieu, et te propose remédier
à ton sort.
Offres  ta nuque pour  un reptile allié;

tu mourras
d'une douce mort, et échapperas à ta race.
Puis brillera
étoile, là haut, dans le paisible espace,

Je connais
ton âme et je sais les métempsycoses.
Tu es né
doux et simple, tu renaîtras grandiose..."

Lors Gupta,
ereinté, oyant la foule  se rapprochant,
abdiqua;
il tendit le cou au cobra compatissant.

Le baiser
fut deux fines aiguilles de volupté
qui jasaient
en lui; et le serpent doucereux tétait

en Gupta
un sang chaud reconnaissant. Tard dans la nuit
le grand tas
des villageois ne trouva qu'un cadavre épanoui :

le Gupta,
dans la mousse, travaillé déjà par la vermine sage.
On quitta
les lieux, décontenancé, et retourna au village.

Pas un seul
ne vit que le ciel comptait une étoile de plus.
Un linceul
voilait leurs yeux ; Ils ne disaient que:

"Comme il a plu" !

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12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 17:02

astre mort

 

 

 

De la Beauté, des artistes, des aspirants artistes

 

 

 

Qu'est ce que la Beauté ? Qu'est ce qu'un artiste ?
Qu'est ce qu'un véritable artiste ? Qu'est ce qu'un faux  ?
Comment distinguer l'authentique artiste du faux ?

Pour répondre à ces questions essentielles, mes chers,
Je vous commanderai de vous figurer un hangar au mlieu d'une grande ville.
Un vaste hangar, hermétique et noir, où personne ne veut aller, ou presque.

Ce hangar se dresse, inquiétant, au milieu de la mégalopole qui grouille, grouille et regrouille
pour se rassurer. Cette mégalopole, c'est nous, les hommes, engeance omnivore qui s'agite
et croît et se reproduit et meurt en attendant que le soleil s'éteigne,
et qui souffre de s'en rappeler parfois, entre deux repas, deux fornications, deux fous rires ou deux deuils...


C'est, n'est ce pas, le lancinant et terrible tryptique de nos existences : "Nais, croîs, crève".


En cet hangar sombre, c'est donc le noir opaque, absolu. On n'y distingue rien.
Figurez vous ce hangar comme étant l'Art, ou le Langage, ou les deux.

En cet hangar, réside, on le sait, une jeune fille noire, entièrement noire, et plus noire encore.
Sa peau, ses cheveux, ses yeux, se confondent avec la ténèbre. On ne peut la voir.

 

Mais les siècles ont révélé que sa chair était aussi effilée, acérée que du rasoir,
et quiconque vient à l'effleurer en s'aventurant dans le hangar s'écorche immanquablement,
se lacère et y laisse de son sang.

 

La blessure laisse pour souvenir d'inimitables traces d'encre noire...
Cette silhouette terriblement coupante, c'est la Beauté que l'on pourrait aussi appeler "Justesse".

Parfois, malgré toutes les mises en garde, et ce encore de nos jours, il arrive que des hommes de la ville
 soulèvent le lourd rideau de fer du hangar, et tentent de s'y aventurer audacieusement.

Naturellement, la pénombre y est telle que la plupart renoncent. Cependant, il faut toujours qu'une poignée
insiste, vous savez de quelle moelle sont fait les hommes.

 

Ces quelques incurables aventureux , ces têtes brûlées,
appelons les des  artistes ou des poètes, ou plutôt, des aspirants artiste- poètes.

Naturellement, la lumière du quotidien fournie par la hausse du rideau ne suffit pas du tout

à éclairer la sombre poix du hangar, alors autant fermer le rideau de fer.

Voici alors que les aspirants s'avancent, commencent d'explorer les lieux, puis se perdent, se dispersent dans l'obscurité parfaite du hangar. Et c'est pour ainsi dire,tout comme s'ils avaient tous les yeux fermement bandés et marchaient dans la Nuit totale. Les voilà donc circulant dans le hangar à tâtons aveugles, se heurtant parfois les uns aux autres, parlant tout haut, criant, chantonnant, circulant encore, déboussolés, sans l'once d'un repère...

Cette errance en pleine cécité peut durer longtemps. Il advient parfois qu'un homme meure d'errance dans le hangar,
qu'il s'y perde pour de bon et ne soit pas retrouvé par les autres, ou que l'on ne retrouve plus le rideau par lequel tous étaient entrés, et que tous meurent de faim.

Mais adviendra toujours, inévitablement, un moment (cela peut prendre des mois, des ans, des décennies, des siècles) où un parmi tous, ou quelques uns parmi tous les tâtonneurs du hangar,
finit(ssent) par effleurer, par toucher la Beauté (ou la Justesse) du bout des doigts, ou plus franchement du bras, ou qui parvient à lui saisir un membre ou la taille. Il s'y coupera plus ou moins douloureusement, mais il s'y coupera
et le sang coulera alors. Il arrive même parfois qu'un des ces tâtonneurs enlace la Beauté de tout son corps et se retrouve intégralement tailladé, dilacéré de toutes parts. Sa sortie du hangar n'en est qu'est plus difficile...

Celui là ou ceux là qui se sont tranchés sur la Beauté, il faudra désormais les appeler des artistes, ou des poètes authentiques.


Les autres, qui auront erré dans le hangar sans jamais toucher la sombre et invisible créature seront restés des aspirants, en dépit de tous  leurs efforts; tout juste pourront ils,s'ils parviennent à ressortir du hangar, s'enorgueillir du fait que leur errance aura d'une façon ou d'une autre permis à un congénère ou plusieurs de toucher la Beauté (Justesse), de s'en rapprocher sensiblement.


Si les premiers cités sortent du Hangar après avoir touché la Beauté et que leur sang en atteste bel et bien,
alors oui, ils seront devenus des artistes-poètes, et de vrais. Les autres n'auront été que des imitateurs, des êtres perdus, des aspirants, des vaincus, des douteurs d'eux même...

 

Mais ils auront contribué à l'exploration, ce qui constituera leur louange de consolation...

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6 octobre 2011 4 06 /10 /octobre /2011 11:01

aral noir blanc

 

 

Tous s'en vont

 

 

"Tous s'en vont, tous s'en vont, tous s'en vont" chantonnais je

souvent à part moi sur d'invisibles arpèges

 après le mystérieux spectacle des enterrements

quand chacun reprenait seul son chemin  vers l'ossement....

 

Blancs cheveux ma couronne de sénescence

avec l'irréfutable et si pesant manteau

de la chair défaite et fourbue d'impotence

et le temps cavalant qui cravache ses chevaux


me voilà  morne vieux roi d'un royaume

dont les jours sont  déjà comptés

aquiesçant  enfin aux sages fantômes

qui disaient "vanité que durer" !

 

une chambre au loyer glaçant

mais vivre, vivre... juste vivre en douce,

quelques années encore survivre

selon les humbles, humbles secousses

du coeur, pompe de vie encore ivre

du vin de vie qui circule- le sang

 

ce matin en l'hospice le miroir

 m'a fait une révérence ironique
(avec  ces rides, dans le noir,

ai je l'air plus énigmatique ? )


et L'invisible Fourgon de la Mort

est repassé devant St Maur
ce matin, comme j'emplissais

de pisse mon pot vert cassé

 

je l'ai vu de la fenêtre qui est venu

prendre celui de la chambre nue
et celui de la chambre 209 peut être
car un à un, deux à deux, miette après miette,

 

expirations après expirations,

tous s'en vont ,tous s'en vont ,
et les autres qui attendent irons,

oui tous irons, tous irons


tous s'en vont tous s'en vont
et savent ils et savent ils

ces déjà lointains fragiles
vers quels indicibles tréfonds


pour qu'encore ce jour commence

il m'aura fallu la triste patience

perdre tous les miens confiés

aux mains du cancer, emportés

par les crocs soudains d' accidents
suicidés vertueux perdants


 j'ai passé  cette vie sans un d'effort

chantant "tous s'en vont tous s'en vont"

mais maintenant que l' 'horizon

s'est clairsemé il n'y a que la mort


tous s'en vont tous s'en vont
et savent ils et savent ils

ces déjà lointains fragiles
vers quels indicibles tréfonds

l'hospice se vide et se remplit
je suis des derniers ce printemps
 je vois l'enfer qui s'accomplit

qui s'accomplit parfaitement


tous s'en vont tous s'en vont
et savent ils et savent ils

ces déjà lointains fragiles
s'ils se rejoindront

s'ils s'éparpilleront

dans l'espace

 

ô néant, néant inconcevable dont je fus

tiré, dont je viens et dont je ne sais plus

quel fut le goût, la volupté,

néant saurai je t'accepter ?

 


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6 octobre 2011 4 06 /10 /octobre /2011 10:37

vautours

 

 

Jours invivables

 

 

Il pleut

continuellement

ma tête fuit

l'alcool est morne, je claque

des dents

l'Hiver

le frigo est dépeuplé depuis bientôt

cent jours

le propriétaire est ignoble

le chef de projet m'agonit

toutes mes amitiés se désarticulent

mes lourds parents

feignent d'ignorer que la pauvreté m'encercle

s'acharnent à me vouloir plus fortuné que ne suis

 

hier l'épouse a lâché

tous les chiens de ses exigences

dans l'appartement

exhibe sa grossesse

comme une lente guillotine

les soupes toujours plus fades

ces nuits de kebabs et de paris

où je gémis intérieurement

jusqu'au terme épars de la nuit

 

O livres il n'y a bien que vous

pour ne pas bafouer l'homme esseulé

que je suis

pour m'ouvrir toujours complices

et sans façons

la petite porte de l'évasion

 

 

 

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6 octobre 2011 4 06 /10 /octobre /2011 09:52

PICT0800

 

 

 Comme une eau

 

 

Comme une eau qui s'écoule

et descend de vasque en vasque

 

depuis la haute source natale

vers le gouffre noir de la mort

 

ma déchéance roule

et roule de frasque en frasque

 

c'est le pli de la pente fatale

qu'hélas j'ai pris malgré l'effort

 

pour que tout ne s'écroule

je change sans cesse de masque

 

et comme une fleur ses pétales

je perds la grâce dans mon for

 

et je passe dans le moule

du mensonge ma vie si flasque

 

le vaste vice que j'exhale

implacablement me dévore

 

Solitaire dans la foule

avec le si écrasant casque

 

de la honte, le péché dégou-

line et déborde de la fiasque

 

de mon âme ! o l'immense hôpital

que ce monde,  O Christ fort,

 

vois comme j'erre, pauvre goule

qu'à su assoiffer le fantasque

 

Satan, aux ailes de métal

déployées si larges quand Dieu dort...

 

 

 

 

 

 

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29 septembre 2011 4 29 /09 /septembre /2011 12:47

PICT0811

 

 

Visions christiques

 

 

I)

 

 

Dans le jour flambant de juin

le Soleil défèque de rayons

sur ma face d'idiot rébarbatif

jusqu'à ce que la honte,

la honte enfin m'empuantisse

devant mes prochains répugnés.

 

Au soir pauvrement étoilé

c'est la Lune blafarque qui lève la patte

et discrètement urine sur ma tête

de crétin inexpiable, pour que la fillette

que j'allais polluer me répudie soudain

à même la couche, et me chasse au dehors

 

dans le grand Noir silencieux des chauves campagnes

où il y aura des grincements de dents

des loups et des bosquets trompeurs

 

tout cela sans doute pour me rappeler

de quel sanglant, juteux  velu cloaque

je proviens en vérité, n'est il pas, Christ ?

 

 

 

II) Tarde venientibus ossa


 

 Immémoriale catin, vierge comminatoire,

Marie sombre en robe d'orchidée rouge

qui berce le christ enfant

impitoyable du haut de la chapelle

je tente de prier

elle tient en laisse la meute affamée

de tous mes péchés  vaticine ma prochaine fin

mon échouage sur des rivages vasards et opalins

la morne baie de Satan

c'en sera fini de pétrir le ciel du regard

l'autisme fou des pensées obscènes

 

plage désolée vents hurlants

qui changent le sable en gifles

me voici enterré jusqu'au cou

dans la bâche flasque

la marée monte avec une effroyable lenteur

l'eau est froide

je serai  noyé

elle regarde du haut de la digue

toujours sa robe d'orchidées rouge

là bas assise au garde fou tubulaire

elle regarde cette mise à mort interminable

en frottant son sexe et elle dit

elle dit je crois lire sur ses lèvres au loin

"Tarde venientibus ossa"...

 

 


 

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29 septembre 2011 4 29 /09 /septembre /2011 12:28

 

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Chanson du Petit gars de Wanze

 


Quand c'est y que c'est qu'il fait bien beau
qu'le soleil flamboie comm' un flambeau
qu'il tartine d'or et de chaleur
l'plat pays d'Hesbaye vert et rieur

d'une, j'm'éveille avec le coeur gaillard,
d'deux j'enfile mon plus flambant costard
et comme attiré par un doux piège
j'saut' dans l'train en direction de Liège

Car c'est là bas dans la grande cuvette,
qu'elles pullulent en masse, les nymphettes,
les plus belles filles de la Wallonie
pour les ptits gars seuls c'est  paradis !

mais comme le train file vite, en tapinois,
je me dépite et décourage en brusselois :

refrain :

Arrête tes zwanzes
tu viens de Wanze
toutes ces beautés
bien apprêtées
qui sont là bas
c'est pas pour toi

arrêtes tes zwanzes
tu viens de Wanze
ça va faire dix ans au bas mot
qu'tu vis de minimas sociaux
à pignocher des dagoberts
dans les kebabs d'la rue Wauters
tu ferais mieux de 't suicider !


Lors j'arrive sur la place saint Lambert
tout chante, tout blinque, une sacrée ville prospère !
partout défilent des beautés tapageuses
toutes les sirènes jaillies de la Meuse !

Des brunes des blondes des noires des pomponnées
moi J' pestelle et je n'sais pas laquelle parler
l'botroule à l'air, j'en vois de rudes chattes
sur les terrasses gueuler: "remets  une jatte !"

Tant d' formes, de rêve, allez,c'est la guindaille !
mais faut bien s'lancer je tape à gailles
j'aborde une étudiante qui balance son pèt
mais cette grandiveuse elle me rejette !

Et puis elle crie, tout haut : "Oufti !"
et me'dis "pouah !", accent liégeois :

Arrête tes zwanzes
tu viens de Wanze
toutes les beautés
bien apprêtées
qui sont ici
c'est interdit !

arrêtes tes dragues
pey, tu divagues !
et ce complet mal ravaudé
c'est ton père qui te l'a payé
un retraité croulant de douleurs
sale parasite, petit stoufeur
tu ferais mieux de 't suicider !

ell'm'laisse seul sur l'Carré comme un nul
je vais au fritkot  et j'm sens canule
puis mâchant le pain je compte de tête
les couples qui passent: nonante sept !

Moi tout ce qu'j'cherche, c'est l'grand amour,
le grand coup d'doufe, le radieux jour
où une poignera là, dans mon coeur
et qu'on aura bon chemin, une soeur !

Mais vl'a qu' il rattaque à faire bon
que le soleil redouble de rayons
et les cuisses redoublent de volupté
mes pauvres yeux les affonnent affolés

soudain une brune, aux yeux de lune,
me lance :" petit, approches ici !"


Dis moi des zwanzes !
je viens de Wanze
j'étais dans le train
toute pleine d'entrain
je te r'gardais
tu mi'gnorais

Allons en selle
au carrousel
puis on bouffera des tandooris
on s'embrassera au parc Boverie
toi tu me plais je suis pas une gueuse
dors donc chez moi, dans l'Outremeuse
et tu ferais mieux ....
de m'épouser  !

 

 

Lexique :

 

zwanze : plaisanterie, humour

dagobert : type de sandwich

blinquer : briller

psteller : trépigner

botroule : nombril

jatte : tasse/verre de café

guindaille : fête, ducasse

taper à gailles : choisir au hasard

pèt : derrière

grandiveuse : prétentieuse

stoufeur : bluffeur, prétentieux

fritkot : baraque à frites

canule : bête

se prendre une doufe : décharge électrique

poigner dans : mettre sa main dans, fourrager

rattaquer : recommencer à

afonner : avaler d'un trait

carrousel : manège

Outremeuse : quartier de Liège

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29 septembre 2011 4 29 /09 /septembre /2011 10:32

le reve

 

 

 

Divagation de l'aigle

 

 

"Parfois, il m'apparait d'évidence qu'il me faudrait occuper un pic, là bas, dans ces montagnes,

pic solitaire et glacé pour airer mon mépris de ma race, curer l'os de mon âme

et passer au crible d'une vie d'ermite impitoyablement saine toute cette indolente déchéance,

cette inexpiable veulerie que j'ai traîné de mansardes en auberges,de tentes en bancs publics

depuis trop de siècles déjà. Car en vérité, sous le fard de la pauvreté,

je suis de la race de ceux qui surplombent,

de ceux qui planent lointainement au dessus des vallons humains...

 

Cependant, plus large j'ouvre les fenêtres d'acier à l'aube, plus décevant m'est l'air

pur qui s'engouffre dans mes poumons drogués à la ville.

 

J'igne alors la première cigarette, déclenchant la massive migration

des hirondelles vers le Sud, et descends traîner mes ailes sans envergure

sur les trottoirs, en quête désespérée de tourments dignes de ce nom, et me méfiant

naturellement sans bornes de moi même..."

 

 

 

 

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