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6 mai 2011 5 06 /05 /mai /2011 15:32

Tel le maudit Midas

 

 

 tel le maudit Midas au doigt changeant en or,
quand tu effleures ma peau, toujours elle te mord,
et mendie que tes mains l'irriguent de caresses.
Tu es une nymphe souveraine en jeunesse.


C'est proprement divin comme tu es bâtie
depuis l'orteil jusqu'à la rainure des cheveux
la hanche conquérante, les seins orgueilleux
ton dédain de reine sur une ville pervertie.


Ni plus droit, ni plus fort, ni plus fin qu'un autre
j'ai demandé ton siège, ton règne érotique,

je t'ai imploré de me suborner, pathétique

païen agenouillé devant les apôtres..

 

Banquise, jungle luxuriante ou froids rivages

c'est toi qui décidera de mon paysage.

Ne m'abandonne pas ! je puis encore être

la crasse sous ton ongle, chien à ta fenêtre...

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5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 14:05

P1130202

 

 

Le Vagabond

 

 

                                                             "Essayez d'être libre, vous mourrez de faim."

 

 

Combien de jours, combien de jours a t-il jeûné?

Combien a t-il vu passer d'indifférents nez ?

Il est étendu sous la frondaison bonhomme

d'un très vieux charme, au square propret où l'homme

d'ici vient promener ses mornes ennuis,

un chien au bras. Il a mendié jusqu'à minuit.

Fertile d'astres, lune pleine, La nuit fut  belle.

Il a gobé -don de Nature- quelques brimbelles,

passé les heures à écouter son pauvre coeur,

métronome des jours, de la mort encore vainqueur.

Barbu, hirsute, il grelotte dans sa couverture.

Le soleil le convie à reprendre l'aventure

Il faut tâcher de survivre !  Mais à quoi bon ?

Il y a t-il vie plus ingrate que celle du vagabond ?

On ne sait pourquoi, il se lève et prend la route.

De cette errance folle, cette humaine déroute,

il endosse l'entière responsabilité.

Il a fui foyer, amis, dans l'obscurité

a choisi de se tapir. Pas un seul échange

de mots depuis...  La faim déjà le redémange.

La ville magnanime a ses eaux de fontaines,

ses bancs, mais de bonnes âmes samaritaines

ou de bon pain, si peu !  C'est qu'être est un combat

que l'homme esseulé ne peut gagner. Un tabac,

en un quartier crasseux. Avant  sa déchéance,

il rêvait lacs, montagnes, forêts, Asie, grandeur.

Ce jour, au milieu de la pouilleuse engeance,

il ne pense à rien d'autre que des gauffres l'odeur.

 

 

 

 

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28 avril 2011 4 28 /04 /avril /2011 23:02

 

satan

 

 

         Sonnet à Satan

 

 

                                                       " (...)Cette création où des enfants sont torturés."

                                                                                              A. Camus.

 

 

Trop fier, l'ange a gâté la soupe primordiale,

parce qu'il avait perçu l'immense fadeur du Bien,

et trouvé dans la Création le noeud gordien.

Il mit le poison du doute, et contre Dieu fit cabbale.

 

Si Dieu est tout puissant, si Dieu n'est que Bonté,

pourquoi livra t-il l'homme au Mal souverain,

l'âme nue à la merci du sabre acérain

du péché, et exige t-il encore loyauté?

 

Si Le Mal est, c'est encore Dieu qui l'a crée,

et si je tue mon frère, C'est que Dieu l'agrée.

Si ce monde est le meilleur, qu'est le Paradis ?

 

O Satan, qui trône en ton tartare désolé,

ruminant la Vérité, prince des maudits,

tu dis juste : L'univers n'a ni but, loi ou clé !

 

 

 

 

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28 avril 2011 4 28 /04 /avril /2011 22:59

  kiosque.jpg

 

 

  Rondel des Infirmes de Cambrai

 

 

Dansez culs de jatte

dansez  grabataires !

 

Dansez, gueules cassées,

dansez prolétaires !

 

Au kiosque

Les cuivres fous

et closques,

les  violons, jouent

bien fort,  bien raide,

et hennissent des airs

à soulever  en l'air

vos misères laides !

 

Dansez, doux podagres,

dansez pellagreux !

 

Dansez estropiés,

dansez pieboteux !

 

la ronde

lacunaire

des blondes

débonnaires

n'attend que des fous !

sur La place pimpante

on brame, on chante

Dimanche est à vous !

 

Dansez bec de lièvres

dansez  cancéreux

 

dansez scarlatins,

dansez  blennorheux !

 

La pègre

des musiciens

allègres

vous fait du bien !

Sous l'empire des notes

que vomissent les fifres,

vous épaterez les piffres,

trillant comme des linottes !

 

Dansez galapiats,

dansez  asthmatiques !

 

dansez sclérosés

dansez  sidaïques !

 

La tombe

peut attendre,

on succombe

aux bras tendres

de La grande Musique !

Au Diable la durée !

de la Joie en Diarrhée !

enfin, volez, Pégasiques !

 

 

Dansez éclopés

dansez eczémeux !

 

dansez mutilés

dansez bons lépreux !

 

Cette vie

fut le pain noir

Mais la mie

des Dieux ce soir

vos  dents éperdues régalera !!

Les sains de corps seront méchouis

aux enfers !  Vous aux cieux inouïs,

gobant les raisins d'étoiles: Hurrah  !

 

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28 avril 2011 4 28 /04 /avril /2011 20:10

 

texas1.jpg

 

 

Edgar de Beauregard

 

 

Lors d'une pénible errance au Texas, je rencontrai Edgar de Beauregard, pompiste d'une station service solitaire,

 plantée comme un oasis de pétrole sur un aride tronçon de la route 40 qui mène au Nouveau Mexique.

 

Descendant de mon véhicule pour faire le plein en cette aire de Salut, je vis que le maître des lieux était fort gros : je lui attribuai mentalement la conformation d'un hamburger épais et rond. Il était d'ailleurs si  gras et lourd que son pantalon jean devait être soutenu par des rudes élastiques qui semblaient prêts à se détendre violemment à tout instant. Torse nu sous les bretelles, Edgar s'avança pataudement vers moi en s'épongeant le crâne  avec une serpillère d'une écoeurante saleté. Il trônait sur cette incarnation d'obésité une face bouffie, dévastée par le soleil atroce du Texas, et qui ne devait pas souvent se présenter glabre..

 

Une semaine auparavant, J'avais entendu dans les conversations de zinc des estancos de White Deer ou de Skellytown qu'il résidait en un certain point de la route 40 un homme qui avait lu autant de livres qu'il avait ingurgité de hamburgers, ce qui n'était pas loin de représenter la totalité des ouvrages imprimés existant ici bàs.

 

Un musculeux barman navajo à l'érudition médusante avait même affirmé devant un auditoire de fermiers aussi pantois qu'aviné  : " à Lake Meredith les gens de bonne foi disent que cet homme considérait tout  pan de littérature, tout "isme", tout essai philosophique, article de revue savante, somme théologique, livret d'opéra, sonnet, ou roman comme une tranche de viande ou de fromage à ajouter sur le morceau de pain inférieur du grand hamburger du savoir. Ayant terminé d'empiler les tranches, puis posé religieusement l'ultime tranche supérieure du pain dessus cet immense amas à la comestibilité incertaine, il ouvrit du plus grand sa mâchoire, avala le hamburger tout de go, et disparut loin d'Armadillo. Il ne parle plus à personne depuis.' Dans le flot des phrases il m'avait semblé que le nom de ce loufoque  autant qu'héroïque lecteur était Edgar de Beauregard.

 

Fort de la certitude que l'ogre croulant de graisse qui me fournirait en pétrole dans cette station ne pouvait être que lui, l'image du hamburger s'étant en quelque sorte siamoisée avec le patronyme, je l'avais dès lors reconnu et considéré comme tel. Et alors qu'Edgar s'apprêtait, machinal et taiseux, à remplir le réservoir de mon automobile de son tuyau de pompiste je lui demandai intrépidement :

 

 "Monsieur Edgar de Beauregard, serait il possible que vous ayiez réellement lu tous les livres du monde ?"

 

Le lourd personnage sans se retourner me répondit :

 

"Sûrement pas ! Moi lire ? Pas si fou ! D'abord, sachez monsieur que je ne tolère pas que des étrangers m'imposent des noms sans me connaître ni d'Adam ni D'Eve. Je m'appelle Eaufortunée Bill, et non Edgar de Beauregard.  Le type dont vous causez n'est autre qu' Enoch Odin James Jr., un fondu de littérature qui s'était mis en tête de lire tous les livres du monde ! "

 

Piqué de curiosité, je demandai encore :

 

"Mais pourquoi diable cet Enoch Odin James Jr eût il voulu entreprendre pareille folie?"

 

Eaufortunée Bill jeta son bras en l'air et dit :

 

"Bah ! Chacun au Texas a son appréciation, c'est l'affaire dont  on cause à la radio ces dernières semaines  !  Peut être voulait il que les texans se penchent sur son petit cas personnel, peut être qu'il n'avait rien d'autre à faire de son existence, un désoeuvré pareil, peut être qu'il voulait laisser une trace, peut être qu'il était dévoré d'ambition, affamé de savoir, peut être voulait il aider les hommes à sa façon... Ma petite idée est qu'il était un de ces écrivaillons minables de Fort Worth ou d'Austin qui n'arrivent pas à supporter la condition  de minable et ne  trouvent pas  non plus le courage de devenir des saoulards. ou des bandits.. Alors le diable, voyant là une proie facile, serait venu lui souffler à l'oreille que s'il ingurgitait tout le savoir acquis des hommes, que s'il lisait tous les livres, il se mettrait alors à écrire des choses tellement parfaites et sophistiquées qu'elles synthétiseraient et dépasseraient tout ce que l'humanité avait pu obtenir jusque là, et qu'il percerait à jour, lui, seul, le mystère du Monde, et deviendrait une sorte de génie universel... En somme ça doit être cela..."

 

"Mais qu'est il advenu de ce type ?"

 

"Erf, ma foi pas grand chose ! Je ne sais pas s'il avait même commencé son projet de lecture, s'il était encore dedans ou s'il était parvenu à son but, toujours est il qu'on l'a retrouvé mort, il y a deux jours gisant  seul dans le désert quelque part entre Plainview et Clarendon... Les coyotes avaient commencé à lui faire la charogne si vous voyez ce que je veux dire... Apparement il  s'était fait mordre par un Gila qui lui avait inoculé assez de bactéries  dans la veine pour faire crever un taureau. Il a du salement agoniser le pauvre... A croire que même en ayant lu tous les livres du monde, on n' a pas avancé d'un centimètre dans la vie...Je vous mets 30 litres ?"

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28 avril 2011 4 28 /04 /avril /2011 08:07

 

Nutelline

 

 

tu ne devais naître et tu es née cependant.

 

Ton père est décervelé

ta mère est décervelée

et toi tu es le énième fruit de la radicale primitivité

de ce couple.

 

Tu ne fais pas exception dans la portée,

tu n'es pas le rubis dans le sceau de charbon,

tu es encore le charbon, le sempiternel charbon

que la pauvreté jette dans son feu pour s'alimenter

encore et encore.

 

Ta native sveltesse était une peau de chagrin

l'adiposité l'a mangé

 

 

jeune fille du Nord déjà obèse,

 ton obésité c'est ta croix, ta croix de Christ

que tu porteras jusqu'au bout du chemin.

 

c'est un destin reglé que les dieux industriels t'ont préparé

 

 

Ton nom est la marque rouge abstraite

que le fer de la stupidité t'as imposé à l'extraction.

 

Ton nom n'est pas d'ailes,

il n'est que chaînes, entraves, et bât.

 

  La bêtise triomphe déjà sur ta fraîche bouille enfantine

 

les lourdes masses du déterminisme année après année

s'évertueront à te maintenir au plus bas 

SUR le caniveau de la dignité humaine

 

Les marchands te feront avaler leurs ignobles couleuvres

les unes après les autres

 

toute une machinerie s'acharnera à faire de toi

la béance humaine

la béance condamnée à gober

à gober sans fin toute la graisse sans grâce

que produit ce bas monde

et te tenir du plus loin possible

de la poésie...

 

Sans qu'il y ait de murs autour de toi

tu es encagée

encagée dans ta propre langue

quelques centaines de mots

qui sont les briques de ta prison

 

Ton visage met en déroute

tout l'effort humain

fais tomber en ruine toutes les fragiles cathédrales théoriques

du philosophe

déséspère le poète

 

Il est à peu près sûr

que tu enfanteras

pour pérenniser un peu plus

la sinistre pesanteur de l'humanité

 

Relèves toi

je t'en prie

 

 

 

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27 avril 2011 3 27 /04 /avril /2011 13:28

Europe_satellite_globe.jpg

 

 

Europe


 

Ô Landes !

Que dit votre impénétrable macédoine de marais ?
Public sec des bruyères, angles, terres molles d'avis,
où dans la faim lente des saisons
les petites fées rances se lovent, et nient
qu'elles mâchèrent la belle chique, que suer aide et que l'eau triche.

Subissez l'ire, Landes acerbes, bileuses !

Ah, le magnanime souverain endormi,
qui assit sa graisse et son fort céans,
tout ce lot vaque ici encore :
luxe, sang, bourgs, Bulles, gares, rires, rues si lestes honnies, voitures qui fourmillent,
geais, orgies, arts, menhirs, gazes, herbe haïe des gens et belles à ruses... Est il beau, ce nid ?

Partout les crapauds l'oignon lorgnent, croassent si fort...

Aux fermes, les hommes écossent leur ennui, causent aux veaux et la roue manient...

Plus haut  hissez, Landes, votre infertile, mal tissé drapeau !

La poésie qui n'abonda ne marque que les fées rouées,
et cette campagne que les porcs tuent, galeux, est-ce pagne pour masquer toute conscience ?

Ah, le banni, ce laid tonique, crucifié sur la place,
pour lui, montez ! Nez gros, bons piffres, et l'élu craignez !
« Ceci est mon délit : tue, âne ! Nie ton âme, dis ta lie !" N'avait t-il pas crié au bourreau ?

Au Nord végètent, imberbes, le fjord et le lys...
Je tonne, je tanne !

Ma casaque se tend...

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26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 21:22

le-reve.gif 

 

 

Le Rêve

 

 

                               " Merece lo que sueñas"

                                          O. Paz

 

 

Le grand Rêve se tient devant moi,

là, haute montagne évidente.

Je gravis et ma foi s'édente,

Oscillant  du courage à l'effroi.

 

Quelle course absurde vers l'Hallali,

est ce mauvais orgueil ou vanité ?

Est ce vouloir palper l'éternité,

Par des dieux absents, être anobli ?


Allons pélerins, vers nos Everests

respectifs !  Tout est Odyssée,

nécessaire algodicée.

C'est notre chemin, notre geste.


Soit; assez pesé, élevons nous,

je m'attele à mon pélerinage.

Fouet du Soleil, Rire de l'Orage,

Je sais assez que l'homme est fou.

 

Vers quoi grimpé je ? Vers le fol Pic

 du Surpassement. C'est conquérir une

femme, une terre, telle Lune,

prendre seul le chemin dur d'à-pics.

 

Le chemin, c'est l'ingrate Canossa;

l'horizon : la pierre et la larme.

Mille fois le pied veut qu'on désarme

-lointaine, intouchable Lhassa !-

 

Escarpé infiniment, souverain,

le sommet s'éloigne, me dédaigne

à mesure que j'avance, saigne,

sue, et subis la loi du terrain.

 

l'élan se coupe, je veux m'ajourner;

Au limon de la platitude,

des distractions, de l'hébétude,

dans la boue du Néant retourner.

 

Je voudrais lors ou dégringoler

pour regagner ma médiocrité

(même sachant sa nocuité),

ou d'une aile facile m'envoler.

 

Mais, et voilà l'inexplicable,

malgré ma couarde viande, je chemine.

Une souterraine discipline

me tient debout, vaguement stable.

 

Et, un jour, interrompant mon pas

je vois sous ma semelle exténuée

le sommet..! Je crie dans la nuée :

"La montagne gravie ! Elle stoppa

 

d'autres, mais pas moi !" Puis Le rêve fond.

Tout n'est donc que toquade, mirage ?

Alors je compris que le voyage

est de tous nos rêves le carafon.

 

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Edouard Dupas - dans MON CRU
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21 avril 2011 4 21 /04 /avril /2011 13:44

  ange.jpg

 

 

Les Anges

 

 

Voletant, voletant, au royaume flottant des nuages,
les anges délirent et font résonner leurs glorieux binious.
dans l'éternité d'Ether ils soufflent et poussent des you-you
-c'est pour que Dieu n'entende pas notre humble et vain message !-

 

Délesté de sexe, délesté de coeur, l'engeance séraphique

savoure les grappes célestes, s'ébroue dans le blanc coton

et se rit de l'humanité qui gémit aux barreaux de sa prison

terrestre. "Epoumonnez vous- pécheurs beaux et tragiques!"

 

Cependant que Cupidon s'épate de l'effet de ses flèches,

- et quoi donc lui chaut ces coeurs percés en plein qui s'incendient à mort ?-

Gabriel, pansu, radote pour les chérubins : "Le bon bord

  nôtre ! Aux enfers on crève sans fin, ci haut l'âme se pourlèche !"

 

Tantôt, l'Exterminateur machinal plongera dans la nuit molle
faucher quelques uns de ces bâtards bâclés de la Création.
Ils auront peiné, vieilli, enduré maladies et passions,
et coucheront sans savoir quoi Demain mettra dans leur geôle.

 

 

 

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21 avril 2011 4 21 /04 /avril /2011 11:16

 

le Délice de s'écrouler

 

 

Pour ne plus subir la flagellation de vivre,

Pour ne plus ployer sous les carcans de l'humaine société,

pour abréger le carnaval lamentablement prévisible du quotidien,

parce que tous n'ont pas la force d'aller jusqu'au bout de la décomposition parmi leurs semblables,

d'aucuns se pendent, se jettent par les fenêtres en hurlant, s'offrent en pâture aux dents des trains,

se plongent dans les fonds gluants des fleuves, s'aboutissent d'une balle, ou

s'enivrent de cigüe,

bref se faufilent dans les ultimes interstices

de leur prison pour disparaître

comme de lâches petites souris

avec le butin de leur vie.

 

Moi, je m'écroule. Je m'écroule à toute heure, et ce me semble tellement plus délicieux que le mourir !

L'on m'intime de m'avancer, de supporter tel bât, de transbahuter tel fardeau, de m'ouvriériser de telle ou telle sorte,

eh bien non, je m'écroule, je m'émiette, je m'effrite,

je m'affaisse au sol et l'on ne me relève plus,

à l'instar d'une flaque,

ou de ces chiens qui demeurent obstinément couchés

et font le déséspoir des maîtres qui croyaient si fort en la laisse.

 

Je m'écroule donc,

et avec mon effondrement, avec cette infime voilure de la Noria,

c'est la société dans son entièreté qui se met à trébucher, qui hoquette,

qui ralentit sa marche forcenée, et qui se met à vaciller, tant dépendante  elle est

de ses moindre rouages, tant chaque être constitue en vérité une

des innombrables petites vertèbres qui en dessinent le fragile squelette.

 

Et ainsi s'écroulent de concert en moi l'ambition morbide de se hisser jusqu'aux plus hauts

étages de la pyramide de pouvoir, et de rogner une plus grande part du gâteau de la richesse des Nations.

Je m'écroule, je m'écroule avec délice, et j'emporte dans mon écroulement

tous mes semblabes,

et ainsi  les rappelle à leur  fondement

iliaque, leur fondement d'os unique qu'ils avaient par mégarde oublié,

ensevelis qu'ils étaient sous le ciment rose et mortifère de la chair.

 

 

 

 

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