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28 avril 2012 6 28 /04 /avril /2012 17:50

achille chavee

 

 

Achille Chavée (1906-1969)

 

 

à Edouard Faucon

 

 

O nuit horrible

aurore horrible

soleil horrible

mémoire horrible

ô dérisoire identité

universelle vacherie

 

Et si le Jésus Christ est Dieu

tant mieux

et mieux vaut lui qu'un autre

crocodile spirituel

 

Vous le voyez

j'ai quelquefois la connerie de croire

en des instants d'immense lassitude

que je me ferais bien

à sa mâchoire

ainsi qu'un très petit oiseau du Nil

 

Fusillez-moi

Je l'autorise

 

 

 

 

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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 10:12

achille chavee

 

 

Achille Chavée (1906-1969)

 

 

 

Schèmes sadiques

 

 

Chaque rue aboutit dans une femme

 

qui ressemble à l'aventure

 

dont le visage se dérobe

 

sous un masque de velours noir

 

 

Chaque rue aboutit dans une femme

 

qui s'élabore dans nos rêves

 

et se nourrit de notre sang

 

et s'enivre de notre angoisse

 

 

aboutit dans une femme nue

 

fatale inconnue attirante

 

comme un panorama secret

 

aux frondaisons de lanternes sanglantes

 

 

 

 

 

 

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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 10:08

AVT_Henry-Bauchau_9520.pjpeg.jpg

 

 

Henry Bauchau (19313- )

 

 

 

Avenue Louise

 

 

Là s'élèvaient jadis les grands marroniers verts

 

C'était l'heure du thé, la conversation amoureuse

 

nous montions par le long, le timide escalier

 

nos ombres tremblaient sur le mur.

 

Il était écrit sur la porte : vie privée

 

Ô la déception de redescendre ayant cru toucher le bonheur

 

et désirant toujours la liberté sans luttes

 

la liberté douce. Celle qui n'existe pas.

 

 

 

 

 

 

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14 avril 2012 6 14 /04 /avril /2012 18:27

verlaine

 

Paul Verlaine (1844-1896)

 

Pantoum Négligé

 

Trois petits pâtés, ma chemise brûle.
Monsieur le Curé n'aime pas les os.
Ma cousine est blonde, elle a nom Ursule,
Que n'émigrons-nous vers les Palaiseaux !

Ma cousine est blonde, elle a nom Ursule,
On dirait d'un cher glaïeul sur les eaux.
Vivent le muguet et la campanule !
Dodo, l'enfant do, chantez, doux fuseaux.

Que n'émigrons-nous vers les Palaiseaux !
Trois petits pâtés, un point et virgule;
On dirait d'un cher glaïeul sur les eaux.
Vivent le muguet et la campanule !

Trois petits pâtés, un point et virgule ;
Dodo, l'enfant do, chantez, doux fuseaux.
La libellule erre emmi les roseaux.
Monsieur le Curé, ma chemise brûle !

 

 


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23 mars 2012 5 23 /03 /mars /2012 19:05

achille chavee

 

Achille Chavée (1906-1969)

 

La Bagarre c'est la bagarre

 

La Bagarre c'est la bagarre

Donneurs de sang

Buveurs de sang

regardez vous

embrassez vous

enivrez vous

de ces liqueurs délictueuses

qui démentent les proverbes

tombant en juste pourriture

au gibet de la liberté

 

 

 

 

 

 

 

 

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20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 19:02

 

maurice-rollinat.jpg

 

 

Maurice Rollinat (1846-1903)

 

Repas de corbeaux


C'est l'heure où la nuit fait avec l'aube son troc.
Dans un pays lugubre, en sa plus morne zone,
Précipité, profond, massif comme le Rhône
Un gave étroit, muet, huileux, mou dans son choc ;


Sol gris, rocs, ronce, et là, parmi les maigres aunes,
Les fouillis de chardons, les courts sapins en cônes.
Des corbeaux affamés qui s'abattent par blocs !
Ils cherchent inquiets, noirs dans le blanc des rocs ;


Tels des prêtres, par tas, vociférant des prônes,
Ils croassent, et puis, ils sautent lourds, floc, floc !
Soudain, leur apparaît, longue au moins de deux aunes,
Une charogne monstre, avec l'odeur ad hoc !...


Ils s'y ruent ! griffes, becs taillent, frappent d'estoc.
Acharnés jusqu'au soir, depuis le chant du coq,
Ils dévorent goulus la viande verte et jaune
Dont un si bon hasard leur a fait large aumône.


Puis, laissant la carcasse aussi nette qu'un soc,
Se perchant comme il peut, tout de bric et de broc,
Dans un ravissement que son silence prône,
Au-dessus du torrent, le noir troupeau mastoc,
Immobile, cuvant sa pourriture, trône.
Sous la lune magique aux deux cornes de faune.

 

 

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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 23:47

 

 

 

Albert Samain (1858-1900)

 

Le Boucher

 

Ardagôn le boucher, à la rouge encolure,
Un grand couteau luisant passé dans sa ceinture,
Pousse hors de l’étable et conduit au hangar
Le bœuf sur qui la vache attache un long regard.
Les enfants du village, et Psyllé la première,
Déjà chassés vingt fois par la rude fermière,
Reviennent plus nombreux et plus hardis encor
Que les mouches qu’attire un pot plein de miel d’or.
Une corde passée à l’anneau de la dalle
Incline par degrés la tête bestiale,
Et la brute immobile offre son large front
Comme une enclume où va frapper le forgeron.
Tout est prêt. Dans la cour descend un grand silence…
Le lourd marteau levé lentement se balance,
Plane, hésite, et soudain, d’un coup terrible et sourd,
Tombe… le crâne sonne… Un léger frisson court.
Le bœuf assommé croule : et dans sa gorge inerte
Le grand couteau plongé fait par l’entaille ouverte
Jaillir à flots pressés un sang noir et fumant.
Le sol autour s’empourpre. Ardagôn, par moment,
Enfonçant jusqu’au coude un bras qui sort tout rouge
Ranime un peu de vie aux flancs du bœuf qui bouge ;
Et les enfants penchés sentent, en frémissant,
Leur petit cœur cruel réjoui par le sang.

 


 

 

 


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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 23:23

bruegel-the-elder-pieter-the-mendicants.jpg

 

Paul Marrot (1850-1909)

 

Tableau de Rue

 

Je vis, traînant sur le pavé, 
Un cul-de-jatte lamentable; 
Il était haut comme une table, 
Triste comme un tambour crevé, 

A ses côtés, sa femme, maigre, 
Demandait des sous aux passants, 
En tirant des bruits languissants 
Des boyaux d'un violon aigre. 

L'estropié faisait pitié, 
Son état, qui portait aux larmes, 
Ajoutait je ne sais quels charmes 
Au violon de sa moitié. 

Race humaine, race ironique, 
Pour secouer ton embonpoint, 
La misère ne suffit point, 
Il y faut un peu de musique.

 

 

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21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 14:41

JulesLaforgueParis.jpg

 

 

Jules Laforgue (1860-1887)

 

 

Soleil Couchant

 

 

Le soleil s'est couché, cocarde de l'azur!

C'est l'heure où le fellah, près de sa fellahine,
Accroupi sur sa natte, avec son doigt impur,
De son nombril squameux épluche la vermine.


Dans la barbe d'argent du crasseux pèlerin
Dont le chauve camail est orné de coquilles,
Ivre et fou de printemps, le pou chante un refrain,
Plus heureux que le roi de toutes les Castilles.


Sur les rives du Nil, le goitreux pélican
Songe à la vanité morne de toutes choses
Avec des airs bourrus, comme Monsieur Renan;
Sur une patte, auprès, rêvent les flamants roses.


Déjà sortent du fleuve, étincelant miroir,
Les crocodiles bruns, Sur les berges vaseuses
Ils viennent aspirer, dans la fraîcheur du soir,
Les souffles d'air chargés de senteurs capiteuses.


Cependant qu'à Paris, sur sa porte arrêté,
Le ventre en bonne humeur, mon gros propriétaire
Ricane du bohème au jabot non lesté,
Tourne béatement ses pouces - et digère.

 

 


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10 février 2012 5 10 /02 /février /2012 15:37

miloszportrait3.jpg

 

 

Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz (1877-1939)

 

 

 

Danse de singe

 

 

Au son d'une petite musique narquoise, sautillante,

essouflée, tandis qu'il pleut, tandis qu'il pleut de la pluie pourrie,

Saute, saute, mon âme, vieux singe d'orgue de barbarie,

petit vieillard pelé, sournois, animal romantique et tendre,

 

avec ta queue d'automne effeuillée, prétentieusement tordue,

en point d'interrogation sur le vide ciel du crépuscule,

essuie tes pleurs, singe galant, mélancolique et ridicule,

singe galeux de l'amour mort, singe édenté des jours perdus.

 

Encore un air, encore un air ! Celui qui sent les tabagies,

le faubourg lépreux, la foire d'automne et les fritures aigres,

pour faire rire les filles mal nourries - ô sale, affreux, maigre,

piteux, épileptique singe, animal pur des nostalgies !

 

Encore un air ! Hélas le dernier ! Et que ce soit cette sourde

valse de jamais, requiem des voleurs morts, musique en échos,

qui dit : adieu les souvenirs, l'amour et la noix de coco...

Tandis que la pluie pauvre fait glouglou dans la boue vieille et lourde.

 

 

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