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24 juin 2012 7 24 /06 /juin /2012 14:18

 

Conrad Aiken

 

Conrad Aiken (1889-1973)

 

 

La Musique que j'entendais avec toi

 

La Musique que j'entendais avec toi était plus que de la musique,

et le pain que je rompais avec toi était plus que du pain.

Maintenant que je suis sans toi, tout est désolé,

tout ce qui auparavant était si beau est mort.

 

Tes mains ont touché cette table, cette argenterie,

et j'ai vu un jour tes doigts tenir ce verre.

Ces choses ne se souviennent pas de toi, ma bien-aimée :

et cependant ton toucher sur eux ne passera pas.

 

Car c'était dans mon coeur que tu te mouvais parmi eux,

et les bénissais de tes mains et de tes yeux.

Et dans mon coeur ils se souviendront toujours :

qu'ils t'ont connu un jour, O belle et sage !

 

 

traduit de l'américain par E. Dupas

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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14 juin 2012 4 14 /06 /juin /2012 01:56

 

 garret-hongo.jpg

 

Garrett Hongo (1951-), poète hawaïen

 

Légende

 

à la mémoire de Jay Kashiwamura

 

Il neige doucement sur Chicago

et un homme vient de faire sa lessive de la semaine.

Il entre dans le crépuscule du début de soirée,

portant un sac de courses froissé

rempli de vêtements impeccablement pliés,

et, un bref instant, il savoure

la sensation du linge chaud et du papier plissé

comme de la flanelle contre ses mains sans gants.

Il y a un rougoiement à la Rembrandt sur son visage,

un triangle d'orange dans le creux de sa joue

alors qu'un dernier rayon du soleil couchant

enflamme les vitrines et les devantures dans la rue.

 

Il est asiatique, thaï, ou vietnamien,

et très maigre, habillé comme les pauvres

en pantalon de costume froissé avec un plaid mackinckaw à carreaux

terne et trop grand.

Il négocie une flaque de glace

sur le trotttoir près de sa voiture,

ouvre la portière arrière de sa Fairlane,

se penche pour poser le linge à l'intérieur, 

et se tourne, rien qu'un instant,

vers le tourbillon des pas

et des cris des piétons,

tandis qu'un garçon - c'est tout ce qu'il était -

recule au coin du magasin de depôt

en tirant de son pistolet, et fait feu,

une fois, sur l'homme éberlué

qui tombe en avant,

la main crispée sur la poitrine.

 

Quelques sons s'échappent de sa bouche,

un babillage que personne ne comprend

tandis que les gens s'approchent en cercle,

déconcertés par son discours.

Les bruits qu'il fait ne sont rien pour eux.

Le garçon est parti, perdu

dans le tableau léger du trafic piétonnier,

en tachetant la neige de fraîches empreintes.

 

Ce soir, j'ai lu que Descartes avait eu le grand courage

de douter de tout, sauf de sa propre et miraculeuse existence,

et je me sens si distinct

de l'homme blessé étendu sur le béton

que j'ai honte

 

Que le ciel nocturne le recouvre tandis qu'il meurt.

Que la dame tisseuse traverse le pont céleste

et hisse les mains froides du malheureux jusqu'à elle.

 

 

traduit de l'américain par E. Dupas

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 23:36

ogden-nash-1.jpg

 

Ogden Nash (1902-1971)    

 

 

Mariez vous toujours à une fille d'Avril

 

Louez les sortilèges, bénissez les charmes,

j'ai trouvé Avril dans mes bras.

Avril doré, Avril nuageux,

Gracieux, cruel, tendre et frondeur;

Le doux avril en langueur fleurie,

Le froid avril à la soudaine colère,

toujours changeant, toujours sincère -

J'aime Avril, je t'aime.

 

 

traduit de l'anglais par E. Dupas

 

 

 


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10 juin 2012 7 10 /06 /juin /2012 23:32

 alice-walker.jpg

 

Alice Walker (1944- )

 

 

N'attends rien

 

N'attends rien. Vis frugalement

de surprise.

Deviens un étranger

au besoin d'apitoiement

Ou, si la compassion est librement

donnée

ne prends que le nécessaire

arrête toi net devant l'envie d'implorer

puis purge et élimine le besoin.

 

Ne désire rien de plus grand

que ton propre petit coeur

ou plus vaste qu'une étoile;

apprivoise la déception sauvage

avec des caresses indifférentes et froides,

fais en une parka

pour ton âme.

 

Découvre la raison pour laquelle

un si minuscule nain humain

existe en définitive

si peureux, imprudent,

mais n'attends rien. Vis frugalement

de suprise.

 

traduit de l'anglais par E. Dupas


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6 juin 2012 3 06 /06 /juin /2012 15:19

davidbudbill.jpg

 

David Budbill (1940-)

 

 

Demain

 

Demain

nous serons

os et cendre,

racines de mauvaises herbes

poussant à travers

nos crânes.

 

Aujourd'hui,

simplement vêtus,

l'esprit vide,

l'estomac plein,

nous somme vivants, conscients,

ici,

maintenant.

 

Enivré de musique,

qui a besoin de vin ?

 

Viens,

ma douce,

allons danser

tant que nous avons encore

des pieds.

 

 

traduit de l'américain par E. Dupas

 

 

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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 11:46

 220px-Ssilverstein.jpg

 

 Shel Silverstein (1930-1999)

 

 

Si le Monde était Dingue

 

Si le monde était dingue, tu sais ce que j'mangerais ?

Une grosse tranche de soupe et un pichet de viande,

un sandwich de limonade, et ensuite je me taperais peut être

de la glace rôtie ou un gâteau bicyclette,

une bonne salade de carnets de notes, un barbecue de slip,

une omelette de chapeaux et un croustillant toast de carton,

un copieux lait malté de crayons de bois et de pâquerettes,

voilà ce que je mangerais si le monde était dingue.

 

Si le monde était dingue, tu sais ce que j'mettrais ?

Un costume en chocolat et une cravate d'éclair au chocolat,

un cache-oreilles en marshmallow, des chaussures de liqueur,

et je lirais un journal d'infos à la menthe poivrée.

J'appellerais les garçons "Suzie" et les filles "Harry",

je parlerais avec mes oreilles, et je porterais toujours sur moi

un parapluie en papier, quand tomberait la brume,

pour rester sous la pluie, si le monde était dingue.

 

Si le monde était dingue, tu sais ce que j'ferais ?

Je marcherais sur l'océan et je nagerais dans ma chaussure,

je volerais à travers le sol et je bondirais dans les airs,

je retournerais la baignoire et je me laverais dans les escaliers.

Rencontrant quelqu'un, je lui dirais "Au revoir, Joe"

et au moment de partir - alors je lui dirais "Salut !"

Et le plus grand des hommes serait ridicule et feignant,

du coup, je serais Roi... Si le monde était dingue.

 

 

traduit de l'américain par E. Dupas

 

 


 

 

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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 09:20

 

knight25.jpg

 

Etheridge Knight (1931-1991)

 

 

Je suis né au Mississippi

 

Je suis né au Mississippi;

Je marchais pieds nus dans la boue.

Je suis né nègre au Mississippi,

je marchais pieds nus dans la boue.

Mais quand j'ai atteint l'âge de douze ans,

j'ai quitté cet endroit pour de bon.

Mon père coupait du coton

et buvait sa liqueur d'un trait.

Quand je suis parti ce Dimanche matin là,

il était penché sur le seuil de la basse-cour.

J'ai quitté ma mère debout

avec le soleil qui brillait dans ses yeux.

Je l'ai laissée debout dans la cour,

avec le soleil qui brillait dans ses yeux.

Et je suis parti vers le Nord,

aussi vite qu'un vol d'oie sauvage

J'ai été à Détroit & Chicago

J'ai été à New York, aussi;

 J'ai déambulé sur toutes ces avenues puantes,

et je suis toujours le même bon vieux nègre, toujours

plein du même bon vieux blues.

Je m'en reviens au Mississippi

cette fois pour y rester pour de bon,

je serai libre au Mississippi,

ou mort dans la boue du Mississippi.

 

 

traduit de l'américain par E. Dupas

 

 

 

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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 01:07
Ron-McFarland

Ronald Mc Farland (19??-)

 

Idaho Requiem

 

Pour Robert Lowell

 

Par chez nous, on ne parle pas de culture,

on pense que nous la sommes. Nous avons élevé Ezra Pound

qui nous a fui comme un dératé

et n'est jamais revenu. Tu 

n'es jamais venu. Tu

ne sauras jamais à quel point 

nous ne sommes jamais intelligents par chez nous.

Tu n'as jamais bu de bière ambrée.

Tu n'as jamais dégommé un tétras

sous un épicéa bleu juste parce qu'il se trouvait là.

 

Parle nous de Schopenhauer et de tes amis

et de ta bonne vieille famille. Nous avons laissé la nôtre

au Mississippi, il ne nous reste plus de noms

à exclure. Nous passons notre temps

à éviter les Californiens et attendre

que la sauge pousse, et lorsqu'elle éclot,

nous la ratons comme des cons la moitié du temps.

Quand un étranger se pointe nous sourions

et nous disons, "Parle nous un peu de toi".

Alors nous écoutons de très près.

 

Mais toi tu dirais "Je dis ce que j'ai à dire".

Trop subtil, peut être, pour une cannette de bière,

trop Augustinien pour les crues de la rivière Snake.

Mais comment peux tu savoir si cet endroit ne serait pas

le bon pour mourir ? Pourquoi ces gens n'achemineraient

pas tes os par ici, juste pour l'ironie du geste ?

Ici nous gardons les choses sobres

et claires à cause des montagnes.

Notre mythologie se résume à un bûcheron

touillant son café avec son pouce.

 

traduit de l'américain par E. Dupas

 

 

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1 juin 2012 5 01 /06 /juin /2012 14:07

 

Margaret_Walker.jpg

 

Margaret Walker (1915-1998)

 

La Lutte nous sidère

 

 

Notre naissance et notre mort sont des instants faciles, comme le sommeil

le manger et le boire. La lutte nous sidère

pour le pain, pour la fierté, pour la simple dignité.

Et ceci est plus que le combat pour exister;

plus que la révolte, que la guerre et les petites affaires humaines.

Il y a un périple du Moi jusqu'au Toi.

Il y a un périple du Toi jusqu'au moi.

Une union de deux mondes étranges se doit d'être.

 

La nôtre est une lutte issue d'un lit trop chaud;

trop encombré d'une patience pleine de sommeil.

Hors de cette noirceur, nous devons mener le combat;

par besoin de pain, de fierté, de dignité.

Lutter entre le matin et la nuit.

Ceci marque nos années. Ceci règle, aussi, notre sort.

 

 

traduit de l'américain par E. Dupas


 

 

 

 

 

 

 

 

 

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1 juin 2012 5 01 /06 /juin /2012 13:16

 

yusuf.jpg

 

Yusef Komunyakaa (1947 - )

 

Ode à l'Asticot

 

Frère de la mouche à viande

et divinité, tu fais merveille

sur les champs de bataille,

dans les pavés de mauvais porc

 

et les asiles de nuit. Oui, tu 

vas à la racine de toutes choses.

Tu es sain et mathématique.

Jésus, Christ, tu es sans pitié

 

avec la vérité. Ontologique et brillant,

tu jettes des sorts sur les mendiants et les rois

derrière la porte de pierre du tombeau de César,

ou tu creuses une tranchée dans un champ d'ambroisie.

 

Aucun décret ni crédo ne peut te mettre hors la loi

car tu défais toute chose vivante. Petit

maître de la terre, personne ne gagne le ciel

sans passer d'abord par toi.

 

 

traduit de l'américain par E. Dupas

 

 

 



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