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31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 11:45

 ssanchez.jpg

 

Sonia Sanchez (1934 - )

 

 

Ballade

 

Pardonne-moi si je ris,

tu es si sûre de l'amour

tu es si jeune

et moi trop vieille pour apprendre de l'amour.

 

La pluie explosant

dans l'air est l'amour.

l'herbe exsudant

sa cire verte est l'amour.

mais toi, tu es trop jeune

pour l'amour

et moi trop vieille.

 

Une fois. Qu'est ce que cela peut faire,

quand et qui, j'ai connu

l'amour.

 

J'ai réparé mon corps

sous le sien, et je suis allée

coucher dans l'amour

toute trace de moi

a été balayé

 

Pardonne-moi si je souris

jeune héritière d'un rêve nu

tu es si jeune

et moi trop vieille pour apprendre de l'amour.

 

traduit de l'américain par E. Dupas

 

 

 


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30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 11:41

 

denise-levertov.jpg

 

Denise Levertov (1923-1987)

 

 

Les Requins

 

Alors, eh bien, le dernier jour les requins ont fait leur apparition.

De sombres ailerons affleurèrent, avec l'innocence

d'un avertissement honnête.  La mer devient

sinistre, sont-ils partout ?

Crois moi, ils dépassent les six pieds d'eau.

Mais n'est-ce pas la même mer, n'y jouerons nous

plus désormais ?

 

Je l'aime claire et pas trop

quiète, avec suffisament de vagues

pour qu'on y accoure. Pour la première fois,

j'ai osé nager là où je n'avais pas pied.

Ils sont arrivé au coucher de soleil, au moment où

un éclat de cuivre fit taire la mer,

pas assez sombre pour le clair de lune, mais suffisament limpide

pour qu'on les distingue facilement. Sombre

le profil aiguisé des ailerons. 

 



traduit de l'américain par E. Dupas



 

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30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 11:41

 Conrad_Aiken.jpg

     

Conrad Aiken (1889-1973)

 

 

Dissonants 

 

 Cléopâtre gît morte dans un panier de cristal

 enroulée et embaumée par les plus expertes mains.

 Un collier d'or a été lacé autour de sa nuque,

 et ses tatbebs sont, parait-il, usés par le sable.

       
Cléopâtre défunte fut autrefois révérée en Egypte -

elle avait l'oeil tendre, Princesse du sud.

A présent, elle est très vieille et sèche, presque effacée,

avec du bitume noir on a scellé sa bouche .

Les pilleurs de tombe ont arraché les anneaux d'or de ses doigts,

bravant le symbole sacré en diagonale sur son sein.

Ils ont apeuré les chauve souris qui tournoyaient calmement au dessus d'elle.

Pauvre Dame ! Elle aurait été au repos depuis bien longtemps
 

S'elle n'avait pas été enroulée et embaumée si finement,

préservée, obscène,  pour moquer les vols noirs des ans.
Qu'est ce que son amant aurait dit, l'ayant présagé ?

Eût il été ému jusqu'à l'extase, jusqu'aux larmes ?

O Terre propre et douce de laquelle la verte lame provient !
Quand nous mourrons, mon adoré et Moi,
fermes toi bien dessus nous, que nous puissons à jamais reposer,
envoyant herbe et fleurs jusqu'au ciel.

 
traduit de l'américain par E. Dupas



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30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 01:11

 waldman22.jpg

 

Anne Waldman (1945 -)

 

 

Alphabet du Langage maternel

 

 

Si Kali était une voiture, quel genre de voiture serait-elle ? Une batmobile ? Elle, véhicule primordiale. Elle, avec des émanations aux ruses de n'importe quelle mère. 

Elle avec les cheveux en feu. La bouche en flamme, avec un souffle de colère. Ceci est le féminin qui parle, ceci est la bouche et le corps et la malédiction de la femelle. Voyez la dans la rue, dans le métro, au terminus à l'attente infinie. Elle en train d'attendre. De nombreux orages d'attente. Juste en dessous de la surface. Les yeux rouges, la  bouche trouée, la langue pendante. Definition d'une manière définissante du rugissement assourdissant de Kali qui est le rugissement du Temps. Elle est le Temps. Et elle dévore le Temps. Temps nu, Kali nue. Elle est un système ouvert. Elle mange l'énergie et manifeste l'énergie. Aucun concept n'a besoin d'être appliqué. Elle est la langue vacillante d'Agni, le feu. Elle est la mère du langage et du mantra. Elle est toutes les 51 lettres de l'alphabet Devanagari, chaque lettre est une forme d'énergie, un pincement d'énergie, un torseur d'énergie. Chaque lettre est une étoile, chaque lettre  est un signe, chaque lettre est une gestuelle empiréenne, chaque lettre est un son capturé, chaque lettre est une résolution, chaque lettre  est une rune, chaque lettre est un coup de fouet, chaque lettre est une marque brûlante, chaque lettre une flamme, chaque lettre un tic, chaque lettre un fagot de bois, chaque lettre un pionnier assoiffé, chaque lettre un charnier, chaque lettre une récolte de riz, chaque lettre une marmite, chaque lettre un trésor, chaque lettre une vague s'élevant maintenant, chaque lettre une lune éolithique, chaque lettre un soleil dans l'ombre, chaque lettre une histoire d'amour, chaque lettre une erreur possible, chaque lettre un symbole de changement, chaque lettre une roue, chaque lettre une roue du changement, chaque lettre un triomphe, chaque lettre un vent solaire, chaque lettre une tempête, chaque lettre  brève apparition, chacune un traité, chacune un endroit où le plutonium réside en toute sécurité, chacune une résolution hédrumite, chacune un épitrope, chacune un orchestre de nombreux gongs, chacune une soirée, une matinée enneigée, une matinée de chaleur torride, chacune une nécessaire tribulation, chacune un massacre qui sera révélé, chacune une torture qui sera révélée, chaque lettre un fourré de bambous, chacune une bougie allumée pour toutes les déïtés dans toutes les dix directions de l'espace, chacune un coussin, un matelas, une couverture, chacune un buffle d'eau, chacune une épouse, chacune une sorcière, chaque lettre un coup palpable.

 

traduit de l'américain par E. Dupas

 

 

 

 


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29 mai 2012 2 29 /05 /mai /2012 09:08

 sexton-copie-1.jpg

 

Anne Sexton (1928-1974)

 

 

Ballade de la masturbatrice solitaire

 

La fin de la liaison est toujours la mort.

Elle est mon atelier. L'oeil glissant,

hors de la tribu de moi-même, mon souffle

découvre que tu es parti. J'horrifie

ceux qui se tiennent là. Je suis nourrie.

La nuit, seule, j'épouse le lit.

 

Doigt à doigt, elle est maintenant mienne.

Elle n'est pas trop loin. Elle est ma rencontre.

Je la bats comme une cloche. Je m'allonge

sous la tonnelle, là où tu la montais.

Tu m'empruntais sur le tapis de fleurs.

La nuit, seule, j'épouse le lit.

 

Prends par exemple cette nuit, mon amour,

où chacun des couples s'assemble

dans un retournement conjoint, au dessous, au dessus,

les deux abondants sur l'éponge ou la plume,

s'agenouillant et poussant, tête conter tête.

La nuit, seule, j'épouse le lit.

 

Je me libère de mon corps de cette manière,

d'un irritant miracle. Pourrais-je

mettre le marché du rêve à l'encan ?

Je suis étalée. Je crucifie.

Ma petite prune, comme tu le disais.

La nuit, seule, j'épouse le lit.

 

Alors, ma rivale aux yeux noirs vint. 

La dame de l'eau, se levant sur la plage,

un piano aux doigts, la honte

sur les lèvres et un discours de flûte.

Et à la place je devins le balai cagneux.

La nuit, seule, j'épouse le lit. 

 

Elle t'as pris comme les femmes prennent

une robe en solde au présentoir

et je me suis brisée comme une pierre.

Je rends tes livres et ton attirail de pêche.

Le journal du jour annonce que vous êtes mariés.

La nuit, seule, j'épouse le lit.

 

Les garçons et les filles ne font qu'un ce soir.

Ils déboutonnent les chemisiers. Ils ouvrent les braguettes.

Ils retirent leurs chaussures. Ils éteignent la lumière.

Les créatures luisantes sont pleines de mensonges.

Elles s'entre-dévorent. Elles sont gavées.

La nuit, seule, j'épouse le lit.  

 

 

traduit de l'américain par E. Dupas

 

 

 

 


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28 mai 2012 1 28 /05 /mai /2012 23:05

 edna-st-vincent-millay-portrait.jpg

 

Edna Saint Vincent Millay (1892-1950)

 

 

L'Amour n'est pas tout

 

L'Amour n'est pas tout : il n'est ni viande, ni boisson

ni sommeil ni toit qui protège de la pluie;

Il n'est pas même un espar flottant pour les hommes qui sombrent

et refont surface et sombrent et refont surface et sombrent à nouveau;

L'Amour ne peut remplir de souffle le poumon enflé

ni purger le sang, ni réparer l'os fracturé;

et cependant nombre d'hommes sympathisent avec la Mort,

au moment même où je parle, uniquement par manque d'Amour.

Il se pourrait bien que dans les temps difficiles, 

clouée au sol par la douleur et gémissante d'en être libérée,

ou tourmentée par la puissance du manque de résolution passé,

je puisse être amenée à vendre ton Amour pour l'apaisement,

ou faire commerce du souvenir de cette nuit pour manger.

Peut être bien. Je ne pense pas que je le ferais.

 

 

traduit de l'américain par E. Dupas

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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27 mai 2012 7 27 /05 /mai /2012 19:45

 jack-gilbert.jpg

 

Jack Gilbert (1925 -)

 

Pluie

 

Soudain, cette défaite.

Cette pluie.

Les bleus devenus gris

et les marrons devenus gris

et le jaune

une ambre terrible.

Ton corps chaud

dans les rues froides.

Dans n'importe quelle chambre

ton corps chaud.

Parmi tous les gens

ton absence

les gens qui ne sont jamais

toi.

 

J'ai été modéré avec les arbres

trop longtemps.

Trop familier avec les montagnes.

La Joie a été une habitude.

Et maintenant,

soudainement,

cette pluie.

 

traduit de l'anglais par E. Dupas


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26 mai 2012 6 26 /05 /mai /2012 23:32

bukowski1

 

Charles Bukowski (1920-1994)

 

 

Un sourire à garder en mémoire

 

Nous avions des poissons rouges, et ils tournaient en rond sans fin

dans le bocal sur la table, à côté des lourds rideaux 

couvrant la fenêtre panoramique et

ma mère, toujours souriante, qui voulait que 

nous fussions tous heureux, me disait : " Sois heureux, Henry!"

et elle avait raison : il vaut mieux être heureux si

on le peut

mais mon père continuait de la battre elle et moi plusieurs fois par semaine

en fulminant dans ses chaussures étroites parce qu'il 

ne pouvait pas comprendre ce qui l'attaquait de l'intérieur.

 

Ma mère, pauvre poisson,

qui voulait être heureuse, battue deux à trois fois par semaine,

et qui me disait d'être heureux : "Souris, Henry !"

Pourquoi tu ne souris jamais ?"

 

Et alors elle souriait, pour me montrer comment faire, et

c'était le sourire le plus triste que j'avais jamais vu

 

Un jour, les poissons rouges sont morts, tous les cinq,

ils flottaient à la surface,  sur le côté, leurs yeux encore béants,

et quand mon père est rentré à la maison il les a jeté au chat, 

là, sur le sol de la cuisine, et nous avons regardé ça pendant que ma mère

souriait


traduit de l'américain par E.Dupas

 

 

 

 

 

 

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26 mai 2012 6 26 /05 /mai /2012 22:29

 

 Sara_Teasdale.gif

Sarah Teasdale (18884-1933)

 

 

Je ne t'appartiens pas

 

Je ne t'appartiens pas, ni ne suis perdue en toi,

je ne suis pas perdue, bien que je sois avide 

de me perdre comme une bougie allumée au midi,

comme un flocon de neige dans la mer.  

 

Tu m'aimes, et je te trouve toujours

un esprit si bel et brillant,

cependant je demeure Moi-même, toujours avide

de me perdre comme une lumière dans la lumière.

 

Oh, plonge-moi profondément dans l'amour, défais

mes sens, laisse-moi sourde et aveugle,

balayée par la tempête de ton amour,

cierge sous une bourrasque.

 

 

traduit de l'américain par E. Dupas

 

 

 

 

 

 

 

 


 

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24 mai 2012 4 24 /05 /mai /2012 12:31

 sexton.jpg

 

Anne Sexton (1928-1974)

 

Après Auschwitz

 

La Colère,

aussi noire qu'un crochet,

me submerge.

Chaque jour,

chaque Nazi

a pris, à 8 heures du matin, un bébé

et l'a fait revenir dans sa casserole

pour le petit déjeuner.

 

Et la mort regarde  d'un oeil désinvolte

et se cure la saleté sous ses ongles.

 

L'Homme est malfaisant,

dis-je à voix haute.

L'Homme est une fleur

qui devrait être brûlée,

dis-je à voix haute.

L'Homme est un oiseau maculé de boue,

dis-je à voix haute.

 

Et la mort regarde d'un oeil désinvolte

et se gratte l'anus.

 

L'Homme avec ses petits orteils roses,

avec ses doigts miraculeux,

n'est pas un temple

mais un débarras,

dis-je à voix haute.

 

Qu'aucun homme ne lève jamais plus sa tasse de thé.

Qu'aucun homme n'écrive jamais plus un livre.

Qu'aucun homme ne mette jamais plus sa chaussure.

Qu'aucun homme ne lève jamais plus les yeux,

par une douce nuit de Juillet.

Jamais. Jamais. Jamais. Jamais. Jamais.

Je dis ces choses à voix haute.

 

J'implore le Seigneur de ne pas entendre.

 

 

traduit de l'américain par E. Dupas

 

 

 

 

 

 

 

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