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24 mai 2013 5 24 /05 /mai /2013 18:23

grajeda

 

Leo Zelada (1970-), poète péruvien

 

 

Chouette blanche

 

Le souffle du cyprès

m'apporte en cet instant

un calme rafraîchissant

cela fait longtemps que je ne me suis pas senti seul

sur le banc d'un parc.

 

Cela fait trop longtemps

que je ne sors pas le soir

imprègner mon corps

de l'éclat 

du soir

 

Oui

je me suis laissé aller

peu à peu habitué

à être un animal mélancolique

de la nuit

 

Je suis resté couvert de la lueur

maternante de la Lune

 

J'ai traversé la nuit

en demeurant pur comme

un glaçon

 

désormais tu possèdes

la sérénité de la chouette blanche

 

traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

 

 

 

 

 

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24 mai 2013 5 24 /05 /mai /2013 18:15

grajeda

 

Leo Zelada (1970-), poète péruvien

 

 

Homo No Sapiens

 

Hier, j'ai parlé trop et ne suis pas parvenu à soulager ma douleur.

Je hais les mots. Depuis que je suis loin de ma patrie j'ai commencé

à parler plus. Bien que je pense communiquer moins.

J'ai passé la plus grande partie de ma vie en silence et désormais

je m'étonne de mon inhabituelle loquacité. La lune me rappelle à mon exil.

Ma tragédie innommée. J'écris quand tous dorment. La nuit est mon amante.

Comme un hibou myope je sors par ces rues vides de sens...

Je me pose dans le coin d'un bar. J'observe le scénario avec netteté.

Des personnages qui émettent des sons étranges avec la bouche. 

Gestes faux et superficiels. Je ne me reconnais pas en eux. 

Je suis si loin de tous. Je préfère la solitude des avenues à la compagnie

de mes semblables.  Parfois, je ne me sens pas humain.

 

Traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

 


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24 mai 2013 5 24 /05 /mai /2013 18:09

grajeda

 

Leo Zelada (1970-), poète péruvien

 

 

La Cène

 

Debout dans un bar

 j'ai passé la soirée

à attendre qu'arrive

ma ration de pain et de fromage.

 

La tristesse brille sur les douze hommes et femmes

qui peuplent cette taverne.

le brouhaha masque

une peine immense.

 

Il est déjà tard, ici, à Madrid.

Solitaire entre les gens,

je commence le rituel quotidien de mon dîner.

 

 

Traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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24 mai 2013 5 24 /05 /mai /2013 08:32

grajeda

 

Leo Zelada (1970-), poète péruvien

 

Bar Bukowski

 

Je bois avec toi Charlie

entre un parterre de sciure

et des cancrelats bleus

devant toi

la lune se vêt de rouge

et ton coeur écarlate

rugit

Rock'n'roll

et poésie

être poète n'est pas une chose facile

qui se prend comme un verre de Smirnov

à l'orange

Vieux grincheux donne-moi

ton implacable fureur

et

détruis cette solitude qui m'accable

avec ton manteau d'acrimonie

dans cette nuit intense

 

traduit de l'espagnol par E.Dupas

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 


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24 mai 2013 5 24 /05 /mai /2013 08:26

 

grajeda

 

Leo Zelada (1970-), poète péruvien

 

 

Au delà du Léthé

 

Héraclite disait : "Ce qui est apparent est ce qui est réel"

et avec ce subtil argument

s'est contruite la réalité pour le monde

et le monde est devenu alors

faible transparence dans le lac.

La vapeur est le grondement qui résonne dans l'eau,

brouillard, fleuve qui n'altère pas l'âme immuable

ce qui est réel est la douleur

le silence pur que seuls les amants écoutent.

 

traduit de l'espagnol par E.Dupas

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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23 mai 2013 4 23 /05 /mai /2013 21:15

 

grajeda

 

Leo Zelada (1970 - ), poète péruvien

 

Poétique minimale

 

Je n'écris pas pour complaire aux gens.

Ni pour qu'ils me couvrent d'applaudissements.

Il ne s'agit pas non plus d'impressionner qui que ce soit parce que je fais de la poésie.

J'écris tous les jours. Mais pas pour moi-même.

Je crée plusieurs poèmes de nuit, et les détruis presque tous.

Parce que le poème, ce n'est pas seulement exprimer un sentiment vain.

C'est quelque chose de plus. Je n'aime pas écrire de grand poèmes néo-baroques.

Ni lire des poèmes emplis de jargon faux.

Je recherche la parole précise. La prose seule émet du bruit.

L'image m'approche du poème. Mon esthétique est le mystère de l'eau.

Je vise une poétique minimale. La poésie est un acte sacré.

 

Traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

 

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3 juin 2012 7 03 /06 /juin /2012 23:05

 

ceciliameireles

 

Cecilia Meireles (1901-1964), poétesse brésilienne

 

Motif

 

Je chante parce que l'instant existe

et ma vie est complète.

Je ne suis ni joyeux ni triste :

je suis un poète.

 

Frères des choses fugitives,

je ne sens ni joie ni tourments.

Je traverse nuits et jours

dans le vent.

 

Si je détruis ou si j'édifie,

si je persiste ou me défait,

-je ne sais, je ne sais.  Je ne sais si je reste

ou si je m'en vais.

 

Je sais que je chante. Et la chanson est tout.

L'aile rythmée a un sang éternel.

Je sais qu'un jour je serai muet :

- rien de plus.
 


traduit du brésilien par E. Dupas

 

 


 

 

 

 


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3 juin 2012 7 03 /06 /juin /2012 22:40

ceciliameireles

 

Cecilia Meireles (1901-1964), poétesse brésilienne

 

Guitare

 

Poignard d'argent tu étais,

un Poignard d'argent !

Ce ne fut pas toi qui rendit ma main insensée.

Je t'ai vu briller entre les pierres,

Poignard d'argent !

sur ton manche, des fleurs écloses,

sur ta lame, la longueur exacte,

exacte,

la longueur précise,

Poignard d'argent,

pour me transpercer le sein

avec une lettre et une date.

Ma plus grande peine,

Poignard d'argent, n'est pas de me voir mourir,

mais de savoir qui me tue.

 

 

traduit du brésilien par E. Dupas

 

 

 

 

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3 juin 2012 7 03 /06 /juin /2012 21:56

 

ceciliameireles.jpg

 

Cecilia Meireles (1901-1964), poétesse brésilienne

 

 

Portrait

 

Je n'avais pas pas ce visage d'aujourd'hui,

si calme, si triste, si maigre.

Ni ces yeux si vides, ni cette lèvre amère.

 

Je n'avais pas ces mains sans force,

si timides et froides et mortes.

 

Je n'avais pas ce coeur qui ne se montre pas.

Je ne me suis pas rendue compte de ce changement

si simple, si certaine, si facile.


Dans quel miroir ai-je perdu mon visage ?

 

 

traduit du portugais par E. Dupas

 

 


 

 

 

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1 juin 2012 5 01 /06 /juin /2012 10:12

 pedro shimose

 

Pedro Shimose (1940-), poète bolivien

 

 

Les caméléons envahissent les cathédrales

 

Ils conçoivent la vie comme une partie d'échecs.

L'existence est un calcul. Ils ne dorment pas; ils n'aiment pas.

Ils sont nés avec le coeur souillé, sans lueur dans le regard,

et ils vivent à l'affût, welcome mister, congratulations !

et ils vivent hantés par la couleur des circonstances.

 

Ils abondent en astuce, savent choisir le moment opportun,

les paroles adéquates, le ton qui convient, le geste précis,

ils flattent, mentent, se déprécient, étudient, apparaissent,

cherchent l'éclat des caméras, la stridence

le flash sourit flash pose flash

splendeur de l'éphèmère "okey" ! ils montent des échelles, vont sur les branches,

cherchent les paillettes de la renommée, lisent les rapports confidentiels,

 

sourient, s'habillent à la mode,

cherchent leurs noms dans les chroniques sociales,

courent, reniflent l'air, font les beaux pour les cadeaux,

écrivent dans les journaux, avancent, reculent, sourient,

sont discrets,

sollicitent des audiences, donnent des conseils, ajustent leur cible,

tirent, vont à la messe, sont comme les chats, saluent, donnent la main,

retombent toujours sur leurs pattes, parlent d'une voix claire, ehem, ils la posent, la modulent,

pensent deux, cent, mille fois, ne dorment pas, comme les hiboux, ils pensent,

ils vivent tapis dans la couleur, dans des cathédrales sombres et vides.

 

Sur leur chemin s'ouvrent les grandes portes du néant. 

 

 

traduit de l'espagnol par E. Dupas

 



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