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31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 14:14

 pedro shimose

 

Pedro Shimose (1940-), poète bolivien

 

 

Manifestation

 

Avec la rage dans le piment,

je sors mon condor sous le bras,

je traverse la rue une pierre à la main,

je chemine sous l'oeil d'un policier qui surveille ma faim,

je cherche l'oreille et l'oeil de la nuit,

je colle des affiches, je cours sur les places,

je crie avec une braise sur la langue,

je peins sur les murs : "Vive le Che"

on me balance de l'eau en tuyau d'arrosage,

je suis le feu

on me donne de l'éclair en fumée,

je suis la terre

on m'ouvre une blessure où qu'elle soit

je suis le peuple

on me persécute, on m'incarcère, on me torture.

 

Je chante ma liberté, je déplace des pavés,

je brise bois et cristaux, je chante,

je vais à la grève avec ma peur naturelle et une tasse de café chaud;

je vole à travers la ville, je déchire l'air, j'explose les vitrines,

je frappe les pages des journaux,

je renverse les portes, je vainc masques et massues,

je transperce les seuils de l'histoire,

je suis !!

 

traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

 


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23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 18:19

 220px-Mario Benedetti

Mario Benedetti (1920-2009), poète uruguayen


Bandoneón

 

ça me fait foutrement mal de l'avouer

mais la vie est aussi un bandonéon

il y a ceux qui soutiennent que c'est dieu qui en joue

mais moi je suis sûr que c'est Troilo

parce que dieu sait à peine jouer de la harpe

et mal d'ailleurs


n'importe qui en joue, ce qui est certain c'est 

que le bandonéon nous étire en un seul geste d'une pureté absolue

puis nous réduit peu à peu à presque rien

et bien sûr il nous arrache des aveux

des plaintes qui sont des clameurs

des vertèbres d'allégresse

des espoirs qui reviennent

comme les fils prodigues

ou plutôt comme les refrains


ça me fait foutrement mal de l'avouer

parce que ce qui est certain, c'est qu'aujourd'hui

ils ne sont pas légions ceux qui

veulent être tango

la tendance naturelle

est à la rumba, au mambo, au chachacha,

au merengue, au bolero ou peut être au casino

voire à la valsette ou aux milongas

 au pasodoble, jamais

mais quand Dieu ou Pichuco ou n'importe qui

prends entre ses mains le bandonéon de la vie

et lui suggère de pleurer ou de se réjouir

on ressent l'immense honneur d'être tango

et on le laisser chanter et il ne se souvient pas

qu'après le chant, l'attend

l'étui.

 

 

traduit de l'espagnol par E. Dupas


 

 

 

 

 

 

 

 

 

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22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 18:00

 

pedro shimose

 

Pedro Shimose (1940 - ), poète bolivien

 

Epigramme

 

Après avoir impressionné les jeunes filles avec notre ingéniosité,

après avoir brûlé des lyres, enterré des nuages et incendié des temples,

après avoir abattu les vaches sacrées et assassiné les Dieux,

après avoir écrit sans majuscules et sans signes de ponctuation;

 

après avoir dynamité les musées et dansé dans les cimetières;

après avoir couru la gloire et rêvé que nous coucherions avec elle,

après avoir lutté contre les dragons, les empires, les chimères;

après avoir gémi pour que l'on publie nos noms dans dans les journaux,

après nous être réunis au petit matin pour renverser les pyramides,

 

que nous reste-t-il ?

 

Une chaire à l'académie

et un chéquier.

 

 

traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

 



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22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 17:15

 

pedro-shimose.jpg

 

Pedro Shimose (1940- ), poète bolivien

 

 

Les Hyènes, toujours les hyènes

 

Elles cherchent ton perroquet, un chéquier, un discours.

Elles exhument ton uniforme, le décrochent du placard,

photographient tes os et analysent tes cendres;

elles cherchent un hélicoptère aux câbles carbonisés,

avec les sangliers cachés dans tes bottes, avec les vautours

et les pétunias fleuries sur tes épaulettes.

Elles fouillent dans tes papillons, examinent tes radiographies,

remuent ton basilic, ton crâne et tes médailles;

elles secouent ton chapeau, tes chaussettes, à la recherche d'un poème,

cherchent une fusée et un parachute avec des nuages et des averses.

 

Elles dressent la liste des casernes, nettoient les chiottes,

fouillent les parcs zoologiques en quête d'une épée.

Déplacent les pichets de chicha, refont les généalogies,

Dieu les élève et tu les rassembles, tu les réunis, et elles complotent

en congrès célestes, elles conspirent,

et elles emplissent la cathédale, impriment des manifestes contre le rêve.

 

Cela n'a pas suffi.

Les cacatoèes louent tes vertus de leurs violes paranoïaques.

Ceux que tu aimes se souviennent de toi montant vers des nuages d'amour et de marguerites.

Les journaux se délectent les narines avec tes mouchoirs sales;

ils supplient que tu reviennes : Où es-tu; toi le porteur de la paix,

le régisseur de l'ordre, le patriote vertueux ?

les hyènes implorent le ciel que tu reviennes de l'enfer;

les gorilles implorent le ciel que tu reviennes de l'enfer;

les corbeaux implorent le ciel que tu reviennes de l'enfer;

car ta mort n'a pas suffi. 

 

Elles te cherchent sous les lentes,  dans les alcôves et les suppositoires.

Elles profanent les tombes, brisent les miroirs, donnent des coups de pieds aux portes,

déchirent les rideaux, arrachent les tapis, saccagent les monastères,

dérobent tes galons, elles cherchent ton perroquet, un chéquier, un discours...

 

 

traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

 

 

 

 

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15 mai 2012 2 15 /05 /mai /2012 23:30

JOSE-MARIA-EGUREN.JPG

 

José Maria Eguren (1876-1942), poète péruvien

 

 

Marche funèbre d'une Marionnette

 

Le cor de l'infante résonne avec une mélodie aigüe...

La farandole est arrivée jusqu'à la reine Fantaisie;

et dans les lueurs automnales apparaît en deuil

le carosse endeuillé.

 

Passent alors, en sourdine, pèlerins et laquais,

et, revêtus de carapaces, les chevaux acéphales;

ils vont dans une bleue mélancolie pour

la poupée. Ne faites pas de bruit !

On dirait, on dirait,

que la pauvre s'est endormie.

Viennent les courtisans bourguignons bouffis et droits

suivis d'arlequins aux pantalons étroits.

Déjà monotone en sa couchette

va la reine de bois;

et Pâquette se sent une envie de rire et  danser;

 

comme flottait brève la cadence du chagrin et de la nostalgie,

le fifre champêtre a sifflé avec les airs de la danse.


Pauvre, pauvre marionnette qu'on mène à la tombe !

avec une poésie silencieuse

s'avance un grotesque Roi de Hongrie

escorté de ses dogues;

 

Ainsi progresse toute la meute,

flanquée des vieux courtisans. 

Et, tristes, au loin,

les joies de l'enfance s'enfuient,

les amours naissantes, qui ne devaient jamais durer.

Malheureuse poupée qu'on mène au tombeau !

 

Mélancolique le zortziko se prolonge dans la matinée,

la pénombre se diffuse par monts et plaines,

et la Marionnette délicieuse arrive à la sépulture prématurée.

 

Sur le sentier hurle le loup 

quand gémit le mélodieux bouffon désemparé. 

 

Le cor de l'enfance a tremblé avec une mélodie aigüe,

la joie à peine née arrive désormais à la tombe

avec une funeste poésie,

et Pâquette danse et pleure...


traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

 

 

 


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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 22:45

jorge teillier

 

Jorge Teillier (1935-1996), poète chilien

 

 

Adieu au Führer

 

Adieu au Führer, adieu à tout Führer

passé ou à venir.

Adieu à tout Führer véritable ou faux,

bonne nuit, lui dis-je, bonne nuit 

avec une intime tristesse réactionnaire.

 

Adieu au Führer qui engloutissait des tourtes de la forêt noire

pendant que ses tanks avalaient les routes d'Europe.

Adieu à tout Führer qui aime Wagner ou la Giovinezza

qu'il soit rasé de frais, barbu ou moustachu.

 

Adieu au Führer qui en sous-marin fuya à Buenos Aires 

après avoir tué Eva et Blondi, son chien fidèle.

Depuis les glaces je l'entends appeller Miguel Serrano

mais ni par la mer ni par la terre ils ne pourront le rencontrer.

Adieu à tout Führer qui nous ordonne de nous enterrer avec lui

après avoir contemplé comment brûlent les ruines de son Empire,

et ne laisse personne dormir tranquille entretemps

bien que nous n'ayons ni violé, ni volé, ni assassiné.

 

Adieu à tout Führer qui oblige les poètes

à censurer leurs manuscrits ou à les tenir en secret

sous peine de les envoyer à son île ou son archipel

ou à couper de la canne à sucre sous le soleil de l'Utopie.

 

Adieu au Führer de l'Antipoésie

bien que parfois il prêche mieux que le Christ d'Elqui.

Il vaut mieux n'enseigner aucun dogme à personne, même écologique,

quand on ne peut même plus partir vers Chillan à bicyclette.

 

Adieu à Chico Molina, cruel Führer de la Gallardo

où il écrivit le Loup des Steppes avant Herman Hesse,

bien que Notre Seigneur Jésus Christ mourut pour lui selon les mots d'Anguita,

et adieu à ceux qui veulent qu'on leur quand on ne les aime pas.

 

Adieu à tout Führer à qui il importe peu de perdre quarante ou quarante mille hommes

à condition d'envahir des îles peuplées de moutons,

et après la déroute se féliciter dans la jubilation générale

d'entendre le Silence dans la nuit où tout était déjà calme.

 

Adieu à celui qui, un temps, fut notre secret Führer

et nous recommandait l'abstinence une flasque de whisky dans la main,

et qui avec mépris abandonna son Bunker face à la colline

pour conquérir le Vénézuéla comme ses ancêtres.

 

Adieu au voyou qui prétendait être Martin Bormann :

Enrique Lafourcade, comte de la Fourchette.

On le verra promener un chiot ridicule

incapable d'atteindre même le Parc Forestier.

 

Le verront se nourrir, fantôme rubicond,

de pâles et fragiles colombes nocturnes.

Elles le verront visiter les patelins les plus perdus

cherchant à signer des autographes à des maires et des écoles maternelles.

 

Elles le verront sangloter en pensant à ses Dieux sans diète

avec des pieds de porc au restaurant "Los Buenos Muchachos".

Elles Le verront verser une furtive et valétudinaire larme

tandis qu'il chante "Yo Soy El Rey" en se prenant pour Pedro Vargas.

 

Et il n'y aura personne dans la Génération de 50

pour entonner en choeur "J'avais un camarade".

Adieu à tout Führer qui nous mena la vie dure avec son bâton

et des cordes

en croyant que comme lui nous sommes à peine sensibles.

Et bonne nuit, les amis, bonne nuit,

jusqu'à ce qu'un jour nous nous rencontrions de nouveau

à l'heure superbe et folle des squelettes.

 

traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

 

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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 21:59

 

jorge-teillier.jpg

 

Jorge Teillier (1935 - 1996), poète chilien

 

 

Pluie Immobile

 

Peu importe que tu m'aies coupé sept épis

j'ai déjà brisé tous les miroirs

j'ai fermé toutes les fenêtres

et je suis condamné à demeurer

immobile dans ce village

où entre la pluie et la vie il faut choisir la pluie

où l'Hôtel a été baptisé Hôtel de la Pluie

où les élytres argentées de la Télévision

luisent sur des toits fanés.

 

Tu me dis que tout peut se récupérer

et que mon visage apparaîtra

dans une rivière que j'ai oublié

et qu'il y a un chemin pour arriver à une nouvelle maison

qui grandit quelque part dans le monde

où nous attend un enfant orphelin

qui ne savait pas que nous étions ses parents.

 

Mais l'on m'a dit que c'est la pluie qui choisit

et mon nouveau nom lui appartient

un nouveau nom qu'aucune main ne peut effacer

sinon celle de celui qui me connait plus que moi même

et remplace mon visage par un visage ennemi.

 

traduit de l'espagnol par E. Dupas


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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 17:47

 

ricardo castillo

 

Ricardo Castillo (1954- ), poète mexicain

 

Ode à l'urgence


L'urination est le plus grand accomplissent du génie civil
du moins pour ce qui concerne le drainage.
De plus, uriner est un plaisir.

 
Qu'y a t-il à dire ? On verse une goutte
en saluant amour et amis,
chacun se répand longuement dans la gorge du monde,

pour se souvenir qu'à l'intérieur nous sommes chauds, et pour rester
dans le ton.
Tout cela est important
maintenant que le monde émet des signals de désatre imminent,
et pousse des hoquets d'intoxication.

 Parce qu'il est vital, pour le pur amour de la vie, d'uriner
 

sur les services en argent,

sur les sièges des voitures de sport,
dans les piscines illuminées,

 
qui valent aisément 15 ou 16 fois plus que leurs propriétaires.

 D'uriner jusqu'à ce que nos gorges brûlent,
 

jusqu'à la dernière goutte de sang.
 

D'uriner sur ceux qui voient la vie comme une valse,
d'hurler sur eux, Vive le Cumbia, señores,
Que tout le monde tortille des fesses,
jusqu'à ce que nous secouions enfin notre mystère
et le putain d'amour malfoutu d'en souffrir.

Et vive le jarabe zapeteado, aussi,
parce que la réalité est dans le dos et la droite,
là où l'on va sans porter de smoking.

(Personne ne s'est encore débarassé de la tuberculose en frappant son sein).

Je pisse sur la mangeoire de la vie,
je veux être le plus grand pisseur de l'histoire,
Oh Maman, pour l'amour de Dieu,

le plus grand pisseur de l'histoire.

 

 

traduit de l'adaptation anglaise de Robert. L. Jones par E.Dupas

 

 

 


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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 16:41

ricardo_castillo.jpg

 

Ricardo Castillo (1954 -), poète mexicain

 

 

Poupée Lili Lédy

 

Je t'attends comme on attend le jour de paie.

Je t'attends et tu ne viens pas,

comme si tu avais ces mêmes hanches en réalité,

ces mêmes hanches que je veux chevaucher avec mon attelage,

mais toi, comme la réalité, tu te crois très décente,

tu crois que la vie ce n'est qu'affaire d'avocats

et d'entrepreneurs,

qu'un Junior d'entreprise en est la plus haute expression.

Ah, fausse tête de putain de la section des affaires sociales,

Ah ! Fille de chienne,

un jour je te dénuderai.


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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 14:47

OliverioGirondo.jpg

 

Oliverio Girondo (1891 -1967), poète argentin

 

 

Poème 12  (les amants)

 

 

Ils se regardent, ils se présentent, ils se désirent
ils se caressent, ils s'embrassent, ils se dénudent,
ils se respirent, ils s'assoupissent, ils s'hument,
ils se pénétrent, ils se sucent, ils se défigurent,
ils s'endorment, ils se réveillent, ils s'illuminent,
ils se convoitent, ils se palpent, ils se fascinent,
ils se mâchent, ils se goûtent, ils se bavent,
ils se confondent, ils s'accouplent, ils se désintègrent,
ils se léthargisent, ils décèdent, ils se réintègrent,
ils se distendent, ils s'écarquillent, ils se remuent,
ils se retordent, ils s'étirent, ils se chauffent,
ils s'étranglent, ils se serrent, ils se secouent,
ils se jaugent, ils se joignent, ils s'évanouissent,
ils se repoussent, ils s'énèrvent, ils se donnent envie,
ils se saisissent, ils s'enlaçent, ils s'entrechoquent,
ils se tapissent, ils se prennent, ils se disloquent,
ils se perforent, ils s'insrustent, ils se criblent,
ils se rivent, ils se greffent, ils se vissent,
ils s'affaiblissent, ils revivent, ils resplendissent,
ils se contemplent, ils s'enflamment, deviennent fous,
ils fondent, ils se soudent,  ils se calcinent,
ils se déchirent, ils se mordent, ils s'assassinent,
ils ressuscitent, ils se cherchent, ils se narguent,
Ils se fuient, ils s'évadent, et ils se rendent.

 

 

traduit de l'espagnol par E.Dupas

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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