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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 13:24

 

gelman-juan.jpg

 

Juan Gelman ( 1930 - ), poète argentin

 

 

 

Prière d'un Désoeuvré

 


Père,
descends des cieux, j'ai oublié
les prières que la grand mère m'a enseigné,
la pauvre, elle repose en paix à présent,
elle n'a plus à laver, nettoyer, elle n'a
plus à se tracasser toute la journée à propos de vêtements,
elle n'a plus à veiller la nuit, de peine en peine,
à prier, à t'implorer des choses, à regimber doucement.

Descends des cieux; si tu y es, alors oui descends,

 

car je me meurs de faim dans mon recoin,
car je ne sais pas de quoi sert que je sois né,
car je vois mes mains rejetées,
je n'ai pas de travail, je n'ai rien,
       baisse toi un peu de là haut, et contemple
ce que je suis, cette chaussure déchirée,
cette angoisse, cet estomac vide,
cette ville sans pain pour mes dents, la fièvre
qui me vrille la chair,
        ce sommeil de fortune,
là sous la pluie, châtié par le froid, persécuté,
je te dis que je ne comprends pas, Père, penche-toi,
touche moi l'âme, regarde moi
le coeur,
je n'ai pas volé, je n'ai pas assassiné, j'ai été enfant
et en retour on m'a frappé et on m'a frappé,
je te dis que je ne comprends pas, Père, penche-toi,
si tu es là haut, car je cherche
la résignation en moi et je n'ai rien et je vais
me raccrocher à la rage et je vais l'aiguiser
pour frapper et je vais
hurler jusqu'à ce que le sang me vienne au cou
parce que je n'en puis plus, j'ai des reins
et je suis un homme,
    descends, Père,
 qu'est il advenu de ta créature,
      ?
   Un animal enragé
qui mastique le pavé de la rue ?

 

 

 

traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 16:00

grajeda

 

Leo Zelada (1970 - ), poète péruvien

 

Koan de l'illumination

 

 -Maître, qu'est ce que la sagesse ?
 -La non interrogation

 -Maître, qu'est ce que le renoncement ?
 - Contempler les étoiles sans yeux

 -Maître, qu'est ce que l'Illumination ?
 -Rester sans bras et toucher la nuit

-Maître, comment atteindre à la sagesse ?
-Brûle le papier, la plume et la canne


- Pourquoi doit on faire cela ?
- Sens sur ton visage l'hiver.

 

traduit de l'espagnol par E.Dupas

 


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2 mai 2012 3 02 /05 /mai /2012 23:22

miguel-arteche-grande.jpg

 

Miguel Arteche (1926 - ), poète chilien


 

 

Il y a des hommes qui ne partiront jamais

 

 

Il y a des hommes qui ne partiront jamais,
et si l'on croise bien leur regard,
alors on se souvient de leurs yeux de nombreuses années après
être parti.

Ils peuvent être éloignés,
apparaître à minuit
(s'ils sont morts)
et faire semblant qu'ils vivent encore.
Mais toujours, on se rend compte,
avec la désolation de leur absence,
qu'ils n'ont pas vécu en vain,
et que leur espérance
est la seule espérance digne d'être vécue.

Et les hommes qui ne partiront jamais
ne figurent pas dans les journaux,
on ne parle pas d'eux à la radio,
leur image ne gesticule pas à la télévision :
ils ne sont pas d'importantes gens,
n'évoluent pas dans les hautes sphères.
.... Ils sont ceux
qui ont accepté la souffrance
et l'ont faite leur pour le salut d'autres hommes
sans dire un seul mot :
mais ils ont gardé ouverts, bien ouverts leurs yeux
pour que jamais on ne les oublie quand ils sont partis.

 

 

 

traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

 

 

 

 

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2 mai 2012 3 02 /05 /mai /2012 21:53

 

JOAQUIN.JPG

 

 

Joaqin Pasos (1914-1947), poète nicaraguayen

 

 

Les Vieux Indiens

 

 

Les vieux, les très vieux hommes sont assis,
aux côtés de leurs chèvres, de leurs petits animaux domestiques.
Les vieux hommes sont assis auprès d'une rivière
qui toujours coule lentement.


Devant eux l'air interrompt sa marche,
le vent passe, en les contemplant,
et les effleure avec prudence
pour ne pas déranger leurs coeurs de cendre.

Les vieux hommes sortent au champ leurs péchés,
et ceci est leur unique labeur.
Ils les laissent en liberté pendant le jour, passent la journée à l'oublier,
et au soir sortent leur remettre leurs laisses
pour dormir en se réchauffant tout contre eux.

 

 

traduit de l'espagnol par E.Dupas

 

 

 

 

 

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22 avril 2012 7 22 /04 /avril /2012 19:46

debravo 250

 

Jorge Debravo (1938-1967), poète costaricien

 

Nuit sans patrie

 

Je ne veux pas d'un couteau dans les mains de la patrie.

Ni aucun couteau ni aucun fusil pour personne :

la terre est pour tous,

comme l'air.

 

J'aimerais avoir des mains énormes,

violentes et sauvages,

pour arracher les frontières une à une

et ne laisser pour toute frontière que l'air.

 

Que personne n'ait une terre

comme on porterait un costume :

que tous aient la terre

comme l'air est à tous.

 

Je prendrais les guerres par la pointe

et n'en laisserais pas une dans le paysage

et j'ouvrirais la terre pour tous

comme si elle était l'air...

 

Car l'air n'est à personne, personne, personne...

Et tout le monde a sa parcelle d'air.

 

traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

 


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22 avril 2012 7 22 /04 /avril /2012 19:24

 

debravo 250

 

Jorge Debravo (1938-1967), poète costaricien

 

 

Cette Amère Chanson

 

Je souffre tellement qu'il m'arrive de ne plus savoir

si je souffre pour moi ou pour le travailleur.

La souffrance naît, simplement.

Elle est pareille à un arbre aveugle.

 

Je ne la cherche, ni ne l'appelle, ni ne l'attends.

Elle surgit quand elle le veut.

Elle est comme une éclaboussure d'alcool, comme une

épingle d'oreiller.

 

Elle est amère et sanglante à minuit

et parfois - sans autorisation - sur les trottoirs.

Elle resserre ma chemise jusqu'à m'asphyxier.

Elle irrigue mes veines d'acides mauvais.

 

Et pourtant, frères, quand elle me manque

c'est comme si ma chair était vide.

Comme si ne courait plus le jus de mon sang.

Comme si par petits jets, la vie, rouge, s'était enfuie de moi.

 

 

traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

 

 


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22 avril 2012 7 22 /04 /avril /2012 18:46

 

debravo_250.jpg

 

Jorge Debravo (1938-1967),  poète costaricien

 

Homme

 

Je suis homme, je suis né,

j'ai peau et espérance.

 

J'exige, par conséquent,

 

que l'on me laisse en faire usage.

 

Je ne suis pas Dieu : je suis un homme

(comme on dirait : une algue).

Mais j'exige de la chaleur dans mes racines,

un repas dans mes entrailles.

Je ne demande pas d'éternités

remplies d'étoiles blanches.

Je demande tendresse, dîner,

silence, pain, maison...

 

Je suis homme, c'est à dire,

un animal pourvu de mots.

Et j'exige, par conséquent,

que l'on me laisse en faire usage.

 

 

traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

 

 

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1 avril 2012 7 01 /04 /avril /2012 14:59

unicanor.jpeg

 

Nicanor Parra (1914-), (anti)poète chilien

 

 

L'Homme imaginaire

 

L'homme imaginaire

vit dans un manoir imaginaire

environné d'arbres imaginaires

au bord d'un fleuve imaginaire

 

Sur les  murs qui sont imaginaires

de vieux tableaux imaginaires sont accrochés

d'irréparables fissures imaginaires

qui représentent des faits imaginaires

survenus dans des mondes imaginaires

en des temps et des lieux imaginaires

 

Toutes les après-midis imaginaires

il gravit les escaliers imaginaires

et se poste au balcon imaginaire

pour contempler le paysage imaginaire

qui consiste en une vallée imaginaire

entourée de collines imaginaires

 

des ombres imaginaires

viennent par le chemin imaginaire

entonnant des chansons imaginaires

à la mort du soleil imaginaire

 

et lors des nuits de lune imaginaire

il rêve de la femme imaginaire

qui lui a accordé son amour imaginaire

et il ressent de nouvea cette même douleur

ce même plaisir imaginaire

et de nouveau palpite

le coeur de l'homme imaginaire

 

traduit de l'espagnol par E.Dupas

 

 

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28 mars 2012 3 28 /03 /mars /2012 13:13

 

lina

 

Lina Zeron (1959-), poétesse mexicaine

 

Ma Parole

 

Je crois en Tonacatecuhtli Père de tous les dieux,

de Quetzalcóatl et de Huitzilopochtli

qui créerent le feu

et le demi soleil pour qu'un astre si démesuré 

ne puisse pas nous aveugler.

Je crois en eux qui fondèrent Uxumuco et Cipastonal; 

à la dualité entre lui, laboureur de la terre primitive, 

et elle, tisseuse et fileuse de notre destin.

Je crois aux macehualtin qu'ils mirent au monde,

aux hommes qui cultivèrent le maïs

pour le donner aux femmes 

et les sorcières existaient,

qui pouvaient guérir

et deviner notre incertain futur

divisé en dix-huit mois de vingt jours.

Je crois en Mictlantecuhtli et Mictecacíhuatl, 

mari et femme,

dieux du monde souterrain,

dualité équilibrant l'univers aztèque.

Je crois en Cipactly, 

caïman dont la terre fut extraite par eux.

Mythes et poésie sont témoins

de la dualité, le principe essentiel 

de notre monde mexicain.

Aux dieux qui tissèrent mes racines dans l'eau,

aux agriculteurs qui furent mon origine,

au maïs qui alimenta la première course,

j'ai donné ma parole.

 

 

traduit de l'espagnol par E.Dupas

 

 

 

 

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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 22:15

 

 chocano-2.jpg

 

José Santos Chocano (1975-1935), poète péruvien

 

 

Qui Sait

 

Toi l'Indien qui apparait à la porte

de ta maison rustique :

N'as-tu pas d'eau pour ma soif ?

Une couverture pour le froid qui me mord ?

un maigre épi de maïs pour ma faim,

et pour mon rêve, un recoin sombre ?

Une brève quiétude pour mon errance ?

 

-Qui sait, monsieur !

 

Toi l'Indien qui laboure péniblement

les terres d'un autre maître  :

Ignores-tu qu'elles devraient être tiennes

pour ton sang et ta sueur ?

Ignores-tu que l'audace cupide

des siècles passés te les a volé ?

Ignores-tu que tu que c'est toi le propriétaire ?

 

-Qui sait, monsieur !

 

Toi l'Indien au front taciturne

et aux pupilles éclatantes :

quelle pensée se cache 

derrière ton énigmatique expression ?

Que cherches-tu dans ta vie ?

Qu'implores-tu de tes dieux ?

A quoi rêve ton silence ?

 

-Qui sait, monsieur !

 

Oh, race antique et mystérieuse

au coeur impénétrable,

qui voit l'allégresse sans joie

et  la douleur sans souffrir :

tu es auguste comme les Andes,

le grand Océan et le Soleil !

Et ton attitude qui semble

celle de la vile résignation

est d'une sagesse d'indifférence

d'une fierté sans rancoeur...

 

Ton sang coule dans mes veines

et, si mon Dieu m'interrogeait

 sur ce que je préfère,

-la croix ou le laurier, l'épine ou la fleur,

le baiser qui apaise mes soupirs

ou le fiel qui emplit ma chanson -

de par ce sang, je lui répondrais avec ces mots :

 

-Qui sait, monsieur !

 

 

traduit de l'espagnol par E.Dupas

 

 


 

 

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