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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 19:15

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Lina Zeron (1969 - ), poétesse mexicaine

 

 

Courtisane

 

Je suis la femme qui dort dans la cage avec les lions

au coucher de soleil.

De leur viande crue comme de leurs gueules nauséabondes

je léche les recoins les plus humiliants

et sans se soucier de moi

ils testent mon sang tous les mois.

 

J'ai laissé là mon indignation pour plus de commodité,

je me fais douce pour une rétribution,

j'ouvre mes positions

pour obtenir des prodiges adultes,

une meilleure paie.

 

Chaque nuit j'allonge et je réchauffe

au soleil de mon lit des corps effilochés.

Parfois j'implore de la tendresse depuis le fond de mon âme,

depuis le fin fond de ma cage

remplie de vides incommensurables,

mais ils n'écoutent pas.

 

Le monde me méprise,

moi je l'ignore.

Je vis pour nourrir les bêtes

avec ma chair,

je suis libre de m'envoler si je le veux,

de m'échapper,

mais je ne n'ai plus nulle part où aller...

J'appartiens à cette cage.

 

traduit de l'espagnol par E.Dupas

 

 


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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 18:53

 

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Marilina Rebora (1919-1999),  poètesse argentine

 

 

Mer de Verre

 

                     "Et devant le trône, il y avait une mer de verre semblable à du cristal..."

                                            Apocalypse (4;2,6)

                       "Et je vis comme une mer de verre, mêlée de feu..."

                                                Apocalyspe 15:2-4

 

 Tu as dit "Mer de verre", Seigneur, et c'est là ce que je désire;

 une mer qui te reflète dans toute ta grandeur,

 au dessus de laquelle toi, la lumière, l'étoile- tu marches

 pour voir, translucide, la tristesse du monde.

 

 Tu as dit mer de verre, un cristal sans biseau

 ni fissures, d'une seule et unique pièce;

 et dont la surface reproduit fidèlement l'image

 de l'heureux qui rit ou de celui qui étouffe un sanglot.

 

 Et cette mer, Seigneur, à laquelle tu te rèfères,

 aura t-elle, pareille à la nôtre, des sables, des coquillages ?

 Ondoiera-t-elle en vagues, si tel est ton bon vouloir ?

 

 

Traduit de l'espagnol par E.Dupas    


 

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11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 01:07

 

borges

 

Jorge Luis Borges (1899-1986)

 

Les Choses (1)

 

Le bâton, les pièces de monnaie, le porte-clés,

la serrure docile, les lettres tardives

qui ne seront pas lues dans le peu de jours

qu'il me reste, les cartes de jeu et le tableau,

 

un livre, et, entre ses pages, la violette

flêtrie, monument d'un soir

sans doute inoubliable mais déjà oublié,

le rouge miroir occidental dans lequel 

 

une illusoire aurore brille. Oh, combien de choses,

plaques, seuils, atlas, tasses, épingles,

nous servent d'esclaves tacites,

 

aveugles et si étrangement discrets !

Elles dureront au delà de notre oubli;

elles ne sauront jamais que nous sommes partis.

 

Traduit de l'espagnol par E. Dupas

 


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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 19:43

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Maria Mercedes Carranza (1945 - 2003), poètesse colombienne

 

Les Mots en trop

 

Par perfidie, j'ai décidé en ce jour,

mardi 24 juin,

d'assassiner quelques mots.

L'Amitié est condamnée au bûcher, pour hérésie;

la potence convient à l'Amour, pour illisibilité;

et la vile garrotte ne serait pas mal

pour l'apostasie de la Solidarité;

la guillotine, comme l'éclair, doit frapper la Fraternité;

la Liberté mourra lentement et avec douleur,

la torture est son destin;

L'Egalité mérite la pendaison

pour s'être prostituée dans les pires bordels:

l'Espoir est déjà mort:

la Foi subira la chambre à gaz;

le supplice de Tantale,  inhumain,

est réservé au mot Dieu.

Je fusillerai sans pitié la Civilisation

pour acte de barbarie;

Le Bonheur boira la cigüe.

Reste le mot "Je".

Pour celui là, si triste, pour son atroce solitude,

je décrète la pire des peines :

il vivra avec moi jusqu'à la fin.

 

 

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6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 14:29

ruben_bonifaz.jpg

 

Rubén Bonifaz Nuño (1927-), poète mexicain

 

"Qu'il serait facile pour cette mouche"

 

Qu'il serait facile pour cette mouche,

avec cinq centimètres de vol

raisonnable, de trouver la sortie.

 

Je pouvais la percervoir depuis un moment,

quand m'a distrait le vrombissement

de son vol pénible.

Depuis lors je la regarde,

et elle ne fait rien d'autre que s'aplatir

les yeux, de tout son poids,

contre le dur verre qu'elle ne comprend pas.

En vain je lui ai ouvert la fenêtre

et j'ai tenté de la guider avec la main;

elle ne le sait pas, elle continue de combattre

l'air immobile, impénétrable.

 

Presque avec plaisir, j'ai senti

que je suis en train de mourir; que mes affaires

ne marchent pas bien, mais marchent tout de même;

et qu'en fin de compte, elles doivent s'oublier.

Mais alors, j'ai voulu sortir de tout,

m'extraire de tout, voir, me connaître,

et je n'ai rien pu; et j'ai posé 

le front sur le verre de ma fenêtre.

 

 

Traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

 


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6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 11:19

torresbodet.jpg

 

Jaimes Torre Bodet (1902-1974), poète mexicain

 

Dédale

 

Enterré vivant

dans un infini

dédale de miroirs,

je m'entends, je me suis,

je me cherche sur le lisse

mur du silence.

 

Mais je ne me trouve pas.

 

Je palpe, j'écoute, je regarde.

Par tous les échos de

ce labyrinthe,

un accent mien

prétend arriver à mon ouïe.

 

Mais je ne l'entends pas.

 

Quelqu"un est pris 

ici, dans cette froide

et lucide enceinte,

ce dédale de miroirs...

Quelqu'un, que j'imite.

S'il s'en va, je m'éloigne.

S'il revient, je reviens.

S'il dort, je rêve.

"Est-ce toi ? me dit-il...

 

Mais je ne réponds pas.

 

Poursuivi, blessé

par le même accent

- dont je ne sais s'il est le mien-

contre le même écho

du même souvenir

dans cet infini

dédale de miroirs

enterré vivant.

 

Traduit de l'espagnol par E. Dupas


 

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6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 10:37

 

rubennavarro.JPG

 

Ruben C. Navarro (1894-1958), poète mexicain

 

Tour d'Ivoire

 

J'ai perdu ton amour et ta beauté,

l'enchantement juvénil a passé,

et je suis resté avec ma tristesse

dans cette Tour d'Ivoire.

 

Deux lions gardent le pont

depuis son haut piédestal

et la facade six dragons

et un serpent colossal...

 

Avec la tempérance des vieux

moines ascétiques, je vis loin

du mondain et du vil,

 

sans plus de signe de noblesse

que mon drapeau de tristesse

sur ma Tour d'Ivoire...

 

 

Traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

 


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6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 00:45

220px-Mario Benedetti

 

Mario Benedetti (1920-2009)

 

Ciao Numéro trois

 

Je te laisse avec ta vie

ton travail

tes gens

avec tes couchers de soleil

et tes levers

semant ta confiance

je te laisse à côté du monde à vaincre l'impossible

assurée sans assurance

je te laisse te déchiffrer  face à la mer

seule, sans ma question,

aveugle, sans ma réponse brisée

je te laisse sans mes doutes pauvres et déshérités

sans mes immaturités

sans mon ancienneté

mais ne va pas croire aveuglement tout cela

ne crois pas ne crois jamais à ce faux abandon

je serai où tu t'y attendras le moins

par exemple sur un vieil arbre

d'obscurs hochements

je serai dans un lointain horizon

sans heures dans le sillage du toucher

dans ton ombre et mon ombre

je serai réparti en quatre ou cinq gamins

de ceux que tu regardes 

et qui te suivent

et peut être alors pourrai-je être de ton rêve

sur le réseau attendant tes yeux

et te regardant.

 

Traduit de l'espagnol par E. Dupas

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6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 00:20

220px-Mario_Benedetti-copie-1.jpg

 

Mario Benedetti (1920-2009)

 

Ne te sauves pas

 

Ne reste pas immobile

au bord du chemin

ne fige pas la joie

ne désire pas à contrecoeur

ne te sauve pas maintenant

ni jamais

ne te sauve pas

ne t'emplis pas de calme

ne retiens pas du monde

qu'un seul coin tranquille

ne laisses pas tomber les paupières

pesantes comme des jugements

 

ne reste pas sans lèvres

ne t'endors pas sans rêve

ne te penses pas sans sang

ne te juge pas sans temps

mais si

en dépit de tout

tu ne peux l'éviter

et tu figes la joie

et désires à contrecoeur

et te sauves maintenant

et t'emplis de calme

et ne retiens du monde

qu'un coin tranquille

et laisses tomber les paupières

pesantes comme des jugements

et sèches tes lèvres

et t'endors sans rêve

et te penses sans sang

et te juges sans temps

et restes immobile

au bord du chemin

et te sauves

alors

ne restes pas avec moi.

 

 

Traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

 

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6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 00:00

220px-Mario Benedetti

 

Mario Benedetti (1920-2009), poète uruguayen

 

 

REVEILLES TOI AMOUR

 

Bonjour buon giorno guten morgen

réveille-toi amour et prends note

uniquement dans le tiers monde

quarante mille enfants meurent par jour

dans le placide ciel dégagé

flottent les bombardiers et les

vautours

quatre millions d'êtres ont le sida

la cupidité dépouille l'Amazonie

 

buenos dias good morning

réveille toi

sur les ordinateurs de la grand mère

ONU

on ne peut plus mettre plus de cadavres du 

Rwanda

les fondamentalistes décapitent des

étrangers

le pape prêche contre

les préservatifs 

Havelange strangule Maradona

 

bonjour monsieur le maire

forza italia buon giorno

guten morgen ernst junger

opus dei buenos dias

good morning hiroshima

 

réveille toi amour

l'horreur se lève

 

traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

 

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