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17 février 2012 5 17 /02 /février /2012 14:41

 

julia-de-burgos

 

 

Julia de Burgos (1914-1953)

 


A Julia de Burgos

 

 

 

 

 

Déjà, les gens murmurent que je suis ton ennemie,
parce qu'ils disent que dans mes vers je donne ton Je au monde.
Ils mentent, Julia de Burgos. Ils mentent, Julia de Burgos.


Ce qui s'élève dans mes vers n'est pas ta voix : c'est ma voix,
parce que tu es le vêtement et que je suis moi l'essence; et le plus
profond abîme se tient entre les deux.
Tu es une froide poupée du mensonge social,
et moi, la virile étincelle de la vérité humaine.
Tu es du miel des hypocrisies courtisanes; pas moi,
qui en tous mes poèmes me dénude le coeur.
Tu es comme ton monde, égoiste;
pas moi, qui en toute chose joue a être ce que je suis.
Tu n'es que la grave dame distinguée; pas moi,
qui suis la vie, la force, la femme.


Tu appartiens à ton époux, ton maître; pas moi;
je ne suis à personne, ou à tous, parce qu'à tous,
tous dans ma sensation et pensée je me donne.
Tu te frises les cheveux et fardes ta peau, seul le soleil me peint.


tu es dame domestique, résignée, soumise,
attachée aux préjugés des hommes; moi non,
Rossinante galopant débridée
et reniflant les horizons de la justice de Dieu.


Tu ne donnes pas d'ordre en toi même;
tous te commandent; en toi ordonnent l'époux, tes
pères, tes parents, le curé, le modiste,
le théâtre, le casino, l'automobile,
les bijoux, le banquet, le champagne, le ciel
et l'enfer, et ce qu'ils diront bien social.
En moi non, en moi seul mon coeur ordonne,
ma seule pensée règne; celui qui donne les ordres en moi, c'est moi.


Toi, fleur d'aristocratie, et moi la fleur du peuple.
Toi qui possèdes tout et le dois à tous,
cependant que moi, je ne dois rien à personne.
Toi, clouée au statique dividende ancestral,
et moi, chiffre un du diviseur social,
sommes le duel à mort qui s'approche fatalement.
Quand les multitudes courront en émeutes,
laissant derrière elles les cendres des injustices brûlées,
et quand avec la torche des sept vertus,
après les sept péchés, courront ces multitudes,
contre toi, et contre tout ce qu'il y a d'inique
et d'inhumain en ce monde, je serai au milieu
d'elles avec la torche à la main.

 

 

Traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

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17 février 2012 5 17 /02 /février /2012 13:04

julia-de-burgos

 

 

Julia de Burgos (1914-1953)

 


Il n'y a pas d'abandon


Elle est morte la ténèbre dans mes pupilles,
depuis que j'ai trouvé ton coeur
à la fenêtre de mon visage malade.

Oh, oiseau d'amour,
aux trilles profondes, comme un clairon total et solitaire,
dans la voix de mon sien !
Il n'y a pas d'abandon...
Et jamais il n'y aura de peur dans mon sourire.

Oh, oiseau d'amour,
qui vas nageant au ciel de ma tristesse !
Au delà  de tes yeux
mes crépuscules rêvent de se baigner en tes lumières...

Le mystère est-il bleu ?

 

Sortie de moi même je contemple mon sauvetage,
qui me ramène à la vie en ton éclat...

 

 

Traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

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17 février 2012 5 17 /02 /février /2012 12:49

julia-de-burgos

 

 

Julia de Burgos (1914-1953)

 


Chanson de mon ombre minuscule


Parfois la vie me veut éclater en chansons
d'angoisse inespérée !

Je voudrais me tapir dans le secret de mes peines
lancinantes comme des étoiles,
mais mon âme ne peut atteindre le silence
du poème sans paroles,
et tombe de mes lèvres réduite en poussière de vibrations intimes.

Il n'y a qu'une seule porte ouverte sur le chemin où va ma vie
inconnue des sourires.
Je me mets à chercher sa trace,
comme si le cosmos s'était concentré dans son énergie
et jusqu'en elle mon émotion se réduisait en miettes
de papillons détruits.

Mon émotion erre maintenant par une de ces îles sauvages
de douleur.
Je me suis sentie arriver ici où se meurent
les chansons heureuses,
où la douleur se donne droit de cité avec la peinture transparente du ciel.

Me blesse cette rose prématurée qui a chu dans mes yeux,
blessée par les pétales rosés;
et le dernier regard d'une épouse de l'air
qui se meurt de chasteté à se sentir de chair
pour le baiser de l'homme.

Elle saigne dans la douleur du déclin tombé sur mes épaules
la peine du crépuscule dont ne sera plus amoureuse
la pâle marguerite des bois.

Elle sanglote de mystère en mon vol de nuage
cette goutte de larme qui tombe dans l'espace
portée par un épi de rosée.

Toute la douleur qui roule dans l'instant abandonné
vient à danser son rythme dans ma chair tourmentée
d'anxiété cosmique.

Et l'émotion m'éclate en chansons inutiles,
dans ce mirage de grandeur
où part,
minuscule,
mon ombre...

 

 

traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

 

 

 

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17 février 2012 5 17 /02 /février /2012 12:44

 

julia-de-burgos

 

 

Julia de Burgos (1914-1953)

 

 

Je fus la plus silencieuse

 

 

Je fus la plus silencieuse
de toutes celles qui firent le voyage jusqu'à ton port.

Les lubriques cérémonies sociales ne m'annoncèrent pas,
ni les sourdes cloches des réflexes ancestraux;
ma route était la musique sauvage des oiseaux
que lâchait dans les airs ma bonté en chemin.

Je ne fus portée par nuls navires croulant d'opulence,
et nuls tapis orientaux n'offraient mon corps;
Par dessus les navires mon visage apparaissait
sifflant dans la ronde simplicité des vents.

Je n'ai pas pesé l'harmonie des ambitions triviales
que promettait ta main pleine d'éclats :
j'ai seulement pesé sur le sol de mon esprit léger
le tragique abandon qu'occultait ton geste.

Ta dualité pérenne a marqué ma soif avide.
Tu ressemblais à la mer, résonnante et discrète.
Sur toi j'ai passé mes heures perdues.
Sur moi tu as passé comme le soleil sur les pétales.

Et j'ai marché dans la brise de ta douleur déchue
avec la tristesse ingénue de me savoir dans la certitude :
ta vie était une profonde remontée de sources inquiètes
courant en un immense fleuve blanc vers le désert.

 

 

Traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

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17 février 2012 5 17 /02 /février /2012 12:40

julia-de-burgos

 

 

Julia de Burgos (1914-1953)

 

 

Chanson nue

 

 

Réveillée des caresses,
je sens encore en mon corps ton étreinte me parcourir.
frémissante et légère je continue d'avancer dans ton image.
Il fut si profondément instinctif mon simple appel !

De moi ont fui les heures de volonté robuste,
et humble de raisons, elles ont laissé là ma sensation.
Et je n'ai pas su les âges ni les pensées rigides.
J'ai été la Vie, mon aimé !
La vie qui passait par le chant de l'oiseau
et l'artère de l'arbre.

j'aurais pu avoir tiré d'autres notes plus douces
mais mon désir fertile ne connaissait pas de raccourcis:
je me suis cramponnée à l'heure folle,
et mes feuilles sauvages se sont courbées sur toi.

Je me suis abandonnée à la pureté d'un amour à découvert,
qui portait ma vie de l'irréel à l'humain,
et j'ai du me voir toute en cris et en larmes,
en souvenir des oiseaux !

Je n'ai pas su me prémunir d'invincibles courants,
je fus la Vie, mon aimé !
La vie qui en toi égarait son cours
pour se donner à mes bras.

 

 

traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

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14 février 2012 2 14 /02 /février /2012 20:06

yucatan-paysage.jpg

 

 

Octavio Paz (1914-1998)

 

 

Entre la Pierre et la Fleur (1976)

 

 

I)

 

 

Au lever du jour, nous nous éveillons pierres.

 

Rien, sinon la lumière. Il n'y a rien sinon la lumière contre la lumière.

 

La Terre : paume d'une main de pierre.

 

L'eau silencieuse dans sa tombe calcaire.

 

L'eau encerclée, humble langue humide qui ne dit rien.

 

La terre élève une vapeur. Des oiseaux sombrent volent, boue ailée.

 

L'horizon : tous ces nuages dévastés.

 

Une plaine énorme, sans rides.

 

L'Henequen, indice vert, divise les espaces terrestres. Le ciel déjà sans lisières.

 

 

 

II)

 

 

Quelle est cette terre ? Quelles violences germent sous sa peau pétrifiée, quelle obstination de feu

déjà froide, d'années en années, comme de la salive s'accumulant, se durcit et s'aguise en piquants ?

 

Une région qui existe avant que le soleil et l'eau ne hissent leurs drapeaux ennemis, une région de pierre

créée avant la double naissance de la vie et de la mort.

 

Dans la plaine la plante s'installe, en vastes plantations militaires.

Armée immobile, face au soleil giratoire et aux nuages nomades.

 

L'Henequen, vert et enraciné, pousse en raquettes larges et triangulaires :

c'est un jet d'alfanges végétales. L'Henequen est une plante armée.

 

De ses fibres remonte une soif de sable. Il vient des règnes du dessous, il pousse

jusqu'en l'air, et en plein élan, son jet se retient, changé en une huppe hostile,

verdeur qui se termine en pointes. Forme visible de la soif invisible.

 

L'agave est véritablement admirable (ndt : Agave (du grec agauê: admirable)).

Sa violence est quiétude, sa quiétude symétrie. Sa soif fabrique la liqueur qui l'étanche :

c'est un alambic qui distille pour lui même.

 

Au bout de vingt cinq années, s'élève sur lui une fleur, rouge et unique. Une tige sexuelle

la dresse, flamme pétrifiée. Puis, elle meurt.

 

 

 

III)

 

 

Entre la pierre et la fleur, l'homme : la naissance qui nous conduit à la mort, la mort qui nous

conduit à la naissance.

 

L'homme,

pluie persistante sur la pierre,

et fleuve entre les flammes,

et fleur qui vainc l'ouragan,

et oiseau semblable au bref éclair :

l'homme entre ses fruits et ses oeuvres.

 

L'Henquen, verte leçon de géométrie, sur la terre blanche et ocre.

Agriculture, commerce, industrie, langage.

 

C'est une plante vivace et c'est une fibre, c'est une action en bourse et c'est un signe.

 

C'est le temps humain, temps qui s'accumule, temps qui se dilapide.

 

Le soleil et la plante, la plante et l'homme, l'homme, ses travaux et ses jours.

 

Depuis les siècles des siècles, tu tournes et te retournes, au trot obstiné d'un animal humain :

tes jours sont long comme des années, et d'années en années tes jours marquent le chemin. 

 

Non l'horloge du banquier ou celle du chef : le Soleil est ton patron, et ton journal c'est la sueur,

rosée de chaque jour, qui dans ton calvaire quotidien devient une couronne transparente,

- bien que ta face ne soit essuyée par aucun linge de Véronique, ni celui de la photographie du grand

patron en tournée que multiplient les cartels : ta face est le soleil usé du centième, de l'universel visage

à moitié effacé;

 

tu parles une langue que ne parlent pas ceux qui parlent de toi depuis leurs chaires, et jurent par ton nom

en vain, les tuteurs de ton futur, les décideurs de tes os.

 

Ta langue est arbre de racine et d'eau, système fluvial souterrain de l'esprit,

et tes paroles vont -déchaussées, sur la pointe des pieds- d'un silence à un autre.

 

Tu es frugal et résigné, et tu vis comme si tu étais un oiseau, d'une poignée de pinole

dans une jarre d'atole;

 

tu marches et tes pas sont la bruine dans la poussière;

tu es propre comme un cerf, tu marches vêtu de coton, et ton pantalon et ton chemise raccomodée

sont plus blancs que les nuages blancs.

 

Tu t'enivres avec des liqueurs lunaires;

la haine te remonte à la tête, comme une fusée, et pareil à elle, brûlé, tu t'effondres.

 

Tu parcoures les saisons, rivé là, et vas du portique à l'autel, avec les genoux ensanglantés

, et le cierge qui s'élève dans ta main coule en gouttes de cire qui te brûlent.

 

Tu es courtois et cérémonieux, réservé et un peu hypocrite; comme tous les dévots,

tu es capable de modeler avec une pierre le visage du schismatique et de l'adultère.

 

Tu allonges ta femme dans le hamac, et la couvre avec une couverture de battements;

 

A deux heures, un instant, tu suspends le travail et la conversation, pour écouter,

merveille répétée, l'oiseau, horloge ailée, donner l'heure.

 

Tu es juste et tendre, prévenant avec tes porcs et tes fils:

 

comme l'épi de maïs, ton Dieu est fait de nombreux saints et il y a beaucoup de siècles dans ton année.

 

Un dindon est ton unique fierté, et tu l'as sacrifié un jour de copal et tu nous a guéri;

 

tu arroses la pluie de fleurs jaunes, gouttes de soleil, sur la tombe de tes morts.

 

Ce n'est pas le rythme obscur, le renouveau de chaque jour et la mort répétée de chaque nuit

qui t'amène à la terre.

 

 

IV)

 

 

C'est l'argent et sa ronde, l'argent et ses numéros creux, l'argent et son cortège de spectres.

 

L'argent est une fastueuse géographie : montagnes d'or et de cuivre, fleuves d'argent et de nickel,

arbres de jade et l'épais feuillage de la monnaie.

 

Ses jardins sont aseptisés, son printemps perpétuel est congelé, ses fleurs sont des pierres précieuses

sans odeur, ses oiseaux volent avec des ascenseurs, ses saisons changent avec l'aiguille de l'horloge.

 

La mort est un rêve dont ne rêve pas l'argent. L'argent ne dit pas : tu es. L'argent dit : combien.

 

Avoir beaucoup d'argent est pire que de n'en avoir pas.

 

Savoir compter n'est pas savoir chanter.

 

Joie et peine ne s'achètent ni ne se vendent.

 

La pyramide nie l'argent, l'Idole nie l'argent, le sorcier nie l'argent,

la vierge, l'enfant et le Saint nient l'argent.

 

L'analphabêtisme est une sagesse qu'ignore l'argent.

 

L'argent ouvre les portes de la maison du roi et ferme celles du pardon.

 

L'argent est le grand prestidigitateur : il fait s'évaporer tout ce qu'il touche,

ton sang et ta sueur, ta larme et ton idée. L'argent te réduit à néant.

 

Entre tous nous construisons le palais de l'argent : le grand zéro.

 

Non le travail : l'argent est le châtiment. Le travail nous donne de manger et dormir.

L'argent est l'araignée et l'homme la mouche. Le travail fait les choses.

L'argent suce le sang des choses.

 

Le travail est le toit, la table, le lit; l'argent n'a ni corps, ni tête, ni âme.

 

L'argent assèche le sang du monde, il fait tourner la tête de l'homme.

 

Escalier d'heures, de mois et d'années en haut duquel nous ne rencontrons personne.

 

Un monument que ta mort amène à la mort.

 

 

 

 Traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

 

 

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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 19:38

dulcemaria loynaz

 

Dulce Maria Loynaz (1903-1997), poétesse cubaine

 

 

La femme de fumée

 

Homme qui m'embrasses,
il y a de la fumée dans tes lèvres.
Homme qui m'enlaces,
il y a du vent dans tes bras.

Tu as clos le chemin,
j'ai continué au loin;
tu as élevé une tour,
j'ai continué de chanter...

Tu as creusé la terre,
je suis passée lentement..
Tu as bâti un mur,
Je me suis envolée!

Tu as la flèche :
moi j'ai l'espace;
ta main est d'acier,
et mon pied est de satin...

Main qui retient,
pied qui s'échappe indulgent...
La flèche est tirée !
(l'espace est vaste)...

Je suis ce qui ni ne reste
ni ne reviens. Je suis ce qui
se dissoud en tout
ce qui n'est nulle part...

Je me perds dans l'obscurité,
je me perds dans la clarté,
à chaque minute
qui passe... Dans tes mains.

Fumée qui grandit,
fumée fine et longue,
grandie et déjà brisée
sur un ciel pâle...

Homme qui m'embrasse,
ton baiser est en vain...
Homme qui m'enlace :
Il n'y a rien dans tes bras !

 

 

traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

 

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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 19:33

dulcemaria loynaz

 

Dulce Maria Loynaz (1903-1997), poétesse cubaine

 

Ballade de l'amour tardif

 

Amour qui arrive tardivement,
apporte moi au moins la paix :
amour retardataire, par quel errant
chemin arrives tu à ma solitude ?

Amour qui m'a cherché sans te chercher,
je ne sais ce qui vaut le plus :
la parole que tu vas me dire
ou celle que je ne dis pas...

Amour... N'as tu pas froid ? Je suis la Lune:
j'ai la mort blanche et la vérité
lointaine... Ne me donne pas tes roses fraîches;
je suis trop grave pour des roses. Donne-moi la mer...

Amour qui arrives tard, tu ne m'as pas vu
hier quand je chantais dans le champ de blé...
Amour de mon silence et de ma lassitude,
aujourd'hui ne me fais pas pleurer.

 

traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

 


 

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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 19:08

dulcemaria loynaz

 

Dulce Maria Loynaz (1903-1997), poétesse cubaine

 

 

Le madrigal de la fille boiteuse


Elle était boiteuse la fille.

Et
sa claudication
était
comme une ondulation
de vent
sur un champ de blé...

Elle était boiteuse la donzelle,
traçait des zigzags d'argent sur le vent,
habituée à je ne sais quelle courbe sidérale.

Elle était faite de cristal brisé la fille... Ebréchure
de roses, par le pied ébréché
(et sans verre qui l'aurait élevé)
une rose coupée qui tombe au sol

et que le passant foule.

La fille boîtait
et sa claudication se cachait dans un sourire
sans amertume de pleurs ni plainte;

comme la nuit scelle
sa profonde blessure de lumière-aube ou étincelle-
ainsi scellait-elle
la blessure qui se devinait sur son pied...

Personne ne la trouvera belle;
mais il y avait en elle
comme une marque
céleste... Elle boitait la fille :

elle se planta le pied sur la la pointe d'une étoile.

 

 

traduction de l'espagnol par E. Dupas

 

 

 

 

 

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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 18:52

 

dulcemaria loynaz

 

Dulce Maria Loynaz (1903-1997), poétesse cubaine

 


Dans mon vers je suis libre

 

Dans mon vers je suis libre : il est ma mer.
Ma mer vaste et dénuée d'horizons...

Dans mes vers je marche sur la mer,
je chemine sur les vagues dédoublées
d'autres vagues, et d'autres vagues. Je marche
sur mon vers; je respire, je vis, je croîs
en mon vers et en lui mes pieds ont
un chemin et mon chemin une direction et mes
mains ont de quoi tenir et mon espoir

de quoi espérer et ma vie a son sens.

Je suis libre en mon vers et il est libre
comme moi. Nous nous aimons. Nous nous avons.

En dehors de lui je suis petite et m'agenouille
devant l'oeuvre de mes mains, la
tendre argile pétrie entre mes doigts...
A l'intérieur de lui, je m'élève et je suis moi même.

 

 

Traduit de l'espagnol par E. Dupas.

 

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