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12 février 2012 7 12 /02 /février /2012 18:38

julia-de-burgos.jpg

 

 

Julia De Burgos (1914-1953)

 

 

Poème de l'agonie intime


 
Ce coeur qui est mien, si ouvert et si simple,
est déjà presque une fontaine sous mes pleurs.

C'est une douleur assise au delà de la mort.
Une douleur qui attend.. qui attend... Qui attend...

Toutes les heures passent avec la mort sur les épaules.
Moi seule demeure calme avec mon ombre dans les bras.

Le crépuscule ne cesse de frapper à mes yeux,
et  la vie de m'abattre comme un arbre fatigué.

Ce coeur qui est mien, qui ni ne s'entend,
ni ne se ressent , si muet  et si long.

Combien de fois l'ai-je vu, par les chemins inutiles,
 rassembler des mirages, comme un lac étoilé !

C'est une douleure postée au delà de la mort,
douleur faite d'épines et de songes eparpillés.

Me croyant une mouette, me voir le vol brisé,
me donnant aux étoiles, me retrouver dans les flaques.

Moi qui toujours crus me dénuder de l'angoisse
avec le seul tournoiement de mon âme dans les astres !

Oh, ma douleur, assise au delà de la mort !
Ce coeur qui est mien, si ouvert et si long ! 

 

 

traduit de l'espagnol par E. Dupas

 


 

 


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9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 20:01

dulcemaria loynaz

 

Dulce Maria Loynaz (1903-1997), poétesse cubaine

 


Cataclysme

 

Le soleil a craqué
et un ruisseau d'or tombe
sur mon coeur.

C'est un or brûlant
qui saute sur les nuages
se brise en étincelles,
qui mord mon sein
avec beaucoup de petites dents incendiées.

Le soleil a craqué
et saigne dans la lumière
et je me noie

Je meurs de soleil !

 

Traduction de l'espagnol E. Dupas

 

 

 

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8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 19:52

 

dulcemaria loynaz

 

Dulce Maria Loynaz (1903-1997), poétesse cubaine

 

 

Le petit difforme

 

Le petit difforme connaît
toutes les pierres du jardin;
il les a senti sur ses genoux
et entre ses mains déjà squameuses
de reptile humain.

jeté sur la terre il semble un ange brisé,
l'ange généreux d'un autel:
il joue avec les vers de terre
et les racines du flamboyant.

Le petit difforme a
les pieds plus doux et le ciel plus lointain.

Quand le grand frère l'éleve dans ses bras,
il sourit et tend les mains
boueuses de terre
pour attraper le soleil

 

 

traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

 


 

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8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 12:32

dulcemaria_loynaz.jpg

 

Dulce Maria Loynaz  (1903-1997), poétesse cubaine

 


Archange Saint Michel

 

Dans l'après midi,
au contrejour
tu ressembles à
l'archange Saint Michel.

Ta couleur de rouille,
ta tête d'ange-guerrier,
ton silence et
ta force...

Quand brûle
le soir,
tu descends sur moi
sereinement;
tu descendes sur moi,
beau et grand
comme un Archange.

Archange Saint Michel,
avec ta lance aveuglante,
et , cloué à tes pieds de bronze,
le démon caché
qui me suce le sang...

 

 

traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

 

 

 

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7 février 2012 2 07 /02 /février /2012 13:12

 

julia-de-burgos

 

 

Julia de Burgos (1914-1953)

 

 

Presque l'aube



Presque l'aube,
comme dire  ruisseau plongeant dans la source
comme dire étoile,
comme dire colombe ailée au ciel.

Cette nuit a fui
presque l'aurore, presque la pleine lune entre des montagnes
comme une sensation d'hirondelle
qui picore son illusion sur une branche.

l'Aube, sans ailes pour fuir,
retour d'émotion jusqu'à l'âme
grains de maïs brûlés d'amour entre mes mains
que l'assaut de l'amour a rendues chastes.

Nuit déchirée au temps répété,
ville prisonnière d'essences hautes,
comme une clarté tu brises mon esprit
tu enfermes mon émotion comme une geôle.

 

Amour muet et lointain...

Timide petite voix d'un dalhia,

je te veux ainsi, intime,

sans te savoir aux portes du matin,

presque souriante, ouverte entre les rires,

entre les jeux de lueurs, presque l'aube.

 

 

traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 17:25

JosefinaPla1

 

 

Josefina Pla (1903-1999)

 

 

Je voudrais

 


Je voudrais me désendormir et me refaire en sens inverse

je voudrais me désaffirmer et me dédire

je voudrais me restituer et me déplorer

je voudrais parfois me dé-repentir

sur de longues avenues me dé-rêver

désoublier les rêves que j'ai rêvé

ombre revenue du corps. Me désaimer

me préssentir. Savoir où me chercher

être mes propres larmes et ainsi m'absorber

être le mètre avec lequel me mesurer

le vase avec lequel boire ma soif

et le poing que le mal qui frappe se doit de m'infliger

je voudrais être une fois le couteau

qui me tranche et savoir ce qu'il ressent

je voudrais juste une fois

marcher déchaussée sur ma propre rive

 

 

 

 traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

 

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3 février 2012 5 03 /02 /février /2012 17:16

JosefinaPla1

 

 

Josefina Pla (1903-1999)

 

 

Je suis

 

Chair transie, opaque baie vitrée de tristesse,
eau qui fuit du ciel en perpétuel frisson;
vase qui ne sut pas se remplir de pureté
ni s'ouvrir grand aux noirs torrents de l'horreur.

Yeux qui ne servirent de rien pour regarder la mort,
bouche qui ne concéda pas son grand baiser d'amour !
Mains comme deux ailes blessées : celle de droite, inerte,
qui ne parvient pas à s'élever aux zones de l'éclat !

Plante du pied erratique et incertaine, couarde devant le chardon,
rétive au dur voyage, esquivant le culte fidèle;
genoux que le plaisir ne fit pas ployer devant son rouge autel,
et que le remords n'a pas plus réussi à vaincre !

Gorge peureuse du profond et intime cri
de la douleur ultime qui déshabille la chair :
langue qui est comme pierre à la dolence infinie
de la vérité dernière endormie dans la passion !

Visage d'inutiles roses, qui se fane dans l'ombre
puits occulte qui jamais n'abreuva une grande soif;
prairie qui ne put se soumettre en tapis
morceau de la mort, qui ne sait pas se voir !

 

 

  traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

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13 janvier 2012 5 13 /01 /janvier /2012 17:29

JosefinaPla1

 

 

Josefina Pla (1903-1999)

 

 

Les Portes

 

 

 


...Un enfermement de portes

a droite et à gauche;

un enfermement de portes silencieuses

toujours à contretemps,

toujours un peu avant

ou un moment trop tard;

jusqu'à ce qu'il n'en reste qu'une,

la seule ponctuelle,

la seule obscure,

la seule sans paysage et sans regard.

 

 

  traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 13:22

dulcemaria_loynaz.jpg

 

Dulce Maria Loynaz  (1903-1997), poétesse cubaine

 

 

Toi, ma paix

 

Toi, ma paix...
Huile sur ma mer en remous,
goût, sel de ma vie.

Toi, miroir miraculeux
qui ne reflète pas mes ténèbres
et refléchis la lumière qui n'est pas mienne...

Toi, jasmin endormi...
Etoile décrochée
pour mon ciel si vide...

 

 

  traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

 

 

 

 

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29 décembre 2011 4 29 /12 /décembre /2011 22:26

 

meira-del-mar-1.jpg

 

Meira Del Mar (1922-2009), poétesse colombienne

 

 

Elégie de Leyla Khaled

 

Ils t'ont coupé l'enfance, Leyla

Tout comme un épi,

ou la tige d'une fleur,
ils t'ont coupé
les années d'étonnement et la tendresse,
et ils ont dévasté la porte de ta maison,
pour que s'y engouffre le vent de l'exil.

Et tu as commencé à marcher,
ta patrie sur le dos,
ta patrie convertie en souvenir
d'un site qu'ils ont effacé des cartes,
et la douleur plus profonde chaque heure,
et  le silence devenant plus triste,
et tu criais de plus en plus fort sous le châtiment.

Et un jour, Leyla Khaled, nuit pure,
nuit blessée d'étoiles, tu t'es trouvée,
les champs, les villages, les chemins,
tatoués sur la peau de la mémoire,
s'agitant en ton sang rouge et vif,
te remplissant les yeux de sa soif,
les mains et les épaules de fusils,
de fière rébellion les insomnies.

Et ils ont commencé à t'accabler de noms
amers d'ignominie,
et t'ont lancé des cris comme des épines
des quatre points cardinaux,
et ont marqué ton pas avec le fer
de l'opprobre.

Toi, sourde et aveugle, au milieu
des avides griffes ennemies,
tu brûles en ton feu, cheminant
de frontière en frontière,
protégeant  ton sein contre la haine
avec l'incertaine certitude du retour
à la terre mélancolique d'où tu étais,
par mille mains étrangères dépouillée.

T'ont vu les déserts, les villes,
la hâte des trains, enfiévrée,
absorbée dans ton destin de guerrillera,
reniant l'amour et les sanglots,
te perdant enfin parmi les ombres.

Personne ne sait, et je ne sais pas quel fut ton parcours,
si tu gis déjà dans la poussière, si tu déambules
par les vallées de la mer, profonde et seule,
ou te meus même avec la foulée
féline de la bête qu'on pourchasse.

Personne ne sait. Je ne sais pas. Mais tu te lèves
soudain dans le brouillard de l'insomnie,
en colère et terrible, Leyla Khaled,
agneau changé en loup, rose
de doux toucher en mort transformée.

 

traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

 


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