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29 décembre 2011 4 29 /12 /décembre /2011 21:57

gioconda-belli-copie-1.jpg

 

 

Gioconda Belli (1948-)

 

 

Et Dieu me fit Femme

 

 

 

 

 

 

Et Dieu me fit  Femme,
de chevelure longue,
d'yeux
narine et bouche de Femme.
Avec des courbes
et des plis
et de doux ravins
et il me creusa à l'intérieur,
fit de moi un atelier d'être humains.
Il tissa délicatement mes nerfs
et ajusta avec soin
le nombre de mes hormones.

Il composa mon sang
et me l'injecta
pour qu'il irrigue
tout mon corps;
ainsi naquirent les idées,
les rêves,
l'instinct.

Il créa tout cela doucement
à coups de marteaux de souffles
et de poinçons d'amour,
les milles et unes choses qui me font Femme tous les jours
pour lesquelles je me lève fière
tous les matins
et bénis mon sexe.

 

 

traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

 

 

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29 décembre 2011 4 29 /12 /décembre /2011 21:34

gioconda belli

 

 

Gioconda Belli (1948-)

 

 

 

Petites leçons d'érotisme

 


I

Parcourir un corps à la voile déployée
c'est faire le tour du monde
traverser sans boussole la rose des vents
îles golfes péninsules digues d'eaux enragées
ce n'est pas tâche aisée -si plaisante soit elle -
ne crois pas le faire en un jour ou une nuit de draps épanchés
il y a assez de secrets dans les pores pour emplir bien des lunes


II

Le corps est une carte astrale en langue chiffrée
Tu trouves un astre et peut être devras tu commencer
par corriger le cap quand nuage tornade ou hurlement
profond
te donnent des tresaillements
le bol de la main qui ne se soupçonne pas


III

de nombreuses fois reviens sur une étendue
trouve le lac des nénuphars
caresse avec ton ancre le centre de l'iris
immerges toi sombres détends toi
ne nies pas l'odeur le sel le sucre
les vents profonds cumulo-nimbus des poumons
brouillard dans le cerveau
tremblement des jambes
raz de marée assoupi des baisers


IV

Installes toi dans l'humus sans crainte de l'usure, sans hâte
tu ne veux pas atteindre la cime
retarde la porte du paradis
berce ton ange déchu  bouleverse l'épaisse chevelure avec
l'épée de feu usurpée
mords la pomme


V

 

 

Sens
souffres
de la salive des regards imprègnes toi
fais un tour imprime de sanglots la peau qui se glisse
pied  découvert à la fin de la jambe
poursuis le cherche le passage secret du pas forme du talon
arc de la marche baies formant le cheminement arqué
goûtes les


VI

 

 

Ecoute la conque de l'oreille
comme gémit l'humidité
lobe qui s'approche de la lèvre son de la respiration
pores qui se lèvent dressant des petites montagnes
sensation frissonnante de peau qui s'insurge au toucher
suave pont de la nuque descend à la mer poitrine
marée du coeur chuchotement
trouve la grotte de l'eau

 

 

VII

traverse la Terre de Feu le Cap de  Bonne Espérance
navigue fou à la jonction des océans
croise le fer avec les algues armes toi de coraux hulule gémis
émerge avec le rameau d'olivier pleure en sapant les tendresses occultes
dénude les regards de surprise
plonge le sextant depuis le haut du cil
arque les sourcils ouvre les baies de la narine


VIII

aspire soupire
meurs un peu
doux lentement meurs
agonise contre la pupille étend la jouissance
double le mât gonfle les voiles
navigue et cingle devers Venus
étoile du matin
-la mer comme un vaste cristal étamé
endors toi fais naufrage

 

 

traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

 

 

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29 décembre 2011 4 29 /12 /décembre /2011 19:57

gioconda-belli.jpg

 

Giconda Belli (1948- ), poétesse nicaraguayenne

 

 

Châteaux de Sable

 

Pourquoi ne m'as tu pas dit que tu étais en train de bâtir

ce château de sable ?

C'eût été si beau
pouvoir entrer par son petit portail,
parcourir ses couloirs salés,
t'attendre aux parterres de coquillages,
en te parlant depuis le balcon
avec la bouche pleine d'écume blanche et transparente
comme mes mots,
ces mots frivoles que je te dis,
qui n'ont rien de plus que le poids
de l'air entre mes dents.

Il est si beau de contempler la mer.

Elle aurait été si belle la mer
depuis notre château de sable,
pourléchant le temps
avec la tendresse
basse et profonde de l'eau,
divaguant sur les histoires qu'elle nous contait
quand, enfants, nous étions un seul pore
ouvert à la nature.

Maintenant l'eau a enlevé ton château de sable
à marée haute.

Elle a emporté les tours,
les fossés,
la petite porte par où nous étions passés
à marée basse,
quand la réalité est loin
et qu'il y a des châteaux de sable
sur la plage...

 

 

Traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

 


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23 décembre 2011 5 23 /12 /décembre /2011 22:22

JosefinaPla1.jpg

 

Josefina Pla (1909-1999), poétesse paraguayenne

 


Conception


Tu m'auras à côté de toi. Tu m'embrasseras. Puis,
comme la cruche brune qui attend la fin du sillon,
sur mon corps soumis s'allongeront tes bras.
Il étanchera ta soif; l'exigüe soif d'un homme.

De mon lit ensuite, en longues matinées,
tu croiras faire le blanc chemin de l'oubli.
Et cependant, mon cher pilote aveugle,
avec moi, en une nuit seulement tu seras arrivé

à la plage enchantée où ta mort n'est pas.
Sur l'ardent fleuve nocturne de mon sang
tes yeux s'éloigneront, pour ne jamais revenir,
ta voix s'accrochera à la roche pour des échos pérennes.

Tu ne le sais pas, homme, tu ne le penses pas, aveugle.
Cette nuit mon corps sera, oh antique nautonnier !
le port d'où démarreront les navires d'une autre aurore.

 

traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

 


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23 décembre 2011 5 23 /12 /décembre /2011 22:01

matilde-alba-swann.jpg

 

Matilde Alba Swann (1912-2000), poétesse argentine

 

 

Pluie

 

Pluie, aujourd'hui je ne te ressens pas.

Aujourd'hui, tu n'es rien

de plus que de l'eau verticale.

C'est à peine si je t'écoute

battre le pavé

et toquer avec ta clé

sur ma baie vitrée.

 

Pluie, aujourd'hui tu n'es rien

pour mon découragement

nocturne et abyssal.

 

Quand j'étais enfant je trouvais

en ta chanson un conte,

et en mon adolescence encore

tu me déclamais un madrigal.

 

Maintenant, Pluie, j'ai

tant de tristesse en dedans moi

que tu ne me dis rien,

je t'entends seulement frapper.

 

 

      traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

 

 


 

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23 décembre 2011 5 23 /12 /décembre /2011 21:46

 

alfonsina.jpg

 

Alfonsina Storni (1892-1938), poétesse argentine

 

 

Moi au fond de la mer

 

Au fond de la mer

il y a une maison de cristal.

 

Sur une avenue

de madrépores,

elle donne.


Un grand poisson d'or

à cinq heures

vient me saluer.

Il m'apporte

un bouquet rouge

de fleurs de corail.

Je dors dans un lit

un peu plus bleu

que la mer.

Un poulpe

me fait des clins d'oeil

à travers le cristal.

Dans le bois vert
qui m'entoure

-din don din dan-
se balancent et chantent
les sirènes

de nacre vert océan.

Et dessus ma tête

brûlent, dans le crépuscule,
les pointes hérissées de la mer.

 

      traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

 


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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 21:07

juana-de-ibarbourou2

 

Juana de Ibarbarou (1892-1979), poétesse uruguayenne

 

 

Le Figuier



Parce qu'il est rugueux et laid
parce que toutes ses branches sont grises,
j'ai pitié pour le figuier.

Dans ma villa il y a cent beaux arbres :
pruniers ronds

droits citronniers

et orangers aux bourgeons lustrés.

Au printemps,
tous se couvrent de fleurs
autour du figuier.

Et le pauvre semble si triste
avec ses branches tordues qui jamais
ne s'ornent de bourgeons serrés.

Alors,
chaque fois que je passe à ses côtés
je dis, en procurant
à mon accent la douceur et l'allègresse :
"C'est le figuier, le plus beau
des arbres de mon jardin."

S'il m'écoute,
s'il comprend la langue que je parle,
quelle douceur si profonde  se nichera
dans sa sensible âme d'arbre !

Et peut être la nuit,
quand le vent évente sa palme,
engourdi de joie, le figuier lui raconte :
"aujourd'hui l'on m'a dit que j'étais beau."

 

traduit de l'espagnol par E. Dupas

 


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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 20:54

juana-de-ibarbourou2

 

Juana de Ibarbarou (1892-1979), poétesse uruguayenne

 


Comme le printemps


comme une aile noire j'ai déployé ma chevelure
sur tes genoux.

Fermant les yeux tu en as humé l'odeur,
et tu m'as demandé alors :

"Dors-tu sur des pierres couvertes de mousse ?
Attaches-tu tes tresses avec des branches de saules?
Ton coussin est il fait de trèfles ? Ta chevelure est elle si noire
parce que tu y as ecrasé un épais et sombre jus de baies sauvages ?
Quel parfum étrange et frais t'entoure !
Tu sens les ruisselets, la terre, les forêts.
Quel parfum utilises-tu ?"

Et en riant je t'ai dit :

"Aucun, aucun-cun !
Je t'aime et je suis jeune, je sens le printemps.
Cette odeur que tu sens est celle d'une chair ferme,
de joues claires et du sang neuf.
Je te veux et je suis jeune, voilà pourquoi j'ai
les mêmes parfums que le printemps !  "

 

      traduit de l'espagnol par E. Dupas


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15 décembre 2011 4 15 /12 /décembre /2011 15:06

juana-de-ibarbourou2

 

Juana de Ibarbarou (1892-1979), poétesse uruguayenne

 

Racine Sauvage

 

Elle m'est restée gravée dans les yeux
la vision de ce chariot de blé
grinçant et lourd, qui passa,
semant d'épis le droit chemin.

- Ne prétends pas maintenant que je plaisante !
Tu ne sais pas dans quels profonds souvenirs
je me suis absorbée !

Depuis le fond de mon âme me remonte
une saveur de pitanga aux lèvres.
Mon épiderme sombre possède encore
je ne sais quels parfums de blé amoncelé.

Ah, je voudrais t'emmener avec moi
dormir une nuit dans le champ
et dans tes bras rester jusqu'au jour
sous le toit affolé d'un arbre !

Je suis la même que cette fille sauvage
qui te côtoyait il y a des siècles.

 

 

traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

 

 

 

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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 22:58

juana-de-ibarbourou2

 

Juana de Ibarbourou (1892-1979), poétesse uruguayenne

 

 

Je te donne mon âme nue

 


Je te donne mon âme nue,
comme une statue qu'aucun voile ne drape.

Nue, avec la pure impudeur
d'un fruit, d'une étoile ou d'une fleur;
de toutes ces choses qui ont l'infinie
sérénité d'Eve avant sa damnation.

De toutes ces choses,
fruits, astres et roses,
qui ne ressentent pas la honte du sexe sans présages,
et pour qui personne n'osera fabriquer des vêtements.

Dévoilée, comme le corps d'une déesse sereine,
que j'aie l'intense blancheur du lys !

Nue, et grande ouverte
par le désir d'aimer !

 

traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

 

 


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