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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 22:48

juana-de-ibarbourou2

 

Juana de Ibarbourou (1892-1979), poétesse uruguayenne

 

 

Le Temps

 

Prends moi maintenant qu'il est encore tôt,
et que je porte des dahlias nouveaux dans la main;

Prends moi maintenant, tant qu'elle est noire,
ma taciturne chevelure,

maintenant que j'ai la chair odorante
et les yeux limpides et la peau de rose;

Maintenant que chausse ma plante légère
la sandale vive du printemps.

Maintenant que mes lèvres éclatent de rire
comme une cloche secouée à toute volée

Après... Ah, je sais bien
que plus tard, je n'aurai plus rien de tout cela !

Qu'ensuite ton désir sera inutile,
comme une offrande posée sur un mausolée.

Prends moi maintenant qu'il est encore tôt
et que j'ai la main riche de nards !

Aujourd'hui, et non plus tard. Avant le crépuscule
et le flétrissement de la fraîche corolle.

Aujourd'hui, et non demain ! Oh, Amant ! Ne vois tu pas
que sur la vigne poussera le cyprès ?

 

traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

 


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29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 22:23

juana-de-ibarbourou2.jpg

 

Juana de Ibarbourou (1892-1979), poètesse uruguayenne

 

 

Le Doux Miracle

 

Qu'est-ce que cela ? Prodige !  Mes mains fleurissent.

Des roses, des roses, des roses poussent sur mes doigts

Mon amant m'a baisé les mains, et d'elles,

Oh, grâce !  Des roses ont jailli comme des étoiles.

 

Et je vais par le sentier en criant le charme à tue tête,

et dans le bonheur le sourire alterne avec les pleurs

et sous le miracle de mon enchantement

se parfument de roses les ailes du vent.

 

Les gens qui passent murmurent en me voyant :

"Ne voyez vous pas qu'elle est folle ? Qu'elle rentre chez elle.

Elle dit que des roses ont poussé de ses mains

et elle les va agitant comme des papillons !"

 

Ah, bien pauvres les gens qui n'entendent jamais rien à

un miracle de ce genre, qui ne comprennent seulement

que ne naissent les roses que sur les rosiers

et qu'il n'y a de blé que celui des champs de blé !

 

Qui ont besoin de lignes, de couleur, de forme,

 et qui n'admettent que la réalité pour norme.

Qui, quand l'un se prend à dire : "J'y vais avec douceur"

se mettent à  la chercher immédiatement.

 

Qu'ils me disent folle, qu'ils me jettent en cellule,

qu'avec sept clés ils ferment la porte,

qu'ils mettent un chien pour monter la garde,

geôlier rude, geôlier fidèle.

 

Je chanterai le même chant : " Mes mains fleurissent.

Des roses, des roses, des roses poussent sur mes doigts"

et toute ma cellule aura la fragrance

d'un immense bouquet de roses de France !

 

traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

 


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15 avril 2011 5 15 /04 /avril /2011 13:04

borges.jpg

 

Jorge Luis Borges (1899-1986)

 

 

Les deux Rois et les deux Labyrinthes

 

 (Ceci est l'histoire que le recteur lut en chaire.)

 

Les hommes dignes de foi racontent (mais Allah sait davantage) qu'en les premiers jours du monde, il y eut un roi des îles de Babylone qui réunit ses architectes et ses mages et qui leur ordonna de construire un labyrinthe si complexe et si subtil que les hommes les plus sages ne s'aventureraient pas à y entrer et que ceux qui y entreraient s'y perdraient. Cet ouvrage était un scandale, car la confusion et l'émerveillement, opérations réservées à Dieu, ne conviennent point aux hommes. Avec le temps, un roi des Arabes vint à la cour et le roi de Babylonie (pour se moquer de la simplicité de son hôte) le fit entrer dans le labyrinthe où il erra, outragé et confondu, jusqu'à la tombée de la nuit. Alors il implora le secours de Dieu et trouva la porte. Ses lèvres ne proférèrent aucune plainte, mais il dit au roi de Babylonie qu'il possédait en Arabie un meilleur labyrinthe et qu'avec la permission de Dieu, il le lui ferait connaître quelque jour.

Puis il rentra en Arabie, réunit ses capitaines et ses lieutenants et dévasta le royaume de Babylonie avec tant de bonheur qu'il renversa les forteresses, détruisit les armées et fit prisonnier le roi. Il l'attacha au dos d'un chameau rapide et l'emmena en plein désert. Ils chevauchèrent trois jours avant qu'il dise : " O Roi du Temps, Substance et Chiffre du Siècle ! En Babylonie tu as voulu me perdre dans un labyrinthe de bronze aux innombrables escaliers, murs et portes. Maintenant, le Tout Puissant a voulu que je montre le mien, où il n'y a ni escaliers à gravir, ni portes à forcer, ni murs qui empêchenet de passer."

Il le détacha et l'abandonna au coeur du désert, où il mourut de faim et de soif. La gloire soit à celui qui ne meurt pas.

 

(Traduit par Roger Caillois)

 

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22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 18:15

octavio paz

 

 

Octavio Paz (1914-1998)

 

 

Oubli

 

 

Ferme les yeux et perds toi dans l'obscurité

sous le feuillage rouge de tes paupières.

 

Enfonce toi dans ces spirales

du son qui bourdonnne et tombe,

et rêve là bas, lointaine,

jusqu'au site du tympan,

comme une cataracte assourdie.

 

Plonge ton être dans les ténèbres,

noie toi dans ta peau,

et plus profondément, dans tes entrailles;

que l'os, livide éclair,

t'éblouisse et t'aveugle,

et entre des cimes et des golfes sombres

qu'ouvre son panache bleu le feu follet;

 

Dans les ténèbres liquides du sommeil

trempe ta nudité;

abandonne ta forme, écume

qui ne sait pas qui elle a laissé sur le rivage.

Perd toi en toi, infinie,

dans ton être infini,

mer se perdant dans une autre mer :

oublie toi et oublie moi.

 

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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 22:36

octavio paz

 

 

Octavio Paz (1914-1998)

 

 

Corps à l'horizon

 

 

Et les tenèbres se sont ouvertes une nouvelle fois, et ont dévoilé un corps :

 

tes cheveux, épais automne, chute d'eau solaire,

ta bouche et la blanche discipline

de ses dents cannibales

prisonnières des marécages.

 

Ta peau de pain à peine doré

et tes yeux de sucre brûlé

sites où le temps n'a pas de cours,

vallées que seules mes lèvres connaissent

défilé de la lune qui qui monte vers ta gorge depuis tes seins

cascade pétrifiée de ta nuque

haut plateau de ton ventre,

plage sans fin de ton flanc

 

Tes yeux sont les yeux fixes du tigre

et une minute après

ce sont les yeux humides du chien

 

ton dos s'écoule tranquille sous mes yeux

comme le dos du fleuve à la lueur de l'incendie.

 

Des eaux endormies sculptent jour et nuit

   ta taille d'argile

 

et sur tes flancs immenses comme les

sables de la lune,

le vent souffle par ma bouche

et sa large plainte couvre de ses deux ailes grises

la nuit des corps

telle l'ombre de l'aigle sur la solitude du désert

 

Les ongles de tes doigts de pied sont faits du cristal de printemps.

 

Entre tes jambes se trouve un puits d'eau somnolente,

baie où la mer nocturne s'apaise,

noir cheval d'écume,

grotte au pied de la montagne qui cache un trésor,

bouche du four où sont cuites

les hosties.

 

Souriantes lèvres entrouvertes et atroces,

noces de lumière et de ténèbres

du visible et de l'invisible

(ici la chair attend sa résurrection et le jour de la vie éternelle)

 

Patrie de sang,

Unique terre que je connaisse, qui me connaisse,

unique patrie en laquelle je crois,

Unique porte vers l'infini.

 

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6 mars 2011 7 06 /03 /mars /2011 13:59

octavio paz

 

Octavio Paz (1914-1998)

 

 

Jardin

 

 

Nuages à la dérive, continents

somnanbules, pays sans substance

ni poids, géorgraphies dessinées

par le soleil et effacées par le vent.

 

Quatre murs de brique. Des bougainvilliers :

dans leurs flammes pacifiques mes yeux

se baignent. Le vent passe entre des louages

de feuillage et des herbes à genoux.

 

L'héliotrope à pas doux se croise

enveloppé dans son ârome. Il y a un prophète :

le frène- et un pensif : le pin.

Le jardin est petit, le ciel immense.

 

Verdeur survivante dans mes décombres :

par mes yeux tu te contemples et te touches

tu te connais en moi et en moi te penses,

en moi tu dures et en moi tu disparais.

 

 

 


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2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 20:04

octavio paz

 

 Octavio Paz (1914-1998)

 

 

Vision du Rédacteur

 

Et remplir toutes ces feuilles blanches qui me manquent avec toujours la même, monotone question : « A quelle heure est ce terminé ? » Et les antichambres, les mémoriaux, les intrigues, les démarches auprès du Gardien, l’Officiel en Tournée, le Secrétaire, l’Adjoint, le Remplaçant. Entrevoir au loin l’homme influent et envoyer chaque année ma carte pour rappeler- à qui donc ?- que dans un coin, décidé, ferme, quoique peu sûr de mon existence, moi aussi j’attends mon heure, moi, aussi, j’existe. Non, j’abandonne mon poste.

Oui, je le sais déjà, je pourrais m’asseoir sur une idée, une tradition, une obstination. Ou m’étendre sur les braises d’une douleur, ou sur un espoir quelconque, et me camper là, sans faire plus de bruit. Bien sûr, je ne vais pas mal : je mange, dors, bois, fornique, respecte les fêtes à respecter, et en été je vais à la plage. Les gens m’aiment, et je les aime. Je supporte avec légèreté ma condition : les maladies, l’insomnie, les cauchemars, les taux de croissance, l’idée de meurtre, le vermisseau qui ronge le cœur de l’hidalgo (le petit ver qui dépose ses petits œufs dans la cervelle et perfore dans la nuit le rêve le plus épais), le lendemain aux dépends du jour -le jour qui jamais n’arrive à temps, qui toujours perd ses promesses.

 Non : je renonce au ticket de rationnement, à la carte d’identité, au certificat de survivance, à la fiche d’affiliation, au passeport, au numéro clef, au contreseing, au passe-droit, au sauf-conduit, à l’insigne, au tatouage et à la marque.

Face à moi, s’étend le monde, le vaste monde des grandes, petites et moyennes gens. Univers de rois, de présidents et de prisonniers, de mandarins et de parias, de libérateurs et de libérés, de juges et de témoins, de condamnés : étoiles de printemps, seconde, troisième et nmagnitudes, planètes, comètes, corps errants et excentriques, ou routiniers et domestiqués par les lois de la gravité, les subtiles lois de la chute des corps, tous tenants le rythme, tous tournant, lentement ou rapidement, autour d’une absence.

Là où il fut décrété que le soleil était centre de toutes choses, l’être solaire, le faisceau brûlant fait constitué de tous les regards humains, il n’y a qu’un trou et moins qu’un trou : l’œil de poisson mort, l’opacité vertigineuse de l’œil qui tombe en lui-même et se regarde sans se voir. Et il n’existe rien qui puisse remplir le centre vide du tourbillon. Les ressorts se sont cassés, les fondements se sont effondrés, les fils visibles ou invisibles qui unissaient une étoile à une autre, un corps à un autre, un homme à un autre, ne sont qu’un grillage de fer et d’épines, un enchevêtrement de griffes et de dents qui nous tordent, nous mastiquent, nous crachent et nous mastiquent à nouveau. Personne ne se pend avec la corde d’une loi physique. Les équations chutent inlassablement en elles mêmes.

Quant aux affaires actuelles et de ce qu’il convient de faire de ce maintenant : Je ne m’en lave pas les mains, mais je ne suis ni juge, ni témoin à charge, ni bourreau. Je ne torture pas, ni n’interroge, ni ne subis l’interrogatoire. Je ne réclame pas ma peine, ni ne veux me sauver, ni sauver personne. Et pour tout ce que je ne fais pas, et pour tout ce que l’on nous fait, je ne demande ni pardon ni ne pardonne. Leur piété est aussi abjecte que leur justice. Suis-je innocent ? Je suis coupable. Suis-je coupable ? Je suis innocent. (Je suis innocent quand je suis coupable, coupable quand je suis innocent. Je suis coupable quand… Mais ceci est une autre chanson. Une autre chanson ? Tout est la même chanson.) Coupable innocent, innocent coupable, la vérité est que j’abandonne mon poste.

Je me souviens de mes amours, mes conversations, mes amitiés. Je me souviens de tout, j’ai tout vu, je vous ai tous vu. Avec mélancolie, mais sans nostalgie. Et surtout sans espoir. Je sais déjà que cela est immortel et que, si nous sommes quelque chose, nous sommes l’espoir de quelque chose. L’attente m’a déjà usée. J’abandonne le «néanmoins», le «bien que», le «malgré tout», les moratoires, les excuses et les disculpations. Je connais le mécanisme des pièges de la morale et le pouvoir lénifiant de certaines paroles. J’ai perdu la foi en toutes ces constructions de pierres, d’idées, de chiffres. Je cède mon poste. Je ne défends plus cette tour dévastée. Et, en silence, j’attends l’événement.

Il soufflera un petit vent à peine glacé. Les journaux parleront d’une onde froide. Les gens hausseront les épaules et continueront la vie de toujours. Les premiers morts augmenteront à peine le nombre quotidien et personne dans les services statistiques ne remarquera ce zéro de plus. Mais au fil du temps, tous commenceront à se regarder et à s’interroger. Que se passe t-il ?  Parce que durant des mois, les portes et les fenêtres vont trembler, les meubles et les arbres craquer. Pendant des années les os trembleront et les dents s’entrechoqueront, frisson et chair de poule. Pendant des années hurleront les Chimènes, les prophètes et les chefs. La brume qui borde les étangs pourris viendra s’installer dans la ville. Et au midi, sous le soleil équivoque, le petit vent emportera l’odeur du sang séché d’un matador déjà abandonné par les mouches.

Inutile de sortir ou de rester chez soi : inutile d’élever des murailles contre l’impalpable. Une bouche éteindra tous les feux, un doigt extirpera toutes les décisions. Il sera partout, sans être en aucune personne. Il Ternira tous les miroirs. Traversant les murs et les convictions, les vêtements et les âmes bien trempées, il s’installera dans la moelle de chacun. Entre les corps, sifflant ; entre les âmes, tapi. Et toutes les blessures s’ouvriront, parce qu’avec des mains expertes et délicates, quoiqu’un peu froides, il irritera les plaies et les pustules, crèvera les boutons et les enflures, grattera les plaies mal cicatrisées. Oh, source du sang, toujours inépuisable ! La vie sera un couteau, une feuille grise, et agile, et tranchante, catégorique et arbitraire qui tombera, arrachera et séparera. Fendre, déchirer, dépecer, verbes qui s’approchent à grand pas contre nous !

Ce n’est pas l’épée qui brille dans la confusion de ce qui arrive. Ce n’est pas le sable, mais la peur et le fouet. Je parle de ce qui existe déjà entre nous. Partout se love une crainte et un chuchotement, un susurrement et des paroles moyennes. Partout souffle le petit vent, la brise légère qui provoque l’immense cravache chaque fois qu’elle se déroule dans l’air. Et beaucoup déjà élèvent dans la chair l’insigne demeure. La bise se lève des prairies du passé et s’approche en trottant de notre temps.

 

 

traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

 

 


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28 février 2011 1 28 /02 /février /2011 16:33

 

octavio paz

 

Octavio Paz (1914-1998)

 

 

L'Absent

 

 

I 

Dieu insatiable que mon insomnie alimente;

Dieu desséché qui rafraîchis ta soif éternelle dans mes larmes,

Dieu vide qui frappes mon sein avec un poing de pierre, avec un poing de fumée,

Dieu qui m’abandonnes,

Dieu désert, rocher que ma prière baigne,

Dieu qui au silence de l’homme qui interroge réponds par un silence plus grand encore,

Dieu sec, Dieu du néant, mon Dieu :

 

Un Sang, ton sang, le sang me guide.

 

Le sang de la terre,

Celui des animaux et celui du végétal somnolent,

Le sang pétrifié des minéraux, celui du feu qui sommeille dans la terre,

Ton sang,

Celui du vin frénétique qui chante au printemps,

Dieu svelte et solaire,

Dieu de résurrection,

Etoile ardente,

Flûte insomnieuse qui élève son doux appel entre les ombres chues,

Oh Dieu qui dans les fêtes convoque les femmes délirantes

Et fais danser leurs ventres planétaires et leurs fesses sauvages,

Les seins immobiles et électriques,

Traversant l’univers affolé et nu,

Et l’extension desséchée de la nuit effondrée.

Un Sang,

Sang qui toujours te souilles avec des splendeurs barbares,

Le sang versé la nuit du sacrifice,

Celui des innocents et celui des impies,

Celui de tes ennemis et celui de tes justes,

Ton sang, celui de ton sacrifice.

 

 

 

II

 

Par toi je m’élève, descends,

A travers ma lignée,

Jusqu’au puits de poussière

Où ma semence disparaît en d’autres,

Plus anciens, sans nom,

Fleuves aveugles sur des plaines de cendres.

 

Je t’ai cherché, je te cherche,

Dans la veille aride, coccinelle de la raison giratoire;

Dans les rêves emplis de présages équivoques,

Et dans les noirs torrents que le délire libère :

La pensée est une épée

Qui illumine et détruit

Et après l’éclair il n’y a plus rien,

Sinon une course pour l’infini

Et se retrouver soi même face au mur.

Je t’ai cherché, je te cherche,

Dans la colère pure des désespérés,

Là où les hommes s’unissent pour mourir sans toi,

Entre une malédiction et une fleur décapitée.

Non, tu n’étais pas dans ce visage brisé en mille visages égaux.

Je t’ai cherché, je te cherche,

Parmi les restes de la nuit en ruine,

Dans les dépouilles de la lumière qui déserte,

Dans l’enfant mendiant sur l’asphalte qui rêve de sables et de vagues,

Auprès des chiens nocturnes,

Visages de nuage et balafre,

Et pas déserts de talons somnambules.

En moi, je te cherche;

 es tu mon visage au moment de s’effacer, mon nom qui, étant dit, se disperse, es tu mon évanouissement ?

 

 

III

 

Parole de la genèse,

Genèse sans parole,

Pierre et terre, cortège,

Verdeur soudaine,

Feu qui ne s’essouffle pas,

Eau qui brille dans une caverne :

Tu n’existes pas, mais tu vis,

Dans notre angoisse tu résides,

Au fond vide de l’instant

-oh ennui-,

Dans le travail et la sueur, son fruit,

Dans le rêve qui engendre et le mur qui interdit.

Dieu vide, Dieu sourd, Mon Dieu,

Larme nôtre, blasphème,

Parole et silence de l’homme,

Signe des pleurs, chiffre de sang,

Forme terrible du néant,

Araignée de la peur,

Revers du temps,

Grâce du monde, secret indicible,

Montre ta face qui annihile,

Que j'aille à la poussière, au feu impur.

 

 

traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

 

 

 


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24 février 2011 4 24 /02 /février /2011 10:32

octavio paz

 

Octavio Paz (1914-1998)

 

Semences pour un hymne : Tes yeux (1943-1948)

 

Tes yeux sont la patrie de l'éclair

et de la larme,

silence disert.

 

Tempêtes sans vent, mer sans vagues,

oiseaux prisonniers, fauves dorés endormis,

topazes impies comme la vérité.

 

Automne dans une clairière où la lumière chante à l'ombre

d'un arbre, et où toutes les feuilles

sont oiseaux,

plage que le matin rencontre constellé d'yeux,

panier de fruits de feu,

mensonge nourricier,

miroirs de ce monde, porte de l'au delà,

pulsation tranquille de la mer à absolu cillant,

midi,

désert de glace.

 

 

traduction de l'espagnol par E. Dupas

 

 

 

 

 

 

 

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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 13:43

octavio-paz.jpg

 

Octavio Paz (1914-1998), poète mexicain

 

 

Nuages

 

Îles du ciel, souffle en un souffle suspendu,

d'un pied léger, semblable à l'air,

marcher sur leurs plages sans laisser plus de trace

que l'ombre du vent sur l'eau !

 

Et comme l'air entre les feuilles

se perdre dans le feuillage de la brume

et comme l'air, être des lèvres sans corps,

un corps sans poids, une force sans rives !

 

 

traduit de l'espagnol par E. Dupas

 

 

 

 

 

 

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