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8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 00:07

 

safieva2

 

Gulrukhsor Safieva (1947-), poétesse tadjike

 

 

Anniversaire

 

Quelqu'un est parti

Pour ne pas revenir, 

Et cependant il n'est jamais venu... 

Quelqu'un revient à pas lents,

Pour ne pas s'approcher de moi...

 

Je me tapis dans la vaste étendue d'obscurs rideaux,

quelle tristresse,

quelle peur,

quel écoeurement;

 

Le monde est ses peines

ne m'attendent pas.

Personne ne m'attend.

Pas de lettres,

pas d'appel,

pas de chansons...

 

Personne ne m'attend,

ma mère ne m'attend pas,

mon père ne m'attend pas.

(Ils ont annulé leurs vols).

C'est la fête de la solitude

Anniversaire

derrière le mur blanc de la solitude...

C'est comme si le jour m'avait donné naissance !

 

traduit de l'adaptation espagnole de Esteban Moore par E. Dupas

 

 

 

 

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7 juin 2012 4 07 /06 /juin /2012 23:33

 

safieva2.jpg

 

Gulrukhsor Safieva (1947-), poétesse tadjike

 

 

Danse sur les ruines du village d'Ungeret

 

Les sourcils

prêts à voler,

les yeux derrière eux,

les mains disposes,

élevées en un mouvement :

les jambes suivent.

Le coeur s'envole

et le pénis du soleil

se glisse dans le firmament.

La langue est sèche,

elle est comme un timbre apposé sur le palais...

 

Autour de l'axe du torse

le corps tourne.

Tout ce qui est mort

dans ce village

revit dans le tourbillon de la danse.

 

Nous tournons et nous tournons,

le monde tournait.

Shaitan, le démon, tournait.

Tournait comme l'aigle qui,

survolant les hautes montagnes,

repère un cerf blessé.

 

traduit d'après l'adaptation espagnole d'Esteban Moore par E. Dupas

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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1 juin 2012 5 01 /06 /juin /2012 00:50

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 Edward Thumboo (1933 -), poète singapourien

 

 

Ulysse devant le Merlion

 

356px-SentosaMerlion.jpg

 

J'ai navigué sur de nombreuses mers,

longé des îles de feu,

affronté Circé

qui aimait le grouinement des cochons;

j'ai passé de Charybde et Scylla

jusqu'aux sept mers avec Calypso,

je me suis soulevé contre les dieux.

Tout ce temps

j'ai gardé foi en Ithaque, j'ai voyagé,

voyagé et voyagé,

souffrant beaucoup, me réjouissant peu;

j'ai rencontré des peuples étranges qui chantaient

de nouveaux mythes; j'ai moi-même crée des mythes.

 

Mais ce lion de mer

à la crinière de sel, ce lion écailleux, à la queue surnaturelle,

empli de force, insistant 

sur ce bref promontoire...

me déroute.

 

Rien, rien dans mes jours

ne pouvait présager de 

cette demi bête, de ce demi-poisson,

de cette puissance créature terrestre et maritime.

 

Des peuples se sont installés ici,

ont apporté à cette île

l'abondance de ces mers,

bâti des tours aussi nues que des lys,

ils fabriquent, ils servent,

ils achètent, ils vendent.

 

Malgré des chemins inégaux,

ensemble ils mutent,

explorent les contours de l'harmonie,

cherchent un centre;

ils ont changé leurs dieux,

gardé un souvenir de leur race

dans la prière, le rire, la façon

dont leurs femmes s'habillent et se saluent.

Ils font tenir les lumineux, les beaux,

les bons rêves ancestraux

dans de nouvelles visions,

si brillantes, urgentes,

si pleines du maintenant.


Peut être qu'à force de s'être occupé des choses,

de les avoir eu en surabondance,

leur esprit se languit à nouveau d'images,

s'ajoutant au dragon, au phoenix,

au Garuda, au Naga, ces chevaux du soleil,

le lion de mer,

l'image d'eux-mêmes.

 

 

traduit de l'anglais par E. Dupas

 

 

 


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31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 23:55

 

Thumboojpeg

 

Edwin Thumboo (1933 -), poète singapourien

 

 

L'Exilé

 

Il n'était pas fait pour la politique,

pour les changements de principes,

les jours malheureux, le grand sacrifice.

Même un petit rôle dans une tragédie

semblait plus qu'improbable.

Il y avait en lui un calme sourire confucéen.

Une trajectoire appropriée eût été une

place dans la Banque Familiale,

consolidée par une union soigneuse,

un gain notable dans la fortune familiale,

un renforcement du Clan.

Une vie ordinaire, une longévité ordinaire.

 

A ces choses là son père rêvait tristement.

 

Il n'était pas fait pour la politique,

mais cette époque là était en fer forgée de Chine,

incertaine en loyautés, pleine de la quête d'une

âme, d'une fierté

de l'agonie ancestrale, de la politique de la cannonière,

du divorce de la nation,

du désastre du Guomindang.

 

Alors les hommes nouveaux l'emmenèrent

à des cellules, des réunions, des oraisons passionnées,

lui donnèrent une cause.

 

Travailler sans faire de bruit, multiplier les cellules,

préparer le terrain pour l'éclosion des cents fleurs.

 

Les fleurs éclorent, fanèrent vite aussi.

 

Démasqué par les principes

et la discipline de groupe,

il croyait tenir ferme, défier la loi.

Réactionnaires, disait-il.

Alors il se tint debout au banc des accusés.

On lut de nombreux documents. Ceux qui préparaient la 

manifestation, la répartition des tâches

s'étaient enfuis pour se battre un autre jour - ils avaient des choses importantes à règler,

ne pouvaient pas être épargnés, on avait besoin d'eux pour organiser

plus de manifestations.

De manière impersonnelle, le verdict fut

l'exil vers la mère patrie,

une nouvelle réalité.

Il pâlit, sans courage, n'étant pas fait pour la politique.

 

 

traduit de l'anglais par E. Dupas

 

 

 

 

 

 

 


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31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 23:26

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Edwin Thumboo (1933 - ), poète singapourien

 

Les Mots

 

Les mots sont dangereux,  surtout

les plus simples que vous laissez derrière vous pour les autres,

pour les parents indésirables et à toutes sortes de propos.

Ils sont compris simplement, préparés,

pris avec un genre de manière, une indifférence soignée.

Leur simplicité complique les choses.

 

Quand vous dites Dis lui s'il te plaît

que la colère est passée

que l'amitié n'est pas mutilée... Ou 

S'il te plait viens, mais après que

la fièvre ait été mise de côté...

Quand vous voulez être poli,

prudent, explicite, prévenant, circonspect,

adopter le ton approprié,

vous serez susceptible d'être cité comme ayant dit

"il ne voudra pas"...

 

Les mots ne sont ni valables, ni miséricordieux ou mauvais

en eux-mêmes, ils ne sont rien à moins qu'ils ne soient usés, pressés,

importés dans le dialogue,

devenant à la fois de la colère, du rire, battus,

ajoutant à l'humeur et au geste.

 

Les mots sont des mots. A part pour nous,

Ils ne sont pas des personalités.

Nous en faisons des poèmes.

 

 

traduit de l'anglais par E. Dupas

 

 

 



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31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 22:55

 

kriapur1.jpg

 

Kriapur (Kristanto Agus Purnomo, 1959-1987), poète indonésien

 

Hommes en Feu

 

Quittant leurs villages, des hommes en Feu

se dirigent vers des villes maculées de sang

pour détruire la propriété, les maisons,

le vent et le temps

 

des feuilles blanches

écrites sur les arbres, la pluie

écrite à travers les villes,

des hommes errant dans une brume d'idées

jettant les pierres de leurs villages, 

jettant le feu

 

les hommes en feu marchent

vers les villes

sur leurs sabots cabossés, 

se dirigent vers l'arène

où les hommes affamés se battent,

leur sang brûlant

leurs blessures enflammées

 

 

traduit de l'adaptation anglaise de Harry Aveling par E. Dupas

 

 

 

 

 


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31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 22:22

rami_saari.jpg

 

Rami Saari (1963- ), poète israëlien

 

 

La seule Démocratie (Dans le Moyen-Orient)

 

Frères, ceci ne sera pas un poème politique;

J'en ai assez

des luttes de cow-boys et d'indiens,

de policiers et de voleurs.

Ces jeunes hommes qui étaient censés jouer devant nous,

sont ils vraiment en train d'attaquer les forces palestiniennes avec le feu des mortiers ?

Et le fils de ma chérie, avec une matraque et des balles en caoutchouc?

 

Que puis-je bien dire ?  Ce film est passionnant

même si la plupart d'entre nous y jouent des rôles mineurs;

nous espérons quand même

remporter, comme des hommes, une grande victoire;

manger, engloutir, tout consumer

comme un feu vivant, comme l'homme à l'Image de Dieu,

comme des idolâtres vénérant ardemment

une putain biblique, une prostituée du temple,

un sillon de terre, une cité d'imbéciles:

l'Ouest sauvage

s'installe dans les tombes ancestrales

ici à l'Est.

 

traduit de l'adaptation anglaise de Lisa Katz par E. Dupas

 

 

 

 

 



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24 mai 2012 4 24 /05 /mai /2012 11:30

 

tsering wangmo dhompa

 

Tsering Wangmo Dhompa (1969-), potésse tibétaine

 

 

Mon Riz a le goût du lac

 

Tout le monde n'a pas le désir de nager comme un poisson.

J'ai un petit chien qui se comporte comme un chat,

mais ce n'est pas de sa faute s'il n'arrive pas à passer l'épreuve de la discipline.

Une ligne de faille traverse le centre-ville,

maussade comme une vergeture sous une robe;

nous croyons que notre ruine provient d'une source.

Un plan d'évasion est notre consolation.  Il est des mots,

des histoires que nous ne divulguons jamais.  Elle a dit

à la radio : mon riz a le goût du lac.

C'était là une phrase parfaite.


Traduit de l'anglais par E. Dupas

 

 

 


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24 mai 2012 4 24 /05 /mai /2012 10:50

 

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Tsering Wangmo Dhompa (1969-), poétesse tibétaine

 

 

Chanson d'eau

 

La mère de M. était si belle que son père la cachait dans une boîte. 

 Je choisis de croire cette version de l'histoire, même si la raison me contraint

de remettre en cause l'existence d'une telle boîte.  En bois ou en acier.

Des détails la rendent permanente.


Les plafonds de ciment n'amusent pas la réalité de la pluie.

On ne le reconnaît que lorsque le rideau est trempé.


Il me souvient de Jetsun Pama, et comment après avoir plongé ses pieds dans le Gange,

elle croyait sentir un flottement dans sa tête.


Après avoir lavé mes mains, je défais mon autel. 

Ce qui est offert est effacé de ma possession, en dépit de ce qu'il en reste.

 

Les plats mis de côté,  les rideaux tirés, quelques femmes feront l'amour.

 

Ce n'est pas la conscience, mais l'instant qui suit le "ah" qui satisfait.

 

Un rituel est un lieu de sagesse.  Arrive un temps où l'on apprend

combien il faut d'eau pour emplir exactement sept bols de prière.

 

Il doit y avoir quelque part une photo de la mère de M.

Quand je la regarderai, je comprendrai pourquoi M. ne m'avait jamais dit

qu'elle avait sauté d'un pont et essayé d'entraîner un soldat chinois dans sa chute.

 

Un lama a dit que j'étais sa réincarnation. J'ai la même volonté sous-estimée.

 La volonté de M. est plus flamboyante, aussi me suggère-t-on d'apprendre d'elle.

 

 

traduit de l'anglais par E. Dupas

 


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24 mai 2012 4 24 /05 /mai /2012 07:44

 

220px-Abai Kunanbaev

 

Abaï Kunanbaev (1845-1904), poète kazakh

 

45ème Parole


(...) "La preuve de l'existence du seul Dieu, unique et omnipotent, est donnée par le fait que pendant des milliers d'années, des peuples de langues différentes ont parlé de Dieu, et,  aussi nombreuses que puissent être et avoir été les religions, toutes considèrent que l'amour et la justice sont les attributs de Dieu.

Nous ne sommes point des démiurges, mais des mortels qui connaissent ce monde par les choses qui ont été créées. Nous sommes les serviteurs de l'amour et de la justice.  Et nous différons les uns des autres dans la manière dont nous appréhendons les créations du Très Haut.

La source de l'Humanité est l'amour et la justice. Elles sont omniprésentes et décident de tout. Elles sont la couronne de la Création Divine. Même la façon dont un étalon saille une jument est une manifestation de l'amour.

Quiconque demeure sous l'emprise des sentiments d'amour et de justice est un homme sage et savant. Incapable d'inventer science et apprentissage, nous ne pouvons que contempler et percevoir le monde créé, et tâcher de comprendre son harmonie par notre Raison." (...)

 


traduit de l'adaptation anglaise fournie par le site : http://www.abay.nabrk.kz par E. Dupas

 

 

 


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