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22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 15:18

 

chirag-bandel.jpg

 

Chirag Bandel (1971- ), poète et plasticien népalais

 

Epouser un artiste

 

Tu n'aimes pas l'odeur de la peinture, de la térébenthine,

Moi, je vis en elle.

Je ne sais pas ce tu ressens chaque fois que tu nettoies mes vêtements

maculés de peinture.

Moi aussi je sens la peinture et la térébenthine

et tu t'éloignes chaque fois que je m'approche

Mais mon monde est celui de la couleur sans odeur,

je vis dans la Beauté.

L'odeur de la térébenthine s'évanouira un jour

et moi pareillement,

mais ma toile de couleurs elle sera éternelle.

Maintenant, dis moi que mangeons nous ce soir ?

 

traduit de l'anglais par E. Dupas

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 16:03

sutardji.jpg

 

Sutardji Calzoum Bachri (1941 - ), poète indonésien

 

 

Le Chat

 

Miaoouuuuu !

Un chat rugit dans mon sang

court en moi honteux fuit dans mon aorte

est énorme dans la forêt de mon sang

mais ce n'est pas un lion un tigre un jaguar

ce n'est pas un léopard c'est semble t-il plus qu'un chat,

ce n'est pas un chat, mais un Chat !

Miaaouu !

Il a faim il élague de ses griffes la forêt de mon Afrique 

et devenu fou, il rugit il hurle 

miaouuu !

Ne lui donne pas de viande, Dieu, il n'aime pas la viande

ne lui donne pas de pain, il n'aime pas le pain

Miaaaaouu !

Un chat lutte dans mon sang, rugit 

ouvre un chemin pour le cancer dans mon coeur

Il a faim, faim, très faim

Miaaaaaouuuu !

Il n'a pas mangé depuis un million de jours

un million de fils ne peuvent se satisfaire

quand ils ont des millions de faims !

mon chat curieux et avide cherche perpétuellement

déchire espère

Dieu a créé mon chat je ne sais pas si je lui ai demandé

et maintenant il rugit en cherchant Dieu il a faim

Ne lui donne pas de viande, ne lui donne pas de riz


Dieu a crée ce chat en moi sans mon consentement

et à présent le chat veut un morceau de la chair de Dieu

pour redevenir doux pour être en paix dans le monde

Miaoouuuu ! Rugit-il !


Hé, Toi !!! Combien de Dieux as tu ?

Donne m'en un, que mon chat se calme

Miaouuu !

Chhhuuutt ! petit chaton prends patience !

Je mettrai des pièges en Afrique

Je mettrai des pièges dans  l'Amazonie

Je mettrai des pièges dans le Riau

je mettrai des pièges dans les villes

Qui sait si bientôt j'attraperai un Dieu

Un petit morceau ne sera pas de mal pour toi, chat !

Un Morceau pour moi , miaoou !!

Chut ! Tiens-toi tranquille, chaton ! 


traduit de l'adaptation espagnole par E. Dupas


 

 






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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 14:23

 

U-Sam-Oeur.jpg

 

U Sam Oeur (1936 - ), poète cambodgien

 

 

La perte de mes filles jumelles

 

Par une profonde nuit d'octobre 1976

où la lune était pleine

et le froid glaçait les os,

commencèrent les terribles contractions de mon épouse.

Je cherchai un lit pour elle

mais c'était prendre mes rêves pour des réalités;

jamais je ne me sentis plus impuissant.

 

Deux sages-femmes apparurent :

la première s'accroupit sur l'abdomen

pour le forcer cependant que

l'autre fouilla dans le ventre de ma femme

et y en arracha d'un trait les deux bébés.

 

Quelles douleurs dut endurer mon épouse 

pour faire venir à la lumière le premier bébé !

Les filles étaient si jolies 

aussi jolies que je les désirais

mais ces cruelles les étouffèrent

et les enveloppèrent dans des sacs noirs

Deux jolis bébés !

 

"Oh, Bouddha !

 Je n'ai rien pu faire pour les sauver !"

murmura ma mère.

"Les voilà tes filles, Ta !"

les sages femmes me laissèrent les paquets morts

Prostré comme si j'étais arrivé en Enfer

je pris les bébés dans mes bras

puis les amenai sur les berges du fleuve Mékong;

fixant la lune des yeux, j'ai hurlé :

"Oh Bébés ! "

Jamais vous n'eurent la chance de grandir

Désormais seules leurs âmes me contemplent

depuis là haut 

"Votre père jamais ne vous vit vivantes, mes petites...

Pardonnez-moi, filles, je dois désormais vous abandonner."

Et si j'enterre ici vos corps,

que vos âmes me guident, et volent devers votre mère.

Puissiez-vous nous guider en cette jungle,  et nous ouvrir

le chemin vers les Trois Joyaux !

 

traduit de l'adaptation espagnole par E. Dupas

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 22:45

Iasyr-Shivaza.png

 

Iasyr Shivaza (1906 -1988), poète kirghize

 

 


Papillon Blanc

 

 

Le soleil brille là haut, papillon blanc,

tu es si heureux.

 

Tu t'amuses des rayons d'or,

chevauchant le vent du printemps.

 

En un instant tu t'envoles dans les cieux,

t'élevant vers les blancs nuages.

 

En un instant te voici dans un jardin,

t'enivrant de fleurs fraîches.

 

aux fleurs que tu choisis, je vois

que ton coeur vise haut.

 

Tout le vaste jardin est tien,

et tu te poses partout où il te plait.

 

Tu joues avec une fleur rouge,

pareille au soleil.

 

Les chrysanthèmes t'attendent

comme les blancs pivoines...

 

Tu es comme le printemps, et ne cherche

que les corolles pleinement épanouies.

 

Mais jamais, papillon, tu ne te poseras

sur une feuille d'or d'automne.

 

 

traduit de la version chinoise par E. Dupas

 

 

 

 

 

 

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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 18:23

Azam Abidov

 

 

Aazam Abidov (1974 - ), poète ouzbek

 

 


Femme qui lit

 

 

Une femme est assise dans un bidonville,

 

le bidonville est sis sur une décharge,

 

et la femme a une bosse :

 

elle est en train de lire.

 

Il fait sombre dans la décharge,

 

Une faible lumière traverse le bidonville.

 

La femme lit à la pâle lueur d'une bougie;

 

son espoir de vie est faible, très faible.

 

La femme lit dans mon rêve,

 

le saveur est différente, mais j'adore le fait

 

qu'il y ait des gens qui ont soif

 

d'une vie après la mort.

 

 

 

traduit de l'adaptation espagnole par E. Dupas

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 16:17

 

ak-welsapar.jpg

 

Ak  Welsapar (1956 - ), poète turkmène

 

 

Nuit de Lune

 

 

Nuit de Lune.

 

De blanches obscurités,

 

Partout tout se tait.

 

Avec mon aimée, auprès d'un ruisseau,

 

lentement submergés par la brume.

 

La nuit viendra nous protéger.

 

La nuit blanche nous protégera.

 

Elle ignore les pas que tu entends.

 

Personne en vue ! Tout est tranquille.

 

Ces champs d'herbe molle

 

nous sont de propices tapis.

 

N'aie pas peur, ta mère ne te cherchera pas,

 

peut être est-elle tombée dans les bras du sommeil.

 

Aussi minces que toi, mon aimée,

 

les cyprès s'accomodent en rangées silencieuses.

 

Les étoiles au ciel me rappelent à ton souvenir,

 

elles brillent dans le ciel et tremblent d'allègresse..

 

Ne tremble pas tant, ma très chère,

 

ce n'était qu'un poisson qui jaillissait de l'eau.

 

Peut être sont-ce les cyprès qui font des signes.

 

Peut être un oiseau éveillé qui bat des ailes.

 

Le vent descend jusqu'au jonc, où il laisse son empreinte.

 

Reste un peu plus longtemps, je te prie, oh

 

Comme le temps fuit vite !

 

Laisse moi emplir de nouveau ta cruche d'eau :

 

La lune est tombée dedans !

 

 

 

traduit de l'adaptation espagnole par E.Dupas

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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3 mai 2012 4 03 /05 /mai /2012 23:50
shin-kyong-rim.jpg
 
 
Shin Kyong Rim ( 1955 - ), poète coréen
 
 
Le Roseau
 
 
Nul ne sait depuis quand
le roseau sanglote en lui
silencieusement
une nuit peut être
le roseau découvrit que son corps
s'agitait
ce n'était pas le vent
ni la lueur de la lune
au roseau était inconnu
le pleur silencieux
qui l'agitait
le roseau ne savait pas
que vivre, c'est sangloter de l'intérieur
ainsi : silencieusement
 
 
 traduit de l'adaptation espagnole par E. Dupas
 
 
 
 
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3 mai 2012 4 03 /05 /mai /2012 23:37
 
ko-un.jpg
 
Ko Un (1933 - ), poète coréen
 
 
 
La Chouette / Ami / Ivre
 
 

la Chouette
 

La chouette à midi
avec ses yeux strabiques
ne peut rien voir.
 
Attends, ta nuit sûrement viendra.
 
 
Ami
 
 
Entends, avec l'argile qui t'as ratissé
Je modèle un Bouddha
Après la pluie
ce Bouddha est retourné à la terre
 
les cieux clairs n'ont pas d'humour
après la pluie
 
 
Ivre
 
Jamais je ne fus une entité individuelle :
Soixante milliards de cellules !!
 
Je suis une collection vivante
qui avance en zigzags titubants
 
Soixante milliards : toutes ivres !
 
 
 
traduit de l'adaptation espagnole par E. Dupas
 
 
 
 
 
 
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2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 13:54

 

220px-Natsagdorj

 

Dashdorjiin Natsagdorj (1906-1937), poète mongol

 

 

Ma Terre natale

 

Eaux cristallines des rivières sacrées de Kerluren, Ono et Tuul,

ruisseaux, courants et sources irriguant de santé mon peuple,

bleus lacs Khovsgol, Ubs et Buir -si larges et si profonds -

fleuves et lacs où hommes et bétail viennent étancher leur soif,

ceci, tout ceci est ma terre natale,

mon adorable patrie, ma Mongolie

 

Pays de prairies pures ondulant dans la brise,

pays des steppes ouvertes nimbées de mirages fantastiques,

de roches fermes, d'inacessibles hauteurs où les hommes de bien

avaient usage de se rencontrer,

des antiques ovoos -menhirs aux dieux et aux ancêtres -

ceci, tout ceci est ma terre natale,

mon adorable patrie, ma Mongolie

 

Pays où en hiver tout est couronné de neige et de glace,

avec les herbes scintillantes comme verre ou cristal,

Pays où en l'été la terre n'est qu'immense tapis de fleurs

de chants d'oiseaux des terres distantes jusqu'au Sud

ceci, tout ceci est ma terre natale

mon adorable patrie, ma Mongolie

 

 

traduit de l'adaptation anglaise par E.Dupas

 

 

 

  

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1 avril 2012 7 01 /04 /avril /2012 15:27

 

220px-Natsagdorj.jpg

 

Dashdorjiin Natsagdorj (1906-1937), poète mongol

 

Pierre Noire (nouvelle)

 

Les nuits d'été sont courtes, et le soleil est déjà haut  dans le ciel à huit heures du matin.  Je suis à peine éveillé,

j'allume une cigarette, et je sors mon journal, qui est dessous mon oreiller, en pensant à ce nouveau jour.

Quelques mots confus dans mon journal me sont difficiles à lire. "Samedi, 30 août. Pierre noire.Nina." La signification

de ces mots est déjà oubliée et obscure. Je la lis une nouvelle fois, lentement, et je m'arrête au dernier mot : Nina.

 

Nina est le nom d'une fille que j'ai aimé autrefois, et ma mémoire s'allume comme de l'electricité pendant

un instant, me ramenant aux jours où je l'étreignais et l'embrassais à l'ombre d'un orme.

Excité par l'image apparaissant au bord de mes cils,  je me mets à nager dans de vieux souvenirs. Je suis de plus

en plus ému par cette nage; l'image se transforme en rêves, et je m'assoupis. Réveillé par la cendre de cigarette

tombant sur mon torse, je commence à penser de nouveau à la signification de ces quelques lignes. A la simple

évocation de ce prénom, il me souvient de la jeune et mignonne fille dont je tombais amoureux il y a 7

ans de cela,  et dont je fus séparé ensuite par des montagnes et des mers; mon coeur se serre.  Ne sachant pas

où elle pourrait résider, j'essaie de la trouver mais j'échoue,  et me voici effaré par son absence.

 

Mais aujourd'hui, une petite flamme adoucit mon coeur, en voyant son nom parmi les mots vides de sens inscrits

sur le journal. La note pourrait être son rappel, écrit lorsque nous nous séparâmes, mais le sens en est encore

confus. Les mots ne pouvaient pas n'être qu'une simple note, car Nina n'était pas une simple femme; elle était une

scientifique; considérant qu'il me serait peut être possible de la retrouver si le sens des mots se révélait enfin,

je réclamais une tasse de thé, toujours dans mes pensées, toujours étendu dans mon lit. Mon cuisinier me

dévisage, l'air sérieux, et me demande :

-Aya, Danjaad (mot chinois pour désigner une personne de respect)

allez vous bien ? Êtes vous malade ?

- Je vais bien.

-Je m'inquiète pour vous, vous ne semblez pas dans votre assiette.

-Merci, merci, je suis simplement fatigué.

 

Je me retourne, tirant la couverture dessus ma tête pour continuer dans le cheminement de ma pensée. Le

cuisinier me quitta, en murmurant"aya". La seule solution parmi les quelques mots était la date : Samedi

30 août.  Pierre noire devait être le nom d'un lieu,  et cela pouvait être un lieu de rencontre. Cet ensemble

m'apparut comme la signification correcte, et je me mis à chercher la date sur un calendrier.  Nous sommes

aujourd'hui le 30 août, samedi. Jaillissant hors du lit, j'ordonne à mon cuisinier de seller mon cheval.

 

Il me considéra avec de grands yeux et sortit en marmottant

"Que se passe t-il danjaad ?" puis  "Aya, cheval sellé !" cria t-il et je me levai promptement

empoignait mon fouet et me hissait sur le cheval. Mais je demeurais lors assis 

à scruter les oreilles de mon cheval un long moment, ne sachant quelle direction

prendre pour rallier Pierre Noire. Mon cuisinier traînant autour de moi, 

marmonna "Qu'y a t-il encore ? Avez vous oublié quelque chose ?"

Le cheval rétif ne supporte pas un long regard sur lui, et hennit pour que

nous nous mettions enfin au trot vers quelque part. Il fit quelques pas

vers l'ouest tandis que je relâchais les rênes; je décidai alors d'aller vers

l'ouest, selon l'intuition de ma monture. 

Soudain, je me rendis compte compte que je m'étais avancé vers un désert,

où on ne trouvait pas âme qui vive à des kilomètres.

J'étais assoiffé, et mon âme gémissait de solitude.

Bien que le cheval suait, il n'avait pas l'air exténué. Je continuais à chevaucher

des kilomètres contre le vent, surmontant des collines. J'ouvrais ma tunique

et atteignis la vaste steppe ouverte, au sol marécageux parsemé de buissons

de salicorne. Aux quatre directions,  je ne vis rien d'autre que des nuages sombres

dans le ciel, menaçant de pluie. L'état du désert n'est pas plaisant.  Je restai

un moment perdu dans mes songes. le bruissant vent d'automne m'attristait.

Je me perdais dans le désert immense au lieu de retrouver Nina.

Soudain, l'oreille de mon cheval se dressa, éveillée par un bruit.

 

Un animal -impossible de dire s'il s'agissait d'un loup ou d'un renard- accourut vers moi;

Je ruais vers lui. Ce n'était ni un renard, ni un loup, mais un chien.

Le chien remua la queue et nous conduisit vers l'ouest. Il me faisait l'effet d'un chien

de garde ou de chasse, et je trouvais là espoir de trouver quelqu'un enfin.

Nous galopâmes ainsi en suivant le chien.  Il nous éloignait de la steppe

insalubre,  et le paysage se transforma en des confins montagneux

couvert d'herbe bien verte, une chaîne de montagnes à l'extrême nord ouest

que longeait en jasant un fleuve à ses pieds.  Nous passâmes une colline. Le chien ralentit

sa progression, et bientôt j'aperçus un taudis poussiéreux. Aucun bétail

ne se distinguait, des arbustes maigres poussaient à l'entrée de cette

habitation. Un homme en sortit et salua le chien. J'étais heureux de pouvoir me reposer,

bien que je ne trouvasse pas Nina en ces lieux, car durant la moitié du jour

je m'étais éreinté sur le dos du cheval, et ce périple m'avait semblé avoir duré

un mois. Je sanglai mon cheval à l'extérieur et suivis l'homme dans la cabane.

Il s'assit posément du côté gauche. Je le saluai après m'être assis sur un lit

en peau d'antilope, plus à l'arrière, au fond à droite de la cahute. L'homme semblait avoir la trentaine,

et portait un pantalon de jean avec une ceinture de cuir.

Il parlait un étrange dialecte. Une personne, couverte d'une peau de mouton

étant étendue à gauche,  et une tête grisâtre surgi de dessous les couvertures.

L'homme me servit un bol de thé, qu'il gardait au chaud en le posant sur des cendres

brûlantes, et un plateau de viande de marmotte. Bien que le thé eut un goût d'eau de pluie

et la viande une saveur aigre, ma faim et ma soif me convainquirent de manger et de boire. 

J'interrogeai ces gens à propos de "Pierre Noire".

"J'ai vécu ici depuis mon enfance. Je suis un chasseur et je connais bien ces lieux." 

Mon coeur se met à battre dans ma poitrine, mais je fus déçu par les propos qu'il tint

ensuite: "Je n'ai jamais entendu parler d'un tel endroit". Je me sentis impuissant, et ne savais

plus où aller.

La Terre est vaste, et personne ne sait où se trouve Pierre Sombre. 

Mes tentatives de recherche pourraient échouer pendant cent ans, mille ans

de recherches aux quatre coins du monde. Mais penser à Nina me fait souffrir;

Je m'asseyais en méditant ces pensées. Puis une vieille femme qui était étendue

à ma gauche, redressant à peine sa tête, se leva et pria devant une sorte d'icône;

l'homme l'appella "Grand-mère, grand-mère' avec une voix emerveillée.

J'en déduisais que la vieille femme était en train de procéder à son culte nocturne,

et j'envisageais de partir dès que je le pourrais.  Elle retira alors quelque chose

de l'icône, le donna à l'homme et dit " Mon fils, ceci appartenait à tes ancêtres. 

Le garçon pourrait trouver l'endroit qu'il recherche s'il trouvait une pierre pareille

à celle ci."

 

J'ouvris grand les oreilles pour mieux percervoir ce que la femme marmonnait.

Elle poursuivit : "On dit que c'est un objet précieux rapporté d'un lieu inconnu".

L'homme considéra l'objet et se lança dans une litanie de reproches " Tu deviens

sénile, grand-mère.  Cet homme se perdra par ta faute", dit-il en posant la pierre

sur la table. Je m'empressai de la prendre et la fit tomber au sol, surpris par sa 

lourdeur. La pierre est fendue sur le côté, je la reposai sur la table.  Alors,

quand la lumière du crépuscule vint s'étendre sur la fente de la pierre, la pierre

se mit à briller. Mon intérêt pour la pierre se ralluma, et je me décidai à trouver

l'endroit d'où cette pierre pouvait provenir. 

 

J'étais au pied de cette montagne que j'avais aperçu au loin quelques heures

avant notre conversation dans la hutte. Je franchissais la profonde rivière

qui courait sous la pointe de la chaîne. Le sol y était bourbeux, et aucun chemin

ne se dessinait. Aucune vie animale alentours, n'étaient quelques corbeaux

tourbillonnant dessus ma tête. Le ciel s'assombrissait, et il devenait difficile 

d'examiner les pierres. Je grimpai plus haut, en me méfiant des chutes de pierre.

J'étais déjà dans la forêt profonde, et la pluie, que les nuages avaient contenu jusqu'à la mi-journée,

 se mit à tomber. Des vents puissants soufflèrent, les arbres bruissaient et le tonerre rétentit.

 

.  Sous mes pieds, tout devenait de plus en plus bourbeux. Un loup hurlait

quelque part. J'étais complètement déboussolé. J'oubliai le but de mon expédition

et l'examen des pierres, et ne songeait plus qu'à sauver ma vie. J'avais beau croire

en la science, des démons mauvais vinrent envahirent mon esprit.  La pluie redoublait,

des éclairs lacérèrent le ciel, le sol devenait de plus en plus inextricable et j'avais quasiment

perdu toute trace du chemin de retour.  L'endroit était rocheux et effrayant.

Le nom Pierre Sombre était juste. Il est impossible que Nina puisse se trouver

en des lieux si épouvantables.

Je décidais d'attendre le lever du jour. Mon cheval est effrayé par quelque chose,

et hennit frénétiquement. j'en frémis jusqu'aux os. La chose qui a suscité son effroi

était brièvement visible dans les ténèbres, mais a disparu. J'ai tenté de la suivre, 

mais je n'ai pu la retrouver. Ma Nina a disparu, ma Nina est perdue à jamais. 

 

 

d'après l'adaptation de A. Delgermaa (traduit de l'anglais par E. Dupas)

 


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