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22 février 2012 3 22 /02 /février /2012 15:24

erkinvohidov.jpg

 

 

Erkin Vohidov ( 1936- ), poète ouzbek.

 

 

Comment Matmusa vendit son âne

 

 

Et soudain, l'âne de Matmusa
devint très sombre.
Nul ne pouvait plus l'approcher
ni par devant, ni par derrière.

Cette tête de mule commença à casser
bât et mors et se mit à braire

comme si le monde
courait à sa perte.

Il était devenu impossible de le chevaucher
et sa croupe pouvait dégager un homme comme une balle.
Assez ! Maintenant Matmusa
va le vendre et s'en débarasser.

Mais il est un usage marchand
établi de très longue date :
ce que l'on vend, il faut en annoncer
tous les défauts au bazar.

Le pauvre Matmusa était bien embarassé
bientôt prêt à s'arracher les cheveux
car s'il avouait les ruades de l'âne
tous les hommes le fuiraient.

Garder silence est un péché !
et Matmusa mesurait son malheur.
Mais Il arriva enfin en trombe au marché
et cria à pleine voix dans la rue :

"Braves gens, braves gens, approchez
j'ai la moins coûteuse de toutes les mules
et ne croyez pas qu'elle n'a qu'une croupe
:  elle a la force de dix chevaux !!"


  traduit de l'anglais par E. Dupas


 

 

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21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 14:51

 

220px-Abai_Kunanbaev.jpg

 

 

Abaï Kunanbaïev (1845-1904), poète et philosophe kazakh.

 

 

Paroles Edifiantes (Dixième parole)

 

 

"Les hommes prient Dieu de leur envoyer un enfant. Pourquoi un homme a t-il besoin d'un enfant ? Ils disent que tout homme doit laisser un héritier derrière lui, un fils pour subvenir aux besoins des parents dans leur vieillesse et prier pour eux après leur mort. Est ce là tout ? Laisser un héritier : qu'est ce que cela signifie ? Avez vous peur qu'il n'y ait plus personne pour s'occuper de votre propriété à votre mort ? Mais pourquoi tant se soucier de choses que vous laisserez derrière vous ? Quoi,  êtes-vous désolé de les laisser à d'autres hommes ? Quel genre de trésor avez vous glané pour tant le regretter ? Un bon enfant est une joie, mais un mauvais enfant est un fardeau. Qui sait quel genre d'enfant Dieu vous accordera? Ou peut être n'en avez vous pas eu assez des humiliations ingurgitées toute votre vie ? Ou peut etre avez-vous commis trop peu de méfaits ? Pourquoi êtes vous si pressé d'avoir un enfant, d'élever encore un autre bandit et le condamner aux mêmes humiliations ?

Vous dites que vous voulez que votre fils prie pour votre salut après la mort. Mais si vous avez fait le bien en votre vie, qui ne priera pas pour le repos de votre âme ? Et si vous ne vous êtes voué qu'au mal, à quoi serviront les prières de votre fils ? Fera t-il de bonnes actions pour compenser celles que vous n'aurez pas réussi à accomplir ? Si vous suppliez Dieu d'avoir un enfant qui découvrira les joies de l'autre monde, cela signifie que vous  lui souhaitez une mort précoce. Mais si vous voulez qu'il vous assure les joies de ce monde, alors un kazakh peut il engendrer un fils qui, croîssant jusqu'à l'âge adulte, fera montre d'attention et de soin pour ses parents et les protégera de la souffrance ? Un tel peuple et un père comme vous peuvent-ils élever un fils digne de ce nom ?

Vous voulez qu'il vous nourisse et vous habille dans votre vieillesse décrépite ? Voilà encore un espoir vain ! D'abord, vivrez-vous assez vieux pour atteindre l'âge sénile ? Et puis, est ce que votre fils grandissant sera si miséricordieux qu'il daignera prendre soin de vous dans le grand âge ? S'il se trouve que vous possédez du bétail, il y aura toujours une personne prête à s'occuper de vous; si vous n'en avez pas, Dieu sait qui vous fournira et comment. Et qui sait si votre fils fera croître votre richessse ou dilapidera le fruit de votre labeur ? Eh bien, en supposant que Dieu ait entendu vos prières et vous ai donné un fils : réussirez vous à l'éduquer convenablement  ? Non, vous ne réussirez pas ! Vos propres péchés seront aggravés par ceux de votre fils.

Dès les prémices de sa vie vous lui conterez des mensonges, lui promettant tantot ceci, tantot cela. Et vous serez heureux de le tromper. Mais qui pourrez vous blâmer quand votre fils sera devenu un menteur ? Vous lui inculquerez un mauvais langage et devant les autres, vous excuserez ses méfaits :" Ne touchez pas à ce garçon entêté" ! et vous encouragerez son impertinence. Pour son instruction, vous choisirez un mollah que vous payerez au minimum, afin qu'il n'en sache pas plus que lire et écrire. Vous apprendrez à votre fils a être rusé et sournois, vous le rendrez soupçonneux de ses pairs et  le laisserez prendre de mauvais penchants. Est ce là votre éducation ? Et vous attendez de la bonté d'un tel fils ?

 

De la même façon, des hommes prient Dieu pour la richesse. Pourquoi l'homme a t-il besoin de richesses ? Avez vous prié Dieu ? Oui, vous avez prié, et Dieu a donné, mais vous n'avez pas pris ! Il vous a accordé la force de pouvoir travailler et prospérer. Mais en usez vous pour une besogne honnête ?  Non !  Dieu vous a gratifié de la faculté d'apprendre, d'un esprit capable d'assimiler la connaissance, mais qui sait à quoi il vous a servi. Qui échouera à prospérer s'il travaille dur, persévère sans se lasser et fait bon usage de son esprit ? Mais vous n'avez pas besoin de cela ! Vous priez pour devenir riche en intimidant, en trichant et en mendiant à d'autres. Quel genre de prière es-ce là? Ce n'est là que pillage et mendicité d'une personne qui a perdu toute conscience et honneur.

Supposons que vous ayez choisi ce chemin et gagné la possession d'un bétail. Eh bien, utilisez le pour obtenir une éducation ! Si pas pour vous même, alors pour votre fils. Il ne peut y avoir ni foi ni bien être sans éducation.  Sans l'apprentissage, aucune prière, jeûne ou pélerinage n'aura de sens. Je n'ai encore jamais vu une personne qui, ayant acquis richesse par des voies malhonnêtes, l'ait utilisé à bon escient. Les biens mal acquis sont bien mal dépensés. Et rien ne reste d'une telle opulence si ce n'est l'amerture de la déception, la colère et l'angoisse de l'âme. Tant qu'il a des richesses, il se gonflera et fanfaronnera. Après l'avoir gaspillé, il se vantera de sa richesse passée. Réduit à la pauvreté, il s'abaissera  à mendier.

 

 

Traduit de l'anglais par E. Dupas


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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 22:36

 

nissim-ezekiel.jpg

 

Nissim Ezekiel (1924-2004), poète indien

 

 

 

La Vieille Femme

 

 

Après une enfance timide, une jeunesse prudente,

 

elle s'engagea dans un mariage sûr comme Caïn

 

que Dieu protégea de la colère des hommes

 

mais qui se savait assassin- et lorsqu'elle

 

laissa son époux mourir de trop de mort

 

(indifférente, derrière son Evening News),

 

Elle s'adonna à la bondieuserie et à la politique.

 

Sévère avec les vierges, grondant les enfants, aimant les chats;

 

Elle se nourrit de flocons de maïs, de haine et de lait sucré,

 

vint au monde pour être une femme,

 

refléter un poème dans le coeur des hommes,

 

et alimenter leur virilité délicate.

 

Mais le coeur endurci, elle vécut seule,

 

son éthique symbolisée par la pierre, la pierre.

 

 

(traduction de l'anglais : Emmanuel Moses)

 

 

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25 septembre 2011 7 25 /09 /septembre /2011 15:18

rauf_parfi.jpg

 

 

 

Rauf Parfi (1943- )

 

 

extraits de l'Anthologie de la Poésie Ouzbèke établie par Hamid Ismailov et Jean Pierre Balpe :

 

 

"Il aime la mer. Mais la mer ne l'aime pas.

Il voit la mer dans son sommeil. Il voit de hautes vagues, des tourbillons,

la tempête, et il aspire toujours vers eux, et son coeur aussi.

Mais il aime la mer. Mais la mer ne l'aime pas.

Elle pense :  "Lui, il ne m'aime pas, il aime mes rivages, il

aime aspirer vers mes rivages". Et c'est pourquoi la mer ne l'aime pas."

 

(...)

 

Preuve de l'universalité possible des formes courtes : des "haïkus ouzbeks qui, même traduits en français, conservent leur teneur poétique :

 

 

 

Soudain il pleut, soudain ça s'arrête,

soudain la terre tremble. Ce peut il

que le mot soudain soit un ennemi ?

 

 

Pierres, vous vivez très longtemps.

Vous vivez plus longtemps encore,

moi j'aurais honte de vivre ici trop longtemps.

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28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 22:30

 

Makhambek1.jpg

 

 

Makhambet Utemissov (1803-1846, Kazakhstan)

 

 

"Marche, même si la boue t'arrive à la cheville" (traduction de Jacques Jouet)

 

 

Pour notre bonne cause

Il nous faut un chameau puissant avec son bât

capable, même si la boue lui arrive aux chevilles

de porter sa charge sans ralentir.

 

Pour notre juste cause,

il nous faut des hommes endurants, intrépides,

qui ne sourcilleront pas

si on leur fend la cage thoracique

et qu'une à une on leur enlève les côtes

 

Le jour approche -mais pas pour nous-

pour un chameau roux et castré

Il regagne nonchalant son pâturage.

 

Pour nous, elles sont encore loin nos terres

nous n'y sommes pas rendus

et pourtant nous étions des chevaux solaires

qui ne buvaient qu'eau pure, et mangeaient à genoux

l'herbe de premier choix, et nous étions

nos propres maîtres, mécènes, hommes de loi.

 

Mais une fois de plus nous voilà coincés

dans une passe hostile.

Se plaindre ne sert à rien

l'Epreuve est un don du destin.

 

 



 


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