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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 23:00

 leslie-murray.JPG

 

Leslie Murray (1938-), poète australien

 

 

La Chute de la Rue Aphrodite

 

C'est donc reparti pour le lèche-vitrine

dans la Rue Aphrodite

car les pommes sont empilées et bien juteuses

mais certaines sont de la mort à manger.

 

Car en une Génération seulement,

la vitrine s'est changée en air -

et quand vous cherchez cette Génération,

la moitié n'est plus là.

 

Une laideur d'esprit

lorgnait sur le monde comme un chien de chasse.

Et maintenant il gronde et gémit

après son analogue de chair.

 

Ce qui lui plaisait l'a mis en colère:

les érudits Audience, Ostentation et Scène

avaient enseigné que tout ce qui est exceptionnel

se réduisait à des boutons sur une machine de peau.

 

Des catégories plus pures de cette métaphysique

furent trahies dans des voitures garées

dans les ruelles, où des gens s'accouplaient ou s'emboîtaient

comme des svastikas désespérées.

 

L'Âge, l'Esprit, la Bonté, tout cela n'était que raillerie.

la grâce fut asservie à la viande.

Jamais tu n'avais été agressé jusqu'à ce que tu sois agressé

dans la rue Aphrodite.

 

Dieu aide les millions d'êtres que la rue a tué

et ceux qu'elle a écoeuré aussi,

quand elle était construite derrière chaque maison

 bien souvent à coup de bulldozer.

 

Les pommes gonflent encore, mais de plus en plus

sont littéralement de la mort à manger

et c'est donc reparti pour le lèche vitrine

dans la rue d'Aphrodite.

 

 

traduit de l'australien par E. Dupas

 

 

 

 

 


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3 juin 2012 7 03 /06 /juin /2012 23:33

 

HONE

 

Hone Tuwhare (1922-2008), poète néo-zélandais

 

Pluie

 

Pluie,

Je peux t'entendre

faire des petits trous

dans le silence

Pluie

 

Si j'étais sourd,

les pores de ma peau

s'ouvriraient à toi

et se fermeraient

et je te reconnaîtrais

à ton léchage

 

Si j'étais aveugle,

à ton odeur si particulière

quand le soleil cuit

le sol

 

au stable

bruit de roulement de tambour

que tu produis

quand le vent tombe

 

Mais si je ne devais ni t'entendre,

ni te sentir, ni te ressentir ou  

te voir

 

toujours

tu me définirais 

tu me disperserais

tu me laverais

 

Pluie

 

 

traduit de l'anglais par E. Dupas

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

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21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 07:42

 

HONE

 

Hone Tuwhare (1922-2008), poète néo-zélandais

 

 

Pas un soleil ordinaire

 

Arbre, laisse tes bras tomber :

ne les lève pas brusquement en supplication

devers le brillant nuage enveloppé d'un halo.

Laisse tes bras manquer de solidité et 

de résistance, car ceci n'est ni une simple hache

à émousser, ni un feu à étouffer.

 

Ta sève ne montera plus de nouveau

sous la traction de la lune. 

N'incline plus ta tête déférente

à la parole du vent, ne te roidis plus

sous le chatouillis de la pluie en trombe.

 

Ta rusticité passée ne sera plus

couronnée par l'agréable vol 

des oiseaux ni ne protégera 

ni ne rafraîchira l'ardeur des amants insouciants

du monstrueux soleil.

 

Arbre, laisse tes bras nus tomber

n'etends plus de vaines supplications à la boule radiante.

Ceci n'est pas un éclair de mousson galante,

un commerce précipité du souffle du vent.

La verdeur mourante de tes émanations magiques

ne purifiera plus ces cieux pollués... Car ceci n'est pas 

un soleil ordinaire.

 

Ô Arbre

dans les montagnes sans ombre

les plaines blanches et

le plancher de la mer

ta fin est enfin écrite.

 

 

traduit de l'anglais par E. Dupas

 

 

 

 

 


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2 mai 2012 3 02 /05 /mai /2012 23:45

john-pule-1988

 

 

John Puhiatau Pule  (1962 - ), poète de l'île de Niue

 

 

 

Tous les anges ne veulent pas savoir mes vices.



Tous les anges ne veulent pas savoir mes vices.
Dans mon passeport il n'y a qu'une vie triomphante.
Là où je jette les yeux je regarde avec esprit.
Là où j'exprime mon désir l'objet vit.

ce que je touche, je le comprends éternellement.
Des empreintes de mon coeur restent dans les maisons.
Les fenêtres donnent l'impression que l'océan
est un réflexion, les avions agissent comme des anges.

Leurs vols me disent que je dois être spontané.
Des coupes qui ont ciselé mon esprit avec de la salive divine.
Alors allons-y, laisse tes chevilles dans un rêve.

Recherche une porte en voulant enchanter un espace ouvert,
dans un pays qui utilise des langues pour nuages
et les voix d'êtres qui ont besoin de se mouvoir.

 

 

 

traduit de l'anglais par E. Dupas

 

 

 

 

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31 mars 2012 6 31 /03 /mars /2012 11:40

john-pule-1988

 

John Puhiatau Pule (1962 - ), Poète et Peintre de l'Île de Niue

 

 

Je t'ai foutu si fort...

 

Je t'ai foutu si fort qu'une maladie infectieuse

appellée totalité d'une goutte de pluie a présenté une bouche.

J'avais besoin de creuser ta cornée car elle contenait

un excédent de foutre suffisant à prolonger le désir,

 

suffisant pour que j'en suce à tes lèvres, à l'intérieur comme à l'extérieur.

Tant et si bien que j'ai forcé mon visage contre ton oeil,

qu'il est possible que j'ai joui partout sur tes cheveux et ta langue,

mon prépuce délétère parallèle à un rêve angoissant,

 

gonflé parce que j'avais mangé tous tes poils pubiens,

ma queue meurtrie parce que tu avais décidé que l'humidité

qui préservait la planète de ton anus était trop étroite.

 

Tout ce que je voulais c'était accoucher de mon sperme, sans me soucier

de l'extérieur ludique, ou de la frontière de ton estomac,

cela n'importait pas, tout ce que je veux, c'est ton amour.

 

 

Traduit de l'anglais par E.Dupas

 

 

 


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30 mars 2012 5 30 /03 /mars /2012 22:50

john-pule-1988

 

John Puhiatau Pule (1962), poète et peintre de l'Île de Niue

 

 

"La façon dont les îles sont saccagées"

 

La façon dont les îles sont saccagées

par de hauts gratte-ciels, et les arbres 

rendus stériles. La façon dont les plages sont polluées

et les gens meurent de maladies étranges est

la façon dont tu as parlé de ta triste vie.

 

Je me tiens loin de tes régions inaccessibles,

loin de ton coeur qui rebondit

dans les collines naturelles de l'amour et de la beauté;

je me prémunis de tes yeux passionnés,

récolte contemplée par des laboureurs.

 

C'est au cours de telles nuits que je peux 

te regarder sans déranger les vagues;

mes yeux sont deux ailes dans le ventre

d'un papillon,  uniquement parce que je savais

où tes larmes allaient à l'aube.

 

Après deux années d'amour sans avenir,

tu es finalement descendue de la plus sombre

colline de la ville, après

deux années tu t'es retournée avec tristesse,

avec des larmes et des coeurs brisés.

 

Tu embrasses mes yeux avec une angoisse diabolique;

tu piétines mon coeur vêtu d'élégie et de bois;

Des méliphages tuis crevant sur un sol sacré

prononcent le mot "Mort" à ton passage, et tu marches sur moi.

 

Nous nous hasardons désormais dans les heures du temps,

et ce qui doit être fait du présent, nos mains

se sont fatiguées de le pétrir; Alofi*

qui ne t'as jamais ressenti, jamais vu,

jamais aimé, jamais connu.

 

Tu te campes entre le prestige et des fleurs

blanches cueillies. Depuis le bond du temps,

sous la forme de chevaux bleus comme une lune sexuelle,

je veux que tu me considères toujours,

toujours, comme le ciel et l'océan.

 

J'avais désiré que tu sois venue de moi,

mais ce sont des choses inconnues

,jaillies de l'obstacle et du problème, qui poussent avec force,

la beauté de toutes les choses, la manière dont certains

enfants s'exclament : "partout des étoiles !"

 

Puis une chose répondant au nom d'Eschatologie

a changé nos émotions et la couleur de nos 

coeurs, comme nous nous tenions au bord de l'océan

par une matin de brouillard, le désir

et la solitude, ayant fui, fui à jamais.

 

(* Alofi : capitale de l'Île de Niue)

Traduit de l'anglais par E. Dupas

 

 

 

 

 


 

 

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11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 17:14

Avia, Donna Tusiata

 

Tusiata Avia (1966- ), poètesse samoane


Pa'u-stina

 

Je suis la diabolique  fille pa’umuku* 

je déambule dans la rue en re-remuant mes susu*

je mâche un chewin gum et souris avec mes dents d'or éclatantes

je harangue les bonnes femmes

assises assises dans leurs maisons

eh, ai kai* ! Et je leur fais admirer mon cul.

Je suis la fille chienne qui a le feu au cul

ils m'appellent toujours "cette femme", jamais "cette fille"'

mes choses s'entrefrottent et foutent le feu dans leurs maisons

mes grosses jambes de taro mon gros ventre de taro mes gros susu de taro

je passe devant toutes les bonnes femmes

et je ris avec mes dents blanches éclatantes.

J'ai l'odeur d'une chaude pluie d'éclair

et tous les bonshommes en ont après mon cul

tous les bonshommes qui attendent dans le dos de leurs femmes

tu es la bonne fille la fille bandante la mignonne jolie fille

ils courent comme des chiens je les laisse lécher mes susu

et ils courent derrière moi puis filent rentrer chez eux.

Je passe devant la demeure du grand chef

je marche sur mes talons hauts comme la lance écla-clatante

mon soutif est si serré à bloc qu'on dirait que j'ai 4 susu

tout le conseil des chefs a les yeux rivés sur mon cul

et ils inventent une amende spéciale pour punir la fille pa’umuku

je peux entendre ri-rigoler et sourire les femmes

 

mes ongles d'orteils rouges s'agitent devant ces femmes

mes ongles d'orteils rouges bribrillent devers ces femmes casanières

je suis la diabolique fille pa’umuku 

et je ris avec mes rouges lèvres brillantes quand on vient me coller une amende

je soulève ma jupe et montre mon gros cul de taro

je ris comme une chienne, un volcan remue mes susu

 

je bois sur la route et je m'amuse avec mes susu

dansant avec les hommes-chiens qui s'échappent de leurs femmes en courant

je ris des hommes chiens qui me lapent le cul

je ris des hommes chiens qui sont loin de leur maison

je ris des hommes chiens aux culs noirs luisants

je t'aime belle fille je t'aime fille bandante je t'aime fille mignonne

je ris comme une chienne comme le volcan comme le trou du cul

Ils pleurent ces hommes après mes susu

nous voulons ta chaude pluie nous avons oublié nos femmes

nous descendrons au Pulotu*

nous irons là bas avec nos noirs culs luisants.

 

 

LEXIQUE (argot samoan) :

susu = seins

pa’umuku = salope

ai kai = mangez de la merde (juron samoan)

Pulotu = dans la mythologie samoane et tongane, le monde souterrain de l'au delà

 

Traduit de l'anglais par E. Dupas

 

 

 


 

 

 


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11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 00:21

jc sturm

 

Jacqueline Cecilia Sturm (1927-2009), poétesse néo-zélandaise

 

Chanson de Printemps

 

Oh certainement ce fut une belle journée

si belle que je suis allée marcher sur des pierres rieuses

qui s'esclaffaient toutes de ma cervelle d'horloge à aiguilles

tournant tournant autour d'un but toujours absent

et voué à n'être jamais, rien qu'un tic-tac.

 

Passant près d'un joyeux juge-arbre, je fus jugée,

condamnée et pendue avec les plus grains soins par une

brindille insouciante avec un bourgeon autour de ma nuque, équarrie 

par un rayon de soleil et chantée par une grive

à la gorge torrentielle, sans tic-tac.

 

Cela jusqu'à ce qu'un vent vert m'emporte glacée

dans la tombe d'une jonquille pour y enterrer mon hiver;

roulée dans un lit de terre sous une couverture

de soleil, j'étais heureuse de croître comme les chous

croissent, ne sachant rien des tic-tacs, non.

 

 

traduit de l'anglais par E.Dupas

 

 


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10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 21:34

jc-sturm.jpg

 

Jacqueline Cecilia Sturm (1927-2009),  poètesse néo-zélandaise

 

 

He waiata tēnei mō Parihaka

 

Avez-vous entendu parler de Parihaka

entre

Maunga Taranaki

et la mer

 

Où Te Whiti o Rongomai

et Tohu Kakahi

 

prêchaient

 

 

 

la résistance passive, et non la guerre ?

 

 

 

Avez-vous entendu parler de Parihaka

où les iwis (*) de Taranaki

se rassemblèrent

cherchant un moyen de garder leurs terres ?

 

La non-violence était leur choix

la paix leur but

Le Rauruka (*) leur insigne

et des charrues leurs seules armes.

 

Ils abattirent les clotûres

arrachèrent les piquets

et labourèrent les terres

que les colons considéraient comme leur dû.

 

Avez-vous entendu parler des garçons

et des filles de Parihaka

qui attendaient derrière les portes

quand les soldats à cheval déferlèrent

 

pour violer, assassiner

piller et brûler

pour emporter Te Whiti et Tohu

avec tous leurs laboureurs

 

et les expédier par bateau au Sud

pour qu'ils aillent construire un pont-jetée

autour du port hivernal

de Dunedin ?

 

Avez vous entendu parler des iwis de Taranaki 

qui se virent refuser un procès

enchaînés comme des chiens

dans des grottes et des tunnels scellés ?

 

les hommes Ngai Tahu trafiquèrent

des couvertures et de la nourriture

pour les donner aux prisonniers

et réconforter les malades dans les ténèbres.


Kua ngaro ngā tangata

Kua ngaro i te pō!

Auē te mamae

s'ensuivit !

 

Si vous n'avez pas entendu parler de Parihaka

soyez sûrs

que vos petits-enfants en entendront parler

et leurs enfants après eux;

 

l'Histoire veillera à cela.

Mais pour l'heure,

"Il waiata Tenei mō Parihaka -

Aue, Aue, un-u-E -"

 


(* Iwi = unité sociale tribale de base chez les Maoris

(* Rauruka = trio de plumes d'albatros qu'arboraient les gens de Taranaki

en symbole de l'héritage laissé par les prophètes maoris Te Whiti o Rongomai

et Tohu Kakahi, fondateurs du village de Parihaka)

 

traduit de l'anglais par E. Dupas

 


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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 18:44

 

mary stanley

 

Mary Stanley (1918-1980), poètesse néo-zélandaise

 

La Veuve

 

 

Irréfractable, par le feu endurci,

tempéré par la glace, cet amour que je lui porte désormais,

puisqu'il est mort, accablé au delà de tout confort ,

inaltérable comme la loi, cet amour ne grandira 

ni ne diminuera plus. Le Temps mon catalyseur a taillé

cette pierre qu'aucune intempérie n'érodera, 

qu'aucun courant ne polira jusque l'anonymat. O violée

brisée, aveuglée, elle fut un jour verdoyante; la flamme

de la sève s'éleva pour un baiser, et les baisers combattirent

pour mourir d'une autre mort que celle qui le frappa

d'une balle perdue dans la guerre.  Quel poids

d'années et de terre l'arbre vivant fait pierre

a rétréci mes flancs qui se refroidissent, allaité des fantômes

importunant chaque nuit mes seins aplatis.    

 

Traduit de l'anglais par E. Dupas

 

 

 

 

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